Aide et Action n°96 sep/oct/nov 2005
Aide et Action n°96 sep/oct/nov 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°96 de sep/oct/nov 2005

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : apprendre autrement aux 4 coins du monde.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DOSSIER Photo : A. Bordallo Ouidah, école de Kpassé. L’entrée de l’école est à deux pas de la Forêt Sacrée, dans une rue de terre et de sable. Derrière l’enceinte de béton courent deux longs bâtiments regroupant chacun trois classes. Toits de tôle, sols et murs de ciment. C’est l’école de Kpassé A. Mais il y a aussi l’école « B ». Elle a ouvert récemment, suite à l’augmentation des effectifs qui dépassaient les 100 élèves par classe. Quelques poteaux d’eucalyptus et un toit de paille forment le nouveau bâtiment des six nouvelles classes. Face au manque d’enseignants, d’infrastructures 16 Perspectives Bénin : les nouvelles méthodes pédagogiques sont l’affaire de tous Au Bénin, la réforme de l’éducation est en cours. Axée sur une nouvelle approche pédagogique de l’enseignement, son application soulève quelques difficultés que la société civile et l’État s’appliquent à surmonter. Les enseignants reçoivent une formation aux pédagogies actives. et de matériel, les innovations pédagogiques passent au second plan. Et pourtant. Le directeur de Kpassé B, Célestin, « fait sa classe : les élèves sont assis en petits groupes. Sur les « murs », les tableaux en contreplaqué sont le seul affichage dont dispose la classe. On y trouve un poème, un conte et la liste des responsabilités de chaque élève. L’année passée, Célestin a bénéficié d’une formation pédagogique. Il a La nouvelle réforme met l’élève au centre de l’apprentissage. L’instauration de pédagogies innovantes doit d’abord découler d’une véritable analyse de la société et de ses besoins ainsi pu mettre à jour des savoir-faire qui dataient pour certains de vingt-cinq ans, son ancienneté. Aujourd’hui, il n’est plus » le centre de la classe : il est devenu facilitateur… Au Bénin, la réforme mettant en œuvre les Nouveaux programmes d’études (NPE) préconise l’application de pédagogies actives qui mettent l’élève au centre de l’apprentissage. Mais comme partout, la mise en œuvre d’une réforme, accompagnée d’une nouvelle approche pédagogique, soulève certains problèmes. Les obstacles structurels subsistent Dans un premier temps, les soucis matériels freinent l’enseignement. L’effort engagé pour la scolarisation universelle a son revers. Les infrastructures ne suffisent pas et le nombre d’enseignants est loin du minimum requis. Certains ont même une « double vacation » : ils ont deux classes, parfois de niveaux différents, qui peuvent atteindre 50 élèves chacune. Au Bénin, comme ailleurs en Afrique, il existe deux types d’enseignants : les fonctionnaires de l’État qui sont passés par l’École normale et les enseignants communautaires. Tous reçoivent une formation complémentaire pour l’utilisation des NPE. Mais, les seconds, payés par la communauté (en moyenne dix fois moins que leurs collègues), manquent souvent de formation initiale en didactique. Ils n’ont comme diplôme que le BEPC (brevet des collèges) parfois seulement le certificat d’études. La formation complémentaire est alors insuffisante. Le Photo : A. Bordallo
Photo : A. Bordallo Les parents d’élèves doivent être impliqués dans la réforme. manque d’uniformité du corps enseignant béninois est un réel problème. Confrontés à ces obstacles, comment les enseignants peuvent-ils être porteurs des nouvelles méthodes pédagogiques ? (Lire à ce sujet l’interview de Magloire Cossou en page 8). Aujourd’hui, les uns et les autres partagent leurs expériences lors d’Unités pédagogiques. Ces formations, de deux jours par mois, leur permettent de comparer leurs méthodes, de s’influencer positivement et finalement d’appliquer les pédagogies nouvelles. Les parents doivent aussi être impliqués Les réticences viennent aussi parfois des associations de parents d’élèves. Échaudés par la réforme de l’École nouvelle de 1972, certains parents doutent de l’efficacité de l’école. Cette année-là, les militaires prennent le pouvoir au Bénin et veulent créer un « homme nouveau », par l’instauration d’un régime d’inspiration marxiste-léniniste. La scolarisation universelle est alors proclamée, de nombreuses écoles sont construites et l’État recrute tous les diplômés. Mais l’État, bientôt en cessation de paiement, n’embauche plus. Les enseignants manquent. Les parents perdent leurs illusions. À quoi peut servir cette école pour futurs fonctionnaires quand l’État fait défaut ? Aujourd’hui, de nombreux parents d’élèves sont donc sceptiques. Le travail de l’État et de certaines ONG consiste alors à mener campagne pour convaincre les parents, comme les enseignants, que cette réforme est nécessaire et applicable. En effet, le rôle des associations de parents d’élèves relève d’une longue tradition en Afrique. Souvent, ce sont elles qui financent les infrastructures et qui paient les enseignants. Leur participation à la réforme, et pas seulement comme bailleurs, est indispensable : les parents doivent être impliqués pour reprendre confiance dans le système éducatif. C’est l’implication de tous qui permet la réussite d’une nouvelle approche pédagogique (via la réforme nationale). Ici, il ne peut s’agir d’imposer des méthodes, il faut s’adapter aux réalités locales et convaincre dans une démarche démocratique. C’est pourquoi l’instauration de pédagogies jugées « innovantes » doit d’abord découler d’une véritable analyse de la société, de ses besoins et s’y adapter. ■ Enseignement magistral et méthodes actives LE MAÎTRE L’ÉLÈVE Les plantations de l’école de Moudostchori : une ancienne idée réhabilitée par la réforme Àl’école primaire publique de Moudostchori, dans le centre du Bénin, un projet porté par l’ensemble de la communauté a permis de remplir deux objectifs principaux : assurer un revenu à l’école pour financer les dépenses éducatives et mettre en place une pédagogie centrée sur le milieu. L’association des parents d’élèves a proposé un projet de plantations diverses : eucalyptus, manguiers, maïs. Le maïs, dont la récolte se fait ici deux fois par an, doit couvrir les premiers frais à court terme par la vente sur les marchés dès la première année. Ensuite, les manguiers et les eucalyptus (qui servent à la charpente ou à la construction d’échafaudages) viendront aussi alimenter les marchés, augmentant ainsi les revenus. Le projet a été soumis à la mairie, qui a donné son accord. Aide et Action a financé l’achat des plants d’eucalyptus. Les maîtres et les élèves profitent de ces cultures pour faire des La plantation de maïs de l’école de Moudostchori. mathématiques appliquées (système métrique), des sciences de la vie ou tout simplement de l’agriculture. Car les espèces cultivées ici sont celles que l’on trouve dans la région : l’école s’intègre au milieu et utilise les savoir-faire des parents qui viennent tailler les plants, arroser, récolter, conditionner, etc. Ils en profitent pour échanger sur la scolarité de leurs enfants, sur leurs résultats et leurs progressions. L’école est ainsi enrichie par l’échange de connaissances qui dépassent le cadre scolaire. Enseignement magistral Méthodes actives• « fait » sa leçon• propose:• donne la règle des situations de recherche,• donne des exemples des situations d’expression orale ou écrite,• interroge des études du milieu• donne des exercices d’application• observe ses élèves• encourage les élèves, les aide• écoute• observe, cherche, découvre• copie la règle• s’exprime• répond aux questions• confronte son travail avec ses camarades• répète• découvre, rédige la règle• fait des exercices d’application REPRODUCTION DU SAVOIR ADAPTATION DANS DES SITUATIONS COMPLEXES 17 Photo : A. Bordallo



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