Aide et Action n°95 jui/aoû/sep 2005
Aide et Action n°95 jui/aoû/sep 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°95 de jui/aoû/sep 2005

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 1,7 Mo

  • Dans ce numéro : éducation, qui paie la facture ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Photo : A & A Tanzanie Passerelles « Je me suis rappelé le conseil empreint de sagesse de Confucius : si vous faites des plans sur un an, plantez du riz, sur dix ans plantez des arbres et sur toute une vie, éduquez vos enfants (…) » Ces quelques mots tirés de l’allocution de Benjamin Mkapa, président de la Tanzanie, lors de la conférence de l’Organisation du travail qui a eu lieu en avril 2001, soulignent la prise de conscience des politiques pour l’éducation. Depuis 1995, le pays s’est engagé dans des réformes structurelles mettant le plus souvent l’éducation comme secteur bénéficiaire : « (…) nous allons promouvoir l’éducation en traitant des questions d’accès et de qualité, notamment par la mise en œuvre de réformes visant à rendre les programmes davantage en prise sur l’économie locale. (…) À partir de l’année prochaine (ndlr : 2002), l’éducation primaire sera gratuite en Tanzanie (…) », concluait le président Mkapa. La Tanzanie manque de ressources pour financer seule son secteur éducatif. 16 Tanzanie : l’éducation au cœur de l’ambition du pays La Tanzanie réforme ses structures et engage ses efforts pour améliorer l’accès et la qualité de l’éducation. Comment l’un des pays les plus pauvres d’Afrique finance-t-il ses plans d’éducation ? « Et c’est chose faite. En 2002, la suppression des droits d’inscription a permis à des millions d’enfants de retrouver le chemin de l’école. Le défi immédiat pour le gouvernement a été de gérer cette forte hausse de l’effectif dans les écoles. La même année, il lance le Plan de développement de l’enseignement primaire (PEDP) qui définit une série de priorités en matière d’amélioration de la qualité (voir interview ci-contre). Équité dans l’accès, efficacité de l’enseignement, lutte contre le sida et intégration de la question du genre sont les objectifs de ce plan d’une durée de cinq ans. Pour tenir ces ambitions, le gouvernement tanzanien a accru les moyens budgétaires alloués à l’enseignement : 2,5% de Bien qu’étant un des pays les plus pauvres d’Afrique, la Tanzanie met l’éducation au cœur de ses politiques et de ses réformes ses dépenses récurrentes à l’éducation, dont 62% pour le secteur primaire. Mais cela ne suffit pas et le pays se trouve devant le défi majeur de pouvoir financer une telle amélioration de son système éducatif. La Tanzanie reçoit » des fonds au titre de l’aide publique au développement pour supporter ses réformes liées notamment à l’éducation. En raison de l’écart, souvent constaté, entre les engagements de dons et les versements effectués, le gouvernement tanzanien a dû recourir à un financement par l’emprunt. Aujourd’hui, la Tanzanie fait partie des pays africains les plus endettés et demeure très fortement dépendante de l’aide des bailleurs de fonds. Face à ce manque de ressources, l’impact et l’efficacité de l’aide extérieure et de l’argent public doivent donc être absolument maximisés. Les communautés financent une partie de l’éducation C’est la carte de la décentralisation que le gouvernement tanzanien a jouée depuis 1995. L’objectif principal : assurer une meilleure administration des fonds en déléguant, aux autorités locales et aux écoles, une partie de la planification, de la gestion et du développement du service éducatif. Si l’on regarde de plus près et dans la pratique, le gouvernement central fait parvenir les fonds aux écoles par l’entremise des structures gouvernementales locales. Une fois l’argent sur le compte bancaire des établissements, des comités d’école, au niveau communautaire, gèrent et contrôlent les fonds. Cette approche décentralisée améliore le financement de l’éducation car le pouvoir appartient désormais aux communautés et l’argent alloué à l’éducation est optimisé.
Photo : A & A Tanzanie Mais au-delà d’une meilleure gestion des fonds, les populations doivent souvent contribuer au financement de l’éducation en prenant à leur charge les uniformes, les cahiers et parfois même les pupitres. Les communautés mettent aussi leur main d’œuvre au service des projets scolaires puisqu’elles construisent les salles de classe, la maison de l’enseignant, etc. Globalement, il est difficile de quantifier cette contribution collective non monétaire mais elle représente tout de même une part non négligeable du financement Les populations doivent souvent contribuer au financement de l’éducation. de l’éducation. Bien qu’étant un des pays les plus pauvres d’Afrique, la Tanzanie met l’éducation au cœur de ses politiques et de ses réformes. Le pays l’a bien compris : le développement ne se fera pas sans passer par l’éducation de son peuple. Julius Nyerere, principal leader de l’indépendance (1962) et premier président de la République, instaura l’école obligatoire. « L’éducation, a-t-il écrit, n’est pas un moyen d’échapper à la pauvreté, mais de la combattre. » ■ Christopher Luyenga, chargé de Communication Programme Tanzanie. Initiative en faveur des Pays pauvres très endettés (PPTE) « Cette initiative a été prise initialement par la Banque mondiale et le FMI en 1996 mais elle a obtenu depuis lors le soutien de nombreux partenaires internationaux et a été renforcée en 1999. Elle a fondamentalement pour but d’éliminer la dette insoutenable des pays les plus pauvres du monde qui sont aussi les plus endettés. Cette initiative vise donc à lever les obstacles au développement et à rendre les pays les plus pauvres mieux à même d’accroître et/ou de rationaliser les investissements qui s’imposent dans les secteurs sociaux et dans le domaine de l’éducation. L’Initiative PPTE pourrait dégager un volume de ressources considérable à investir dans les secteurs sociaux. » Document de présentation pour la séance de stratégie « Utiliser l’allègement de la dette pour l’éducation » au Forum mondial sur l’éducation, Dakar, Sénégal, 26-28 avril 2000. Deux questions à Antoine Gizenga, responsable du Programme Tanzanie » Aide et Action : Quels sont, aujourd’hui, les principaux défis pour le financement de l’éducation en Tanzanie ? » Antoine Gizenga : Dans la plupart des pays africains comme la Tanzanie, les États sont de moins en moins capables d’assurer une fourniture satisfaisante en services publics, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation et/ou de l’urbanisme. Les faibles résultats du gouvernement tanzanien sont étroitement liés à l’insuffisance des ressources financières. De plus, les allocations budgétaires envers l’éducation, même si elles ont augmenté par rapport aux années précédentes, ne cessent de diminuer face au budget du ministère de la Défense. La conséquence directe du sous-financement est le déclin de la qualité de l’éducation. » A&A : Le gouvernement tanzanien a mis en place en 2002 un Plan de développement de l’éducation primaire (PEDP). À ce jour, quels sont les résultats ? Comment ce plan est-il financé ? » A.G. : On peut dire que c’est un succès sur le plan de l’accès. Le taux net de scolarisation a augmenté et la moyenne nationale avoisine 90,5% 1 en 2004. Les écoles sont moins surchargées et le matériel pédagogique ainsi que les manuels scolaires sont de plus en plus disponibles dans la plupart des écoles. En revanche, le problème de la qualité de l’éducation reste en suspens. Par ailleurs, la durée du PEDP, financé par les fonds de l’Initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) (voir encadré ci-dessus), est de six ans. Or il est évident qu’à la fin du PEDP, en 2006, on n’est pas très sûrs d’avoir les fonds pour continuer les réformes. Tout en sachant que l’initiative « Fast Track » (voir interview p.15) stagne parce que d’une part les donateurs n’ont pas honoré leurs engagements et d’autre part parce que la Tanzanie a mis du temps à remplir les conditions d’éligibilité. 1 The United Republic of Tanzania, Ministry of Education and Culture, Basic Statistics in Education, July 2004, Dar es Salaam, page 23. 17



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