Aide et Action n°97 déc 05/jan-fév 2006
Aide et Action n°97 déc 05/jan-fév 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°97 de déc 05/jan-fév 2006

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : l'éducation et les crises.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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 » > Dossier SITUATIONS D’URGENCE Photo : A. Bordallo Les études prouvent aujourd’hui que la malnutrition laisse des séquelles sur le développement intellectuel des enfants de moins de 5 ans, compromettant à jamais leurs chances de réussite scolaire. » Théophile Faho, responsable Aide et Action au Niger, connaît le sujet. Ses équipes sur le terrain ont maintes fois fait ce constat. Il poursuit : « Nos différents programmes souffrent et sont handicapés par les conséquences de l’insécurité alimentaire. Il est donc indispensable 22 pour nous d’agir si nous ne voulons pas voir des années d’efforts tout simplement ruinées. Notre intervention en tant que spécialistes de l’éducation est mise à mal par un phénomène, la famine, sur lequel nous pouvons avoir un impact ». Consommation de plantes toxiques, exode rural… de lourdes conséquences Concrètement, sur le terrain, la famine a diverses conséquences. Les enfants Crises alimentaires Niger, Burkina Faso : que peut l’éducation face à la crise alimentaire ? La récente famine au Niger et au Burkina Faso a touché directement les systèmes éducatifs. Mais, à l’inverse, l’action éducative peut-elle aussi avoir un impact sur l’insécurité alimentaire ? Et influer à long terme sur les difficultés des populations touchées, c’est aussi favoriser le retour à l’école. L’insécurité alimentaire risque de handicaper gravement le développement intellectuel de ces enfants. « cueillent des feuilles et des racines, seule nourriture accessible en temps d’insécurité alimentaire. Karim Yamba, coordinateur de la zone de Loga (Niger) raconte : « On les voit monter sur les arbres pour faire tomber les gousses de boscia senegalensis ou les feuilles de macrua crassifolia, deux plantes arbustives de la zone sahélo-saharienne. Elles contiennent toutes deux beaucoup de substances toxiques et sont réputées pour leur amertume ». Au-delà de ce problème,
 » > Dossier SITUATIONS D’URGENCE Photo : A. Bordallo L’association a lancé un projet d’assistance aux femmes enceintes et allaitantes. les abandons massifs des villages pour les centres urbains sont également préoccupants car les enfants sont contraints de quitter leur école. Même dans le cas où ils intègrent une nouvelle école en ville, la difficulté d’adaptation au nouveau contexte de vie est grande. Les parents ne s’impliquent plus, ne vont plus chercher les bulletins de leurs enfants, ne s’occupent plus des actes de naissance. Dans tous les cas, les résultats scolaires baissent. Les pluies ont été tardives et les criquets nombreux Sur les causes de l’insécurité alimentaire, rien n’est simple et les facteurs sont multiples. Bien sûr la sécheresse, particulièrement dure en 2004, a joué un grand rôle. Les pluies ont été tardives et courtes, les criquets nombreux (voir encadré ci-contre). Mais il y a aussi des raisons structurelles : Salifou Ouedraogo, du programme conjoint Aide et Action/ActionAid « L’éducation doit créer les conditions d’une plus grande disponibilité de nourriture » au Burkina Faso rappelle quelques données : « C’est vrai qu’il y a aussi une méconnaissance des techniques de production, une inexistence des revenus pour l’achat des céréales à l’extérieur et très peu de moyens de conservation ou de transformation des produits. Dès qu’ils récoltent, les paysans doivent vendre, quel que soit le prix : soit parce qu’ils ont besoin d’argent, soit parce que la récolte se perdra de toutes façons. Et comme tout le monde récolte en même temps, les prix du marché chutent. Leur production ne leur rapporte pas assez pour vivre tout au long de l’année ». L’éducation, une priorité contre la famine Le volet éducatif de la lutte reste une priorité. Au-delà de la distribution de vivres pour parer au plus pressé, l’éducation doit créer les conditions d’une plus grande disponibilité de nourriture ; parmi les moyens employés : la formation et la sensibilisation des populations aux besoins nutritionnels, aux techniques agricoles et à la gestion des récoltes. Aide et Action, en partenariat avec le FNUAP (Fonds des Nations unies pour la population), a lancé en octobre dernier sur la commune de Loga un « projet d’assistance aux femmes enceintes et allaitantes ». L’idée : en échange d’un « panier » (50 kilos de riz, 10 de haricots et 5 d’huile, un kit d’accouchement, une moustiquaire), les femmes doivent venir consulter au centre de santé, lieu de la distribution, à différents stades de leur grossesse. Pendant cette distribution, les médecins donnent des conseils sur la nutrition des enfants et des mères ou sur la planification familiale (exemple : laisser reposer le corps entre deux naissances). Les objectifs sont clairs : favoriser la fréquentation des services de santé, améliorer le suivi nutritionnel, contribuer à réduire la mortalité maternelle et encourager la planification familiale. Dans le cadre du soutien direct aux écoliers, Aide et Action a également mis en place le « projet tutorat » (voir magazine précédent et rubrique « Actus » page 30). Photo : A. Bordallo Crises alimentaires Burkina Faso : les criquets en question Rencontre avec Mamadou Coulibaly, ingénieur agronome, membre de la Direction de la protection des végétaux et du conditionnement (DPVC), Burkina Faso. Quelles sont les zones les plus gravement touchées par le criquet au Burkina ? Il s’agit principalement des zones sahéliennes, dans les provinces de Séno, Soum et Gnagna. Que s’est-il passé en 2004 ? En mai 2004, les criquets ont traversé le Burkina du sud vers l’est, pour aller au Niger. C’est très rare, ça arrive une fois tous les cent ans ! L’essaim faisait 100 km 2, ce qui correspond à des milliards d’individus. Il faut savoir que le criquet consomme son propre poids de nourriture par jour. Un criquet pèse 3 grammes : autrement dit, ce sont des dizaines de milliers de tonnes de végétation qui disparaissent chaque jour. Quels sont les impacts sur la sécurité alimentaire ? Il est difficile de différencier les pertes dues à la sécheresse et celles dues au criquet. Mais les deux fléaux réunis ont fait perdre en 2004 : 60000 tonnes de céréales et 4500 tonnes de niebe (haricot). Dans ces zones, cela représente un déficit de 60%. Ce sont plus de 491000 personnes affectées dans 26 départements. Quelles sont les réponses apportées aux invasions ? Nous utilisons encore beaucoup de pesticides mais des ONG se préoccupent de la lutte avec des produits naturels : l’ail, le piment, la papaye, par exemple, sont des produits protecteurs. L’Union européenne pose des conditions drastiques pour l’exportation et les paysans qui exportent sont de plus en plus obligés d’éviter les pesticides. Au niveau des États, il existe un projet de lutte d’envergure régionale financé par la Banque mondiale qui vient de commencer et qui regroupe plusieurs pays formant deux catégories. Dans la catégorie 1, nous retrouvons le Mali, le Niger, la Mauritanie, le Tchad : on les appelle « les pays de la ligne de front » car les criquets y ont leur habitat naturel. Les pays de la catégorie 2 : le Sénégal, la Gambie, le Burkina Faso sont les pays touchés. Coordonner la lutte, c’est augmenter nos chances de succès. Quel rôle pensez-vous que des ONG du domaine éducatif pourraient avoir dans cette lutte ? Les ONG pourraient former les paysans à la signalisation par exemple, pour remonter l’information aux services agricoles locaux. D’autre part, si on s’adresse aux enfants, qui sont l’avenir du pays, on peut faire passer des messages importants, notamment sur la dangerosité des produits utilisés. Dans le cas où des produits toxiques arriveraient sur le marché, ils pourraient réagir et peut-être proposer l’utilisation de produits naturels. 23



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