Aide et Action n°95 jui/aoû/sep 2005
Aide et Action n°95 jui/aoû/sep 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°95 de jui/aoû/sep 2005

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 1,7 Mo

  • Dans ce numéro : éducation, qui paie la facture ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Parole de… La gratuité de l’éducation n’implique pas que les dépenses privées soient nulles. 8 Photo : Krousar Thmey La gratuité de l’éducation s’arrête souvent à la gratuité de l’enseignement. L’école gratuite a-t-elle un prix ? La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 stipule que « l’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental ». Le principe de gratuité n’est cependant pas absolu et recouvre des réalités complexes. Dans plusieurs pays, les politiques de gratuité ont fait exploser les taux d’inscription, mais pour combien de temps ? Comment garantir l’accès à l’Éducation pour tous, tout en préservant la qualité de l’enseignement ? Qui supporte le coût de l’éducation ? Nicolas Gury, diplômé en économie de l’éducation à l’IREDU (Institut de recherche en économie de l’éducation) et chargé d’études au CERQ (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) nous apporte son point de vue sur la question de la gratuité de l’éducation. Aide et Action : Qu’entend-t-on par gratuité de l’éducation ? Nicolas Gury : La gratuité de l’éducation fait indirectement référence à ses coûts. Or, la structure des coûts de l’éducation est complexe. Il y a d’abord les enseignants, les agents administratifs, puis les infrastructures, les manuels scolaires, les transports, etc. D’autres coûts viennent s’ajouter selon les habitudes des pays : uniformes, participations à l’association des parents d’élèves, etc. Enfin, il ne faut pas oublier le manque à gagner que représente le fait d’envoyer les enfants à l’école alors qu’ils sont dans de nombreux pays une source de revenus complémentaires pour les familles. « A&A : Qui finance ces coûts ? N.G. : Il existe principalement deux acteurs : l’État et les familles. Force est de constater que la gratuité de l’éducation, même dans les pays où ce principe semble désormais ancré, n’implique pas que les dépenses privées soient nulles. En ce sens, la gratuité de l’éducation est un vœu pieu et s’arrête bien souvent à la gratuité de l’enseignement. En France, par exemple, le financement direct de la part des La gratuité de l’éducation est un vœu pieu et s’arrête bien souvent à la gratuité de l’enseignement » familles ne couvre que 6,9% des dépenses d’éducation. Pourtant, une enquête menée par l’IREDU (Institut de recherche en économie de l’éducation) 1 a montré l’étendue des coûts annexes qui, en plus d’être élevés, touchent de façon plus injuste les familles défavorisées. En moyenne, les familles dépensent 7 000 euros pour scolariser un enfant de la maternelle à la terminale. En Asie, les familles supportent 20% des dépenses en éducation, en Afrique 30% et dans certains pays d’Europe de l’Est 40% 2 ! C’est pourquoi la mise en pratique de la gratuité de l’éducation ne peut pas s’arrêter à la simple suppression des frais de scolarité. Il ne peut donc y avoir d’éducation réellement gratuite sans transports gratuits, manuels scolaires gratuits, etc. A&A : Les pays qui ont des ressources limitées ne peuvent garantir la gratuité pour tous les secteurs de l’éducation. Y a-t-il un secteur prioritaire pour ce type de pays ? N. G. : En ce qui concerne l’accès au plus grand nombre et sur un plan démographique, la pyramide scolaire (i.e. la structure par âge de la population scolarisée) dans les pays en développement (PED) présente une base extrêmement large, qui se rétrécit très rapidement. Concentrer l’effort collectif sur le niveau primaire permet donc de toucher la plus grande partie de la population. Mais il faut aussi tenir Photo : A & A Guinée
Photo : F. Nocivelli « Les pays en voie de développement ont intérêt à améliorer (…) leur système d’éducation de base ». « compte de la position des pays par rapport à la frontière technologique 3. Les pays développés sont proches de cette frontière et doivent avoir un système d’enseignement supérieur et de recherche performant, de façon à s’y maintenir. En revanche, la plupart des PED ont intérêt à améliorer dans un premier temps leur système d’éducation de base. Les bénéfices attendus d’une telle politique sont considérables : développement agricole, transition démographique, amélioration de la santé… À charge donc aux gouvernements de réorienter leur budget national vers le secteur éducatif et à l’intérieur de celui-ci, de donner la priorité au secteur primaire 4. À charge aussi aux bailleurs de fonds de tenir leurs engagements. L’instauration de la gratuité de l’école par un simple décret a pour effet immédiat de faire exploser la demande en éducation A&A : Quels dispositifs, selon vous, doivent être mis en place pour rendre la gratuité de l’éducation efficace et équitable ? N. G. : Supporter le plus grand nombre de « coûts » nécessite non seulement des moyens budgétaires, mais aussi des capacités institutionnelles et logistiques. Je pense notamment à » l’élaboration d’une politique éducative cohérente, à un système d’information fiable, à des moyens de contrôle administratif et fiscal efficaces par exemple. Sans cela, et les cas sont nombreux, ces « coûts » peuvent prendre d’autres formes tout aussi discriminatoires et redevenir à nouveau prohibitifs. L’instauration de la gratuité de l’école par un simple décret a pour effet immédiat de faire exploser la demande en éducation. Or, une insuffisance de l’offre et une incapacité à contrôler les acteurs locaux peuvent vite laisser la place à des débordements tels que le trafic de manuels scolaires, une cotisation obligatoire à l’association des parents d’élèves ou même une enchère de la part des directeurs des écoles. Ces spéculations étouffent les familles les plus pauvres qui doivent alors renoncer à envoyer leurs enfants à l’école. A&A : Quel bilan tirez-vous des politiques de gratuité déjà mises en place par certains pays en développement ? N.G. : La mise en place de l’école primaire gratuite s’est souvent faite (avec l’assentiment des institutions internationales) 5 au détriment de la qualité de l’éducation. Or, les conséquences sont parfois terribles. La demande en éducation après avoir fortement augmenté s’est mise à chuter car les moyens nécessaires pour absorber l’explosion des effectifs n’ont pas été suffisants. 9



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