Aide et Action n°96 sep/oct/nov 2005
Aide et Action n°96 sep/oct/nov 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°96 de sep/oct/nov 2005

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : apprendre autrement aux 4 coins du monde.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DOSSIER Photo : A. Bordallo Photo : C. Leray 8 Parole de… Bénin : réforme nationale de l’éducation axée sur les pédagogies actives Au Bénin, la réforme nationale de l’éducation est en cours. Les nouveaux programmes préconisent des pédagogies actives qui mettent l’élève au centre de l’apprentissage. Pourquoi la nécessité d’une telle réforme ? Pour quels résultats ? Éclaircissement de cette nouvelle approche pédagogique par Magloire Cossou, ancien instituteur et inspecteur de l’Éducation nationale à la retraite, actuellement responsable pédagogique du projet Équipe (égalité et qualité dans l’enseignement primaire). Aide et Action : M. Cossou, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette nouvelle réforme ? Magloire Cossou : La réforme de l’éducation met en place ce que nous appelons les Nouveaux programmes d’études (NPE). Ces NPE veulent former de nouveaux citoyens. Avant, l’école formait surtout des fonctionnaires, sur le modèle colonial hérité. On leur demandait de connaître beaucoup de choses mais ils ne savaient pas agir par eux-mêmes. Notre but aujourd’hui est de former des adultes capables d’agir pour le développement du pays et non plus des perroquets savants. Cette réforme prône une pédagogie active basée sur l’apprentissage de compétences. Nous voulons que les connaissances apprises à l’école soient réutilisées à Au Bénin, les pédagogies actives sont au centre de la réforme. l’extérieur de l’école : il ne s’agit plus de savoir mais de savoir faire ! A & A : Pouvez-vous concrètement nous décrire le principe de ces pédagogies actives ? M.C. : Voici comment un enseignant qui pratique ce type de « pédagogie donne, aujourd’hui, une leçon… Trois étapes sont nécessaires : d’abord, l’enseignant vérifie l’état des connaissances des élèves sur un sujet. Ensuite, il mène les activités d’apprentissage. La dernière phase se découpe en deux temps : retour et projection. Le retour consiste à interroger les enfants sur leur apprentissage et la projection, à chercher comment employer ce nouveau savoir dans la vie quotidienne. A&A : Qu’est-ce que cela améliore ? M.C. : Cela permet tout simplement d’être plus efficace ! Je vais vous donner un exemple des limites de l’ancien système : quand j’étais instituteur, dans un village du centre du pays, j’ai fait une leçon de géographie sur le fleuve Ouémé, qui Notre but aujourd’hui est de former des adultes capables d’agir pour le développement du pays passe à 500 m du village et sur le système des crues. À la fin de la leçon, je leur ai posé des questions. Je me suis aperçu qu’ils n’avaient pas du tout fait le lien avec leur environnement ! Pour eux, le cours d’eau s’appelait Ouobo et la montée des eaux était due à la bonne humeur du génie du fleuve ! Si j’avais commencé » par questionner les élèves sur leurs connaissances, la leçon aurait été beaucoup plus constructive. A & A : Quelle est votre principale difficulté concernant la mise en place de ces nouvelles méthodes ? M.C. : Ce qui est le plus difficile, c’est certainement la mise au point de la formation des enseignants à ces nouvelles méthodes. Au Bénin, le niveau des professeurs est très hétérogène. Nous avons deux types d’enseignants : les fonctionnaires qui ont passé le concours de l’Éducation nationale et ont reçu une formation didactique et les enseignants communautaires, recrutés et payés par les associations de parents d’élèves. Le problème des enseignants communautaires, c’est qu’ils n’ont pas reçu de formation et sont même très peu diplômés. Certains n’ont que le certificat d’études (diplôme sanctionnant la fin de l’apprentissage en primaire). Pour l’application des NPE nous avions prévu quatre semaines de formation complémentaire mais ce n’était pas suffisant… surtout pour les enseignants communautaires. Aujourd’hui, tous les enseignants bénéficient d’une formation continue : une journée tous les quinze jours. Au départ, les enseignants se plaignaient d’un apprentissage trop théorique. Maintenant, les formations allient théorie et expérimentations. Le but est que chaque formateur soit capable de prendre la craie et de faire une démonstration pratique avec une classe d’enfants. C’est vraiment efficace. ■
Photo : A & A France Photo : Krousar Thmey « Un système éducatif efficace doit partir des cultures locales » Claire Calosci, directrice générale d’Aide et Action, nous donne son point de vue sur la réforme de l’éducation en cours au Bénin et les propos de Magloire Cossou. Aide et Action : Lorsque M. Cossou parle de « modèle colonial hérité », de quoi parlet-il exactement ? Claire Calosci : La question de savoir si un système éducatif est « hérité » ou imposé est un débat dépassé. Il faut aller au-delà de cette vision et s’intéresser davantage au contenu et à la pédagogie. A & A : M. Cossou déclare : « Notre but aujourd’hui est de former des adultes capables d’agir pour le développement du pays ». Qu’en pensez-vous ? C.C. : L’objectif d’un système éducatif est de renforcer la capacité des populations afin qu’elles acquièrent les moyens de se développer dans le sens qu’elles ont choisi. J’aimerais souligner qu’à l’heure d’une globalisation accrue, un système éducatif national n’a guère d’autre choix que de former des individus pour qu’ils développent leur pays et prennent en compte une économie mondialisée. Des claviers en braille pour des enfants aveugles : l’éducation s’adapte. A&A : L’objectif et le contexte étant posés, existe-t-il un modèle de système éducatif qui puisse y répondre ? C.C. : Non. L’objectif de tout système éducatif, nous venons de le voir, est universel. En revanche, les moyens et les outils ne le sont pas : ils doivent être adaptés aux contextes locaux. Il existe donc bien DES systèmes éducatifs. A&A : M. Cossou dénonce la différence de niveaux des enseignants au Bénin et la difficulté que cela représente pour la mise en place de ces nouvelles méthodes pédagogiques. D’autres obstacles peuvent-ils mettre en péril l’efficacité d’une telle réforme ? C.C. : M. Cossou a raison de souligner cette difficulté. Mais d’autres obstacles existent. Comme je l’ai exposé précédemment, un système éducatif efficace doit partir des cultures locales. Or ce sont les parents d’élèves qui sont les garants de « ces spécificités. Comment des nouvelles méthodes pédagogiques peuvent-elles être développées sans le concours des premiers acteurs locaux ? Sans leur implication, comment parler de méthodes adaptées ! A & A : Ainsi, le fait de concentrer les efforts sur la formation des enseignants et l’implication des parents permettraitil une réelle efficacité des réformes éducatives ? C.C. : Pas seulement. Une autre faiblesse des réformes concerne l’évaluation. Les enseignants ne font que collecter des chiffres : notes, taux de réussite, etc. Ils ne sont pas impliqués dans l’analyse de ces données qui, d’ailleurs, demeurent incomplètes. Seule une évaluation régulière Les parents d’élèves sont les garants de la culture locale. Il nous faut appuyer les populations pour l’élaboration et la mise en œuvre de leurs propres projets de développement basée sur les objectifs de l’enseignement – Les savoirs sont-ils mieux maîtrisés ? Les comportements ont-ils évolué ? – peut fournir un outil de pilotage et de motivation aux professeurs en leur apportant un retour régulier sur l’impact de leur stratégie éducative. Cette évaluation leur permet de corriger et de modifier leur pédagogie et c’est là que se situe l’importance de l’innovation : dans cette adaptation permanente des pédagogies pour que celles-ci contribuent au maximum à l’atteinte des objectifs de l’école. A & A : Ainsi, concrètement, comment cela se passe-t-il sur le terrain ? C.C. : Sur le terrain, les innovations sont nombreuses. Mais que se passe-t-il audelà de l’innovation, de l’expérience ? Comment mettre à l’échelle ces innovations qui fonctionnent et sont capables d’apporter des solutions réalistes, efficaces mais » locales ? Il est temps que les partenariats soient renforcés entre les ONG, les États, les associations locales, les communautés, les organisations internationales, les collectivités, les bailleurs de fonds… afin de partager et diffuser nos expériences, de renforcer nos compétences et d’agir ensemble pour des solutions innovantes. Il nous faut appuyer les populations pour l’élaboration et la mise en œuvre de leurs propres projets de développement. Nous en avons fait l’expérience : les innovations développées ici sont parfois catastrophiques là-bas. Notre travail nous impose donc de ne jamais chercher à reproduire mais au contraire toujours remettre en question les réussites que nous avons pu connaître. ■ 9 Photo : S. Bernard-Srinivasan



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