Aïki Mag n°10 jun à nov 2005
Aïki Mag n°10 jun à nov 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°10 de jun à nov 2005

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 285) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,7 Mo

  • Dans ce numéro : Nishio Shoji, un grand maître nous a quittés.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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plémentaire dans la pratique du Kinomichi. Le jo (la canne) m’inspire la sensation de cercle et le boken celle des directions. Le jo c’est aussi un espace rond matérialisé, reliant les deux mains permettant de sentir concrètement et simultanément direction et spirale dans le mouvement. Le boken, ce sont des sensations de direction, d’expansion, d’équilibre entre vertical et horizontal. C’est surtout à la fin du mouvement que l’on ressent le glissé du boken dans l’espace, que… « ça continue ». La pratique avec les armes est liée à la recherche d’expansion, de souffle, de circulation d’énergie. Travailler dans ce sens, c’est pour moi une aide indéniable pour rentrer en contact avec un partenaire, se synchroniser avec son énergie. Car dans la pratique à mains nues, c’est le partenaire qui prolonge dans l’espace notre mouvement, qui en devient l’expression vivante et nous donne un retour sur sa qualité. LA PRATIQUE AVEC ARMES EST-ELLE PLUS EXIGEANTE PHYSIQUEMENT ? Martine Pillet : Je ne crois pas, mais au début peutêtre, les hommes auront moins mal dans les bras et les épaules. Pour persévérer dans la pratique des armes (surtout avec le boken) les femmes devront trouver leur « force de terre », synchroniser l’appui des pieds avec les mains non crispées dans la saisie. Sinon, tensions et douleurs s’installent très vite. Car la vraie puissance du mouvement, qui n’est pas la force physique, peut s’exprimer par les qualificatifs tels qu’expansion, espace, énergie, force de contact, respiration… et bien d’autres. Elle se trouve dans l’unité du corps. Un observateur pourra même y voir de la fluidité, de la souplesse, une mobilité harmonieuse du pratiquant. Pour moi, le sens de la pratique avec armes, c’est la possibilité d’un retour immédiat dans le ressenti. Elle nous révèle l’incoordination et les désordres de notre corps, l’illusion n’est plus possible. La pratique avec armes est également une aide pour sentir le contact, la distance, la géométrie, la synchronisation avec le partenaire. Lorsque j’enseigne le Kinomichi, je fais une large place au jo et au boken. Pour les raisons évoquées précédemment chacun peut y puiser les bases du Kinomichi, les mêmes techniques se pratiquant avec ou sans armes. En alternant les deux approches, de nouvelles sensations se développent chez les pratiquants. Ils vont d’eux-mêmes affiner leur mouvement, se libérer de la correction venant de l’extérieur (le professeur), ils seront moins perturbés dans leur recherche. En dehors de ces considérations pédagogiques, pratiquer le jo et le boken est un tel plaisir que j’ai envie de le partager. COMMENT ENVISAGER LA NOTION DE PARTENAIRE DANS LA PRATIQUE ? Françoise Weidmann : Nous parlons souvent du partenaire à propos de la pratique car il est indissociable de notre expérience. Associés dans un mouvement, ce n’est qu’ensemble que les partenaires existent. Le pluriel fait exister le singulier. L’objectif premier est l’union vers l’harmonie du mouvement. 12 S’unir pour l’harmonie du mouvement. Françoise Paumard à gauche, Françoise Wiedmannci-dessous. Le partenaire par définition participe. Ce dont je suis responsable, c’est la façon dont je m’engage dans la relation à l’autre et à l’espace. En se donnant, la stimulation est réciproque. L’accès à l’énergie naît de cet élan vers l’extérieur, assumé en même temps dans le rapport au sol. C’est souvent au creux de notre rencontre que l’effort est à envisager ; tout le reste dépend de cette attitude qui contient à la fois l’engagement et l’ouverture bienveillante à l’autre. Il faut se défaire de toute tendance à la suprématie et au jugement. Si la capacité à accueillir se développe en soi, c’est aussi grâce à l’autre. La confiance se construit. Dans ces conditions, toutes nos transformations peuvent se concevoir sous l’angle du partage. Si je m’égare, le partenaire est aussi un garde-fou puisque nous cherchons ensemble à éviter tout rapport antagoniste. QUELLE EST LA PLACE DU « CONTACT » DANS LA RELATION ? Françoise Weidmann : Au moment du changement de partenaire, des partenaires potentiels se rencontrent ; ils sont de façon spontanée dans l’immédiateté du contact. Chacun devient un partenaire nouveau parce que l’autre est différent ; il doit s’accorder, au sens instrumental, et expérimenter autrement. Ce n’est pas renier le travail dans la durée que de lier le partenaire au temps présent. C’est le temps incarné, le temps pour sentir et ressentir, dont le corps est le lieu. L’expérience du contact et l’expansion du mouvement sont la base de la pratique. En osant vivre le présent de cette aventure sensible, la vitalité se mani-
feste et la mise en mouvement se fait naturellement et en douceur. C’est littéralement é-mouvant. C’est se délier dans tous les sens du terme. Il faut l’éprouver pour comprendre combien le contact est régulateur, promoteur de détente, d’unité et par conséquent d’équilibre, de force et de disponibilité. Il y a réciprocité entre le contact au sol, à l’espace et le contact avec le partenaire. Il est facteur de nos adaptations et de nos émotions. C’est la musicalité et ce sourire spontané qui éclairent les visages lorsque quelque chose de juste est perçu, quelque chose qui semble devancer le plaisir physique ou s’y superpose. Je ne dis pas que c’est facile ; les embûches sont multiples, il y a aussi des souffrances qui restreignent le contact et la circulation de l’énergie ; elles sont autant d’invitations à accueillir le doute et à chercher encore l’ouverture dans le renouvellement de sa pratique. Le contact est aussi réparateur, si on peut faire de la place en soi pour l’inconnu, se laisser surprendre par la qualité de l’échange, être perméable. Les techniques prennent place sur ce terreau, par imprégnation et dans la complicité. Comment rester fidèles dans le partage de l’expérience acquise ? On transmet ce qu’on est, bien plus que ce qu’on croit savoir. Habiter vraiment chaque instant, en se respectant chacun et mutuellement, c’est peut-être là le défi à se donner, pour construire ; a fortiori, quand le souci formel est moins pressant et que le risque de l’habitude du mouvement guette… Nous éveillons le savoir être. COMMENT SE TRAVAILLE LE CONTACT ? Françoise Weidmann : L’initiation UN développe l’aptitude au contact entre partenaires dans l’expansion. La rencontre par le toucher des paumes des mains sollicite aussitôt l’ouverture du cœur. Par là on donne et on reçoit ; on apprend à accepter sans prendre ni tirer à soi. L’entrée en matière est délicate. C’est une recherche continue, à poursuivre dans toutes les formes et approches de la pratique, avec les saisies ou à distance. Cette disposition de corps et d’esprit préserve de toute appropriation des techniques dans une optique de maîtrise de l’autre. Développer une générosité sans aliénation ni complaisance donne à la pratique ce qu’il y a de plus humain et à la technique un sens fondamental… s’harmoniser avec le partenaire, c’est entrer dans le « souffle » … et c’est joyeux… DANS LEUR PRATIQUE DU KINOMICHI, LES FEMMES INTRODUISENT-ELLES UN RAPPORT AU MOUVEMENT DIFFÉRENT DE CELUI DES HOMMES ? FAVORISENT-ELLES LE RESSENTI ET LE VÉCU DU MOUVEMENT ? Geneviève Barthélémy et Sylvie Blasco : Est-ce la bonne question ? Il est vrai que les hommes et les femmes pratiquent généralement de façon distincte… Ces différences relèvent-elles de conditionnements culturels, de différences de motivations, d’histoires corporelles, de sexe… ? Les femmes sont-elles toujours plus proches du vécu du mouvement ? En tant que pratiquantes et enseignantes, nous avons choisi une approche du kinomichi qui se fasse par le ressenti. C’est-àdire que nous développons les capacités à s’intérioriser, à être présent, à écouter. Ces capacités, nous les mettons ensuite au service de l’apprentissage des formes du Kinomichi. Ainsi nous nous proposons, audelà de la réalisation d’un geste, et de l’image que l’on en donne, de vivre le mouvement, de nous laisser surprendre et émouvoir par les qualités et nuances inconnues qu’il porte, et d’y découvrir de nouvelles facettes de nous-mêmes en relation de contact harmonieux avec différents partenaires. Dans la pratique, nous nous attachons à percevoir les détails d’un geste et 13 KINOMICHI ▼ Ne pourrions-nous pas conclure ainsi ? Hommes et femmes,avec leurs différences, peuvent se trouver sur un même chemin de transformation,dans l’expérience de la pratique du Kinomichi. ▲ à explorer l’univers sensoriel très riche qui lui est attaché. En mettant l’accent sur la face sensorielle, invisible, secrète du geste, nous entrons peu à peu en contact avec l’animation interne de notre corps. Ces mouvements invisibles préparent le mouvement visible puis se prolongent en lui pour le faire se déployer dans l’espace. Il s’agira donc de relier perception de ces mouvements internes et genèse des formes en mouvement du Kinomichi afin d’habiter ces formes. La relation au partenaire se fait alors dans la profondeur et tend vers une harmonie de mouvement, de ressenti et de plaisir à deux. Ainsi deux corps peuvent donner à voir un seul et même mouvement, mouvement qui en se dynamisant, laisse sa trace dans l’espace. Dans la méditation, moment d’assise immobile et en silence où l’attention est tournée vers les mouvements qui animent l’intérieur du corps, le goût du mouvement dans le non-mouvement extérieur développe une présence intense à soi et au monde, de laquelle pourront ensuite émerger les mouvements du Kinomichi. Ne pourrions-nous pas conclure ainsi ? Hommes et femmes, avec leurs différences, peuvent se trouver sur un même chemin de transformation, dans l’expérience de la pratique du Kinomichi. ● Pour pratiquer : Catherine Bazin : Dojo Dans la Cour 173, rue du faubourg Saint-Antoine 75011 Paris http://www.danslacour.fr Geneviève Barthélémy : Centre Tapovan 9, rue Gutemberg 75015. Tél : 01 45 77 90 59 Françoise Paumard : Centre Assise 40, rue Quincampoix 75004 et au Dojo Solara 29, rue du Château d’Eau 75010. Tél : 01 42 23 62 25. Martine Pillet : 01 42 42 55 02 - 06 87 03 90 22. Françoise Weidmann : Dojo Solara-75010 Paris. Tél : 01 48 57 81 53 -f.weidmann@freesbee.fr



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