Aïki Mag n°1 oct 00 à mai 2001
Aïki Mag n°1 oct 00 à mai 2001
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de oct 00 à mai 2001

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : FFAAA

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,7 Mo

  • Dans ce numéro : Les racines de Mayiano Aristin - technique Bernard Palmier.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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aïkido LA F O R M EET LE FOND Sur la fin de son existence, Morhei Ueshiba aimait tenir des c on f é rences dans lesquelles il exposait sa conception du monde autant que celle de l’art martial qu’il avait créé. Tout s’imbriquait, l’esprit des budo, celui des techniques, les auditeurs présents restés fascinés par la lucidité du fondateur de l’Aïkido. En 1932, Morihei Ueshiba avait supervisé l’édition d’un livre Budo Renshu, dans lequel il faisait déjà part sous forme de poèmes de sa conception philosophique : « L’Essence des Techniques », dont voici quelques extraits. SHOMEN (face du visage) On attaque avec la main droite ou la main gauche. C’est la technique de frapper avec le tranchant de la main (TEGATANA) ou le poing (KEN). Puisque la respiration du ciel et de la terre et sa propre respiration doivent être la même chose, quand on bouge il faut frapper avec le tranchant de la main à qui on a fait atteindre l’unité IN - YO (positif - négatif). Quand l’ennemi vient vous attaquer de cette façon, si vous faites (chaque fois) face à lui avec un grand sentiment de l’envelopper dans votre coeur, vous pouvez percevoir son mouvement et esquiver aussi bien à droite qu’à gauche. De plus, une fois l’ennemi enveloppé dans votre coeur, vous pouvez le guider sur le chemin que vous avez reçu du ciel et de la terre. Par exemple, si vous donnez à l’ennemi l’impression qu’il peut vous frapper, dans cet état, au moment où il vient vous attaquer, vous pouvez le faire tomber en esquivant à gauche ou à droite. Avec la transcendance de la vie et de la mort, dans n’importe quelle situation, même si on se trouve à 99% dans le domaine de la mort à cause de la pression de l’ennemi, il y a clairement la possibilité de trouver le chemin. Donc il faut s’entraîner en tenant compte de ces points. Dans les temps anciens, quand on étudiait l’art de la guerre, par comparaison, on s’entraînait constamment sur un tatami de petite superficie avec l’énergie du ciel et de la terre, avec la voie pour apprendre la respiration de la bataille réelle. Dans ce cas-là, gardez la distance convenable. Cela correspond bien au principe de SUI GETSU (eau et lune) dans le Kendo (l’art du sabre japonais) ; c’est-à-dire prendre la distance avec l’ennemi, l’eau placée entre (dans le cas où l’ennemi ne croise pas encore). Autrement dit vous vous faites face mutuellement en mettant une distance corporelle et spirituelle entre vous et lui. Si l’ennemi veut vous 1 6 attaquer avec le feu, vous vous protégez avec l’eau. Quand vous incitez l’ennemi à vous attaquer, vous vous déplacez avec l’eau qui enveloppe tout le temps votre corps. Le château-fort ancien avait été construit sur le même principe : avec le fossé, on le considérait enfin comme un vrai château-fort et autour il y avait de l’eau pour que les ennemis ne puissent pas attaquer. Dans le cas du corps humain, si l’ennemi vient vous attaquer, vous ouvrez avec l’eau ; donc vous n’êtes pas attaqué. Dans le cas du château-fort, si celui qui le protège n’est pas fidèle et sincère (MAKOTO), le château capitule. Mais dans la stratégie japonaise, l’entraînement intense de BUDO, c’est pour mettre ce genre de château dans le corps humain, c’est pour construire un château-fort vivant par un homme vivant. Dans le monde, toutes les choses fonctionnent comme cela. Si vous regardez le Japon, il se compose de châteaux-forts naturels entourés par la mer pour empêcher l’armée des démons d’entrer et d’attaquer. Pour le défendre chacun construit son château vivant et avec cela il faut consolider le château-fort (de la nation). C’est cela l’entraînement intense de BUDO. Si vous regardez le monde entier, il n’est pas écrasé grâce à l’eau qui le compose. A une plus grande échelle, les icebergs l’entourent. Quant à la terre, elle est protégée par une grande défense naturelle. Une défense aussi a été établie pour l’univers. Donc chaque pratiquant de BUDO s’entraîne pour bien protéger le grand château-fort de la Grande Nature gouverné par les divinités (Kami) et pour construire un plus beau château. Soit frapper, soit être frappé ; avec cet esprit, il faut faire avec une respiration qui correspond à cette vérité. Si vous avez bien appris cela, l’intelligence, la compassion et le courage sortent (apparaissent). et cela devient le vrai et unique YAMATO DAMASHII (l’âme du Japon) et votre corps entier devient comme un sabre et vous pouvez atteindre l’état de béatitude. Tous les BUDO peuvent construire une belle nation spirituelle dans le corps par étapes, de SATORI en SATORI. A grande échelle, nous pouvons défendre notre nation et à petite échelle, nous défendons notre corps. Finalement c’est l’entraînement pour polir l’âme du Japon (YAMATO DAMASHII) et c’est aussi l’exercice ascétique de IWATO BIRAKI (ouverture de la Porte du Rocher par la Déesse du Soleil dans la mythologie japonaise).Comme le coeur humain se charge d’eau et de feu, avec ce principe de eau - feu et de IN -YO, si l’ennemi vous attaque avec le KI, vous frappez avec le KI ; s’il vient avec l’eau, il est heurté par l’eau ; avec le feu, il est attaqué par le feu ; l’important est de s’entraîner intensément (mot à mot : de faire l’entraînement intense) en pensant à la guerre chimique (scientifique) moderne. YOKOMEN (côté du visage) YOKOMEN : frapper avec le tranchant de la main le côté du visage de l’ennemi en coupant vers le bas ou bien en coupant en diagonale à partir de son épaule. En connaissant le mouvement de l’ennemi, incitez son KI et en reculant légèrement la jambe gauche, dispersez son KI et en ne laissant pas échapper cette occasion, avec le principe IN - YO (eau - feu), comme si vous attaquez sans relâche, saisissez en tirant vers l’avant gauche le poignet droit (ou gauche) de l’ennemi. Ensuite ajoutez la main droite sur la saisie et avancez largement la jambe gauche en pivotant vers la droite et projetez l’ennemi vers l’avant droit avec la respiration IN - YO. On utilise cette technique dans la situation de guerre où justement l’avant-garde de l’ennemi et la vôtre se heurtent et où la principale force de l’ennemi passe sur votre flanc gauche et vous attaque de face et du côté gauche. Donc, exactement comme avec un sabre, en coupant de face vers la gauche, avancez en même temps
avec votre troupe d’élite vers l’ennemi qui menace votre aile droite et ensuite en attaquant les troupes d’élite de l’ennemi détruisez sa force droite (qui menaçait votre aile droite). C’est à partir de cette stratégie que le mouvement de YOKOMEN se pratique tous les jours sur le tatami ; en somme, cette stratégie s’applique aussi bien au moment de la rencontre avec votre ennemi que pendant la marche. C’est la stratégie qui utilise habilement les conditions topographiques et matérielles. A partir de cela il y a la stratégie divisée en : JO-DAN, CHU-DAN, GE-DAN et KU DEN (transmission orale) mais il faut enseigner cela pendant l’entraînement. Dans le cas de la méthode du sabre (KENPO), un point de détail : en reculant la jambe droite, prendre la garde HASSO et quand l’ennemi coupe vers le bas, en pensant bien au principe de SUI GETSU (eau - lune) couper tout droit pour l’empêcher d’utiliser son sabre. Dans la pratique de l’art du sabre, on apprend aussi, de la garde HASSO, la manière de couper vers le bas à gauche ; en même temps la manière de couper du bas vers le haut à droite en avançant la jambe gauche et aussi on apprend à couper l’ennemi de derrière en tournant le corps. Les techniques de frapper en YOKOMEN ont été fixées pour apprendre ces quatre techniques de sabre (KEN). KATA (épaule) Il est facile de saisir l’épaule de la force militaire en réserve distraite, mais il est très difficile de la saisir après le début de la bataille. Donc saisir l’épaule avec la main gauche ou droite en aveuglant l’ennemi. C’est le mouvement. Quand vous êtes saisi à l’épaule, en profitant de cette occasion, avec la main gauche, balayez le poignet de l’ennemi pour l’empêcher de vous donner un coup aux yeux. Et s’il retire, à cette occasion avec la main droite frappez son visage et avec la main gauche donnez un coup au plexus (et faites-le tomber en arrière droit). Pour cette technique guerrière (BU JUTSU) il faut faire spécialement attention d’unifier complètement le coeur (KOKORO), le corps et la force. La force est l’unité du corps et du coeur qui doivent ensemble fonctionner. Si l’ennemi saisit rapidement votre épaule avec la main gauche en tirant vers lui et en frappant votre tête, il faut tout de suite lui donner un coup sur son visage avec le poignet droit, balayer sa main droite avec le poignet gauche et saisir à deux mains son poignet droi t, avancer immédiatement la jambe gauche et le projeter vers l’arrière en tournant le corps (habituellement la gauche est YO et la droite est IN, mais dans ce travail c’est inversé.). Depuis les temps anciens, les arts m artiaux (BU JUTSU) ont été transmis de divinités (Kami) à l’E m p e re ur, de l’Empereur aux chefs d’état-major. C’est ce qu’indiquent les mots anciens. En demandant de l’aide aux divinités (Kami) pour appre n d re le principe de la composition de toutes les forces par les facteurs : mobiles - immobiles, fondus - figés, tirés - détendus, divisés - combinés, vous exprimez avec le corps dans l’entraînement quotidien ce principe dans lequel vous avez mis votre âme et en entraînant bien le corps, à ce momentlà, pour la première fois, cela devient du BUDO. Quand votre ennemi vient saisir votre épaule, il faut que vous fassiez la technique en pensant qu’il a l’intention de vous couper de l’épaule vers le bas en diagonale à partir de la garde HASSO, le sabre au-dessus de la tête ou bien qu’il a l’intention de couper votre jambe. D’a b ord quand l’ennemi vient couper votre épaule à partir de la position HASSO ou de la position DAIJODAN (très haut au-dessus de la tête), avec l’esprit de l’épaule elle-même, invitez le sabre de l’ennemi et en avançant la jambe droite ; en même temps, faites-le tomber (en le frappant) ou bien faites-le tomber en retirant la jambe gauche. Autrefois, dans les techniques de sabre, il y avait une stratégie : en se laissant couper la peau, on coupait la chair de l’ennemi ; en se laissant couper la chair, on lui coupait les os. C’est une stratégie que de couper la chair de l’ennemi, en même temps que de se laisser couper la peau tout en restant calme sous son sabre ; mais en revanche, de nos jours, on regrette d’être coupé, même la peau. De se laisser couper, même la peau, c’est comme se blesser (soi-même) et se mettre en danger, donc il ne faut pas le faire. Vous devez vaincre l’ennemi sans blesser votre corps ; c’està-dire que vous pouvez vaincre l’ennemi sans vous blesser, en le guidant avec le coeur. Donc il faut vous entraîner et pétrir votre BUDO pour arriver à ce que guider équivaut à faire tomber. La méthode de se laisser couper la peau pour couper la chair de l’ennemi est une technique d’expert ; mais c’est très dangereux ; donc ce n’est pas un art martial que les japonais doivent pratiquer. En temps de guerre, il est dangereux d’anéantir les ennemis en sacrifiant même quelques soldats. Le vrai BU JUTSU c’est de vaincre l’ennemi sans avoir un seul blessé dans sa propre force armée. Mettez-vous toujours dans une position sûre et victorieuse et battez l’ennemi ; autrement dit arrivez à faire obéir l’ennemi sans un seul soldat blessé. Cette décision est la plus importante dans l’entraînement de BU JUTSU. Plus encore vous devez suffisamment vous entraîner pour n’offrir aucune ouverture à l’ennemi qui lui donnerait l’occasion de vous attaquer. Quand l’ennemi saisit votre épaule, frappez son visage, avancez d’un pas la jambe gauche ; saisissez son poignet droit et faites-le tomber en tordant. Cela doit se faire avec le travail du coeur. Parce que le coeur est incarné dans le corps, ça se passe comme si c’était le coeur. C’est pétrir le corps, mais en réalité c’est pétrir le coeur. Quand l’ennemi veut saisir et tirer votre épaule, parce que vous faites avec le coeur, il profite de cette occasion et il pousse votre épaule ; en somme le BU JUTSU est l’expression du coeur. Au moment où l’intention de tirer l’épaule se manifeste dans le coeur de votre ennemi, ce qui est important est que vous ayez déjà compris cette intention ; et avec le coeur guidez l’ennemi pour lui faire saisir votre épaule. C’est un des éléments des arts martiaux ; si vous comprenez cela, il est facile de vaincre un ennemi. Mais cela ne sert à rien si vous comprenez cela seulement avec le coeur. Il faut comprendre 1 7



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