Aide et Action n°96 sep/oct/nov 2005
Aide et Action n°96 sep/oct/nov 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°96 de sep/oct/nov 2005

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : apprendre autrement aux 4 coins du monde.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DOSSIER Photo : A & A Burkina Faso « Un jeune villageois rencontre Lardja pour lui remettre une ordonnance provenant de la ville. Le document paraît officiel car il porte un cachet rouge. Comme personne ne sait lire, Lardja s’imagine aussitôt qu’il s’agit d’un mandat d’arrestation destiné à son fils. Ce dernier, qui a quitté le domicile, aurait commis un délit et puisqu’on ne le retrouve pas 10 Innovation Tour du monde pour apprendre autrement L’éducation est un droit universel. Elle est une condition indispensable à un individu, une communauté, un peuple, un pays… pour grandir et se développer. Si l’objectif est le même pour tous, les moyens ne peuvent être comparables. En Afrique, en Asie, dans les Caraïbes… les différences composent les outils éducatifs. Apprendre autrement, c’est finalement s’adapter ! EN AFRIQUE : APPRENDRE PAR LE THÉÂTRE Les saltimbanques du développement au Burkina Faso Le rire pour sensibiliser. Grâce au théâtre-forum qui transforme les spectateurs en acteurs, les communautés consentent à faire ce qu’elles ont toujours refusé : envoyer leurs filles à l’école, lutter contre le sida… Le théâtre-forum sert à aborder les sujets les plus tabous avec les communautés. Lardja pense qu’il va se faire emprisonner à sa place. Pris de peur, il veut quitter au plus vite la commune. Sa femme tente de le raisonner et lui propose de se réfugier chez sa sœur qui sait lire. Mais Lardja est trop effrayé par ce document que personne ne comprend et décide de quitter le village en emmenant toute sa famille. Lorsqu’ils arrivent à la rivière en La redécouverte de la lecture au Cambodge. crue, il remet l’ordonnance à sa femme et malgré les supplications de celle-ci, il se jette à l’eau et se fait emporter par le courant. Sa femme, en sanglots, revient au village avec les enfants. Les habitants font appeler sa sœur qui déchiffre enfin le papier. Celui-ci n’est en fait qu’une ordonnance médicale. Le fils de feu Lardja n’a pas d’argent pour régler les médicaments et réclame une aide financière à sa famille. Le cachet rouge est celui de l’hôpital. Suite à ce drame, le maire décrète l’apprentissage de la lecture pour tous. Il ordonne à chaque famille d’inscrire ses filles et ses garçons à l’école et de veiller à leur assiduité jusqu’en classe de CM2, au moins. » Le public sensibilisé Lardja n’est que le personnage imaginaire d’une pièce de théâtre-forum interprétée dans les villages au Burkina Faso. Le message est clair : il faut scolariser les enfants. Puissant moyen de communication, le théâtre-forum permet de traiter avec une grande simplicité les sujets les plus tabous comme la limitation des naissances, l’excision, le mariage forcé, etc. À la fin de la représentation, l’assistance est invitée à prendre la place des acteurs. Les spectateurs improvisent alors les Photo : A & A Cambodge
Photo : A & A Burkina Faso Photo : A & A Cambodge dialogues et proposent des solutions aux problèmes posés. Omar Ouattara, qui dirige une troupe amateur assure qu’« à la fin de la représentation, le public quitte le spectacle plus sensibilisé que jamais. On rit « beaucoup, on pleure même parfois, mais on est obligé de réfléchir au thème traité ». Parfois, au moment du débat, les spectateurs posent des questions auxquelles les acteurs n’arrivent pas toujours à répondre de façon satisfaisante. C’est pourquoi des Le théâtre-forum permet de traiter avec une grande simplicité les sujets les plus tabous Les spectateurs posent beaucoup de questions. Ils repartent plus sensibilisés que jamais. Les habitants du village de Khsim Knong dans la province de Kratié se dirigent vers une petite maison en bois qui se trouve au centre du village. Cette cabane, vide autrefois, est aujourd’hui remplie de femmes et d’enfants devenus de fidèles visiteurs de Les CET permettent aux Cambodgiens de retrouver le chemin de la lecture. spécialistes des questions soulevées sont présents : une sage-femme quand ils jouent sur l’excision ou le sida, un agent de l’agriculture quand il s’agit de la réforme agraire, etc. Les pièces sont presque toujours des créations collectives de la troupe. Une fois le message à faire passer connu, chacun y va de sa petite idée, ce qui, à la fin, donne une » pièce complète. Issaka Sawadogo, un autre directeur de troupe, avoue son étonnement de voir avec quelle facilité les comédiens ce que l’on appelle les Centres d’éducation pour tous (CET). La dictature des Khmers rouges a entravé le développement de la démocratie et de l’éducation (par la suppression des élites et la destruction des livres). Aujourd’hui, ce déficit est lentement comblé par les CET qui recréent un univers lettré. Quand l’animateur sort de la caisse tous les ouvrages, le silence fait soudain place à de grandes discussions entre les lecteurs. Certains racontent à leurs amis les histoires ou les romans qu’ils ont lus, en espérant leur donner envie de les lire à leur tour. amateurs font preuve de créativité artistique. Et d’expliquer : « Souvent une ONG ou un service nous demande, pour ainsi dire manu militari, de créer une pièce de sensibilisation, avec des délais très courts. Jamais nous n’avons reculé, au contraire, le résultat a toujours agréablement surpris ». ■ EN ASIE DU SUD-EST : APPRENDRE PAR LA REDÉCOUVERTE DES LIVRES Les Centres d’éducation pour tous au Cambodge Suite au régime dictatorial khmer rouge, l’absence de ressources littéraires a privé les populations des connaissances nécessaires à leur développement. Les Centres d’éducation pour tous changent la donne et mettent des bibliothèques à la portée des communautés les plus isolées. « Chaque jour, pas moins d’une soixantaine de lecteurs viennent au Centre d’éducation pour tous Réflexions d’« éducateurs comédiens » « Le théâtre est un moyen de prévention fabuleux… Nous vivons une période troublée où de nombreux jeunes perdent leurs repères sociaux. Il faut […] agir pour que les enfants deviennent des auditeurs et des spectateurs attentifs. L’art et la culture ont un rôle considérable à jouer sur leur formation morale et intellectuelle. » Amadou Bourou, fondateur de la compagnie Feeren (qui signifie « floraison » en « dioula », une langue parlée dans différents pays d’Afrique de l’Ouest). « On montre une nouvelle manière d’apprendre. Au lieu de réciter « Les Fables de la Fontaine », comme c’est l’usage en classe, on peut y insérer le jeu et la musique, qui appartiennent à la culture des élèves. Cela complète ce qu’ils apprennent à l’école. » Un comédien. Set Riten, la jeune animatrice du CET de la commune de Sambo, observe le comportement de ses « clients ». Chaque jour, pas moins d’une soixantaine de lecteurs viennent lui rendre visite. Petit à petit, ils ont pris l’habitude d’emprunter des livres et de les rapporter le » lendemain, après les avoir lus au calme chez eux. Set Riten nous explique que la fréquentation du centre a beaucoup augmenté depuis son ouverture. Les enfants, encore réticents il y a peu, sont désormais conquis. Aujourd’hui, leurs parents s’intéressent eux aussi à la lecture. 11



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