Aide et Action n°97 déc 05/jan-fév 2006
Aide et Action n°97 déc 05/jan-fév 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°97 de déc 05/jan-fév 2006

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : l'éducation et les crises.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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 » > Dossier SITUATIONS D’URGENCE Photo : A. Bordallo Aide et Action : L’éducation peut-elle être préservée lors de guerres et de crises politiques ? Antoine Gizenga : Certains pensent que l’éducation ne peut être organisée qu’en période de paix. Ils n’ont pas tort. Mais que faire pour les pays où les conflits perdurent pendant plus de vingt-cinq ans en Casamance, vingt ans en Angola, douze ans au Burundi, six ans en République démocratique du Congo ? Beaucoup d’enfants naissent et grandissent pendant les crises. Sans éducation, que deviendront-ils à l’âge adulte, s’ils ont la chance d’y parvenir ? 26 D’un point de vue pédagogique, il a été prouvé que certaines périodes de la vie sont plus sensibles parce qu’appropriées à certains apprentissages. Une fois ces étapes dépassées, même les enseignements les mieux organisés ne pourront déboucher sur des résultats performants. Il est donc indispensable de préserver l’offre éducative même en période d’urgence. A&A : Quels conflits la région « Afrique de l’Est » a-t-elle connus et quel en a été l’impact sur l’éducation ? A. G. : L’Afrique est un continent où les crises politiques ont élu domicile depuis les Crises politiques et citoyenneté 40 ans de conflits en Afrique : l’éducation oubliée Faire avancer l’éducation dans les pays en développement constitue déjà une tâche difficile. Mais quand ces pays sont en conflit, la question éducative se retrouve bien souvent reléguée à l’arrière-plan. Pourtant, l’éducation a un rôle capital à jouer pour l’installation d’une paix durable. Sans éducation, que deviendra-t-il à l’âge adulte ? Entretien avec Antoine Gizenga, responsable du programme Tanzanie, qui participera, au nom de l’association, au colloque international de Kinshasa (République démocratique du Congo) en mars 2006 sur « Éducation, violences et conflits en Afrique » années 60, période de libération du joug colonial. Chaque décennie enregistre une ou plusieurs crises politiques drainant populations réfugiées et/ou déplacées. Les crises les plus meurtrières se sont produites dans la région des grands lacs. On peut citer le génocide au Rwanda en 1994 causant près de 800000 morts, la crise politique burundaise avec plus de 300000 morts, celle en République démocratique du Congo qui aurait causé autour de 3 millions de morts, sans oublier le cas, plus récent, du Darfour au Soudan, etc. Toutes ces guerres ont des conséquences dévastatrices sur l’éducation. Elles entraînent bien souvent la paralysie totale des systèmes éducatifs. Dans les grands lacs, les crises ont généré des phénomènes nouveaux comme la question des enfants soldats. Le Burundi, par exemple, en compte près de 3000 1. Ces conflits viennent aussi accentuer la propagation du VIH/Sida qui, on le sait, a des conséquences désastreuses sur l’éducation : orphelins du Sida, mort des enseignants, diminution de l’espérance de vie 2, familles surendettées par le coût des soins, etc. A&A : Comment l’éducation peut-elle être préservée dans de telles situations ? A. G. : Le mot d’ordre est l’adaptation. En fonction des réalités locales, il faut repenser la forme des infrastructures, adapter les méthodes d’enseignement, former les enseignants, imaginer les outils pédagogiques… bref, diversifier l’offre éducative même en période de crise. L’essentiel est de fournir une réponse spécifique et appropriée selon les conditions dans lesquelles on évolue. Mais, au sortir des crises, toutes ces adaptations pédagogiques
 » > Dossier SITUATIONS D’URGENCE Photo:A&ARwanda L’éducation peut-elle prévenir des futurs conflits et empêcher le déplacement de millions de réfugiés ? devront être canalisées au travers d’une politique nationale cohérente reconnaissant l’apport de chacune des alternatives éducatives. A&A : Quel rôle joue l’éducation dans la reconstruction de ces pays ? Et, inversement, ne peut-elle pas servir à perpétuer les conflits ? A. G. : Retenons dès le départ que l’éducation dont on parle ici n’est pas uniquement la scolarisation mais plutôt la transmission du savoir, du savoir-faire et surtout du savoir être. Elle s’acquiert partout : à l’école, à la maison et ailleurs. Mais chaque fois, à partir de la « génération adulte » et sans oublier celle que l’on reçoit de ses pairs. L’éducation est un puissant moyen de reconstruction. Elle met l’accent sur les valeurs universelles fondamentales (paix, solidarité, respect, liberté, etc.). Je suis convaincu qu’une personne ayant intériorisé ces valeurs cherchera par la suite à éviter les conflits « L’Afrique est un continent où les crises politiques ont élu domicile » ou à les résoudre d’une manière pacifique. Par contre, l’endoctrinement est une forme d’éducation qui peut être à l’origine de conflits et de graves crises. Des cas passés et présents témoignent des dangers de l’embrigadement. A & A : Comment l’éducation, dans son rôle préventif, peut-elle prévenir de futurs conflits ? A. G. : L’éducation doit véhiculer les valeurs de paix. Mais il faut d’abord en donner une définition. Elle ne peut se résumer à l’absence de guerre ou de Crises politiques et citoyenneté conflit. D’après moi, la paix est un ensemble de valeurs permettant de vivre en harmonie. Le respect, la citoyenneté, la modestie, la tolérance, la solidarité, etc. en sont des déclinaisons. L’éducation à la paix consiste à intérioriser ces valeurs. A&A : Avez-vous des exemples concrets d’activités liées à l’éducation à la paix ? A. G. : Les activités à mener dans ce cadre sont nombreuses. On peut organiser des activités de formation sur la résolution pacifique des conflits à destination des communautés, des écoliers ou même au sein d’entreprises. On peut encore produire des supports pédagogiques en lien avec ces formations (manuels, posters) et qui seront adaptés à chaque cible (enseignant, parent, chef de village, analphabète, élève, salarié…). 27



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