Aide et Action n°95 jui/aoû/sep 2005
Aide et Action n°95 jui/aoû/sep 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°95 de jui/aoû/sep 2005

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 1,7 Mo

  • Dans ce numéro : éducation, qui paie la facture ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Photo : A & A Rwanda Le financement de l’éducation est en grande partie pris en charge par les États. chiffre que « dans le monde, 63% environ du coût de L’UNESCO l’éducation est pris en charge par les États, suivis, avec une contribution de 35%, par le secteur privé – coalition d’élèves, de parents, d’employeurs, d’Organisations non gouvernementales (ONG) et d’entreprises. Les 2% restant proviennent des programmes internationaux d’aide au développement 1 ». Les chiffres sont clairs : l’éducation est principalement assurée par l’État. Mais comment des pays qui disposent de peu d’argent peuvent-ils financer les objectifs de l’Éducation pour tous (EPT) et parvenir notamment à la scolarisation primaire universelle d’ici 2015 ? L’atteinte des objectifs de l’Éducation pour tous exige des investissements importants. Dans les pays développés L’atteinte des objectifs de l’Éducation pour tous exige des investissements importants. « qui ont de meilleurs systèmes fiscaux, l’État dispose de plus d’argent à consacrer à l’éducation. Dans les pays plus pauvres, tous les efforts possibles doivent être faits pour rassembler des fonds de diverses sources. L’idée d’un partenariat est fondamentale. Les États, les bailleurs internationaux, les populations et plus globalement la société civile doivent se coordonner et se compléter pour rassembler et optimiser les fonds alloués à l’éducation. Il est clair que la plupart des pays en voie de développement ne disposent pas de ressources nécessaires pour atteindre les objectifs de l’EPT en 2015. Selon une étude de l’UNESCO, des Dans le monde, 63% environ du coût de l’éducation est pris en charge par les États » moyens supplémentaires de l’ordre de 5,6 milliards de dollars US par an seraient nécessaires pour réaliser le but de la scolarisation primaire universelle. Et pourtant, les flux d’aide aux pays en développement ont baissé entre 1990 (60,6 milliards de dollars US, dont 5 milliards pour l’éducation) et 2001 (52,5 milliards de dollars US, dont à peine 4 milliards pour l’éducation). Deux initiatives tentent d’inverser la tendance et d’élargir les financements extérieurs. L’Initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) a pour but d’éliminer la dette insoutenable des pays les plus pauvres. Cette initiative permet de dégager un volume de ressources considérable à investir dans les secteurs sociaux et notamment l’éducation 2 (voir aussi encadré p.17). Une garantie internationale Lors du Forum mondial sur l’Éducation qui s’est tenu à Dakar, au Sénégal, en l’an 2000, les États du monde entier ont garanti qu’« aucun pays sérieusement engagé dans le processus Éducation pour tous ne verra la réalisation de son objectif compromis par un manque de ressources ». En réponse à cet engagement, l’« initiative accélérée » (Fast Track) a été lancée sous forme de partenariat mondial entre bailleurs de fonds et pays en développement. Les pays élus 3 font l’objet d’un engagement à long terme des bailleurs, en échange de garanties sur le niveau de ressources nationales mobilisées pour les objectifs de l’EPT et sur l’efficience des politiques éducatives suivies. 13 Photo : S. Grollier
« Le volume actuel de l’aide reste très insuffisant… » Jean-Claude Balmes est chef de la division Éducation au département Développement humain de l’Agence française de développement (AFD). Expert dans le financement de l’éducation, il répond à nos questions sur l’Aide publique au développement Aide et Action : Selon vous, quels sont actuellement les principaux enjeux concernant l’Aide publique au développement (APD) ? Jean-Claude Balmes : Le monde connaît une croissance économique et démographique sans précédent qui affecte ses équilibres fondamentaux. La prévention des risques politiques, sanitaires et environnementaux ne peut être envisagée indépendamment des politiques de réduction de la pauvreté et des inégalités. De ce point de vue, l’Aide publique au développement (APD) est à la croisée des intérêts bien compris du Nord et du Sud. Le volume actuel de l’aide reste très insuffisant au regard des enjeux et des besoins. Son efficacité fait aussi débat, ce qui ne favorise pas la mobilisation des ressources. Améliorer l’efficacité de l’aide et des politiques publiques, impliquer les populations dans le développement, universaliser l’éducation de base sont des enjeux majeurs pour l’APD. Il faut aussi créer, dans les pays du Sud, un environnement politique, juridique et infrastructurel favorable à l’investissement privé sans lesquels ces pays peineront à trouver le chemin de la croissance. A&A : Quelles sont les évolutions majeures de l’Aide publique au développement concernant le financement de l’éducation ? J.C. B. : À la fin des années 80, l’APD accordait une faible priorité au secteur de l’éducation primaire. Elle privilégiait les investissements matériels et l’assistance technique pour pallier le manque de cadres nationaux. La décennie 90 a fait de l’éducation de base le socle du développement. Elle a aussi placé l’efficacité des politiques éducatives au cœur du débat. En effet, l’augmentation des montants financiers ne peut avoir d’impact significatif sans que les pays bénéficiaires mènent une politique de développement et de réforme du secteur de l’éducation. C’est dans ce cadre plus contractuel que l’aide extérieure s’est ouverte à l’ensemble des besoins y compris les dépenses salariales et non plus aux seules dépenses d’investissement (constructions, équipements, formation des maîtres). A&A : L’initiative « Fast Track » est un fonds multidonateur qui a été mis en place pour répondre rapidement aux besoins de financement, notamment dans les pays dits « orphelins » où l’APD est faiblement mobilisée. En quoi cette initiative est-elle différente des autres pour financer les objectifs de l’Éducation pour tous ? J.C. B. : Ce qui est réellement nouveau, c’est l’accord de la communauté internationale sur un cadre de référence qui permet d’évaluer la crédibilité des politiques éducatives mises en œuvre. Ceci permet de ne pas exclure de l’initiative les pays les moins avancés dont le retard résulte souvent d’une faible efficience. En revanche, ce cadre exige d’eux qu’ils adoptent des réformes pour se rapprocher progressivement des « bonnes pratiques » et gagner en performance. Ce qui est également nouveau, c’est la « contractualisation » et l’harmonisation de l’aide : les pays bénéficiaires s’engagent sur des réformes ; on calcule sur cette base les besoins de financement pour atteindre l’objectif du millénaire ; la communauté internationale coordonne ses interventions et s’engage sur le long terme ; on évalue enfin chaque année les progrès réalisés. Le volume de l’Aide publique au développement doit être augmenté. A&A : En quoi les processus de remise de dette permettent-ils de mobiliser des ressources supplémentaires en faveur de l’éducation ? J.C. B. : Dans les pays pauvres très endettés, le service de la dette publique consommait quelquefois plus de 40% des recettes fiscales annuelles. La remise de dette dégage des marges de manœuvre budgétaires qui peuvent être réallouées au profit des secteurs sociaux comme l’éducation et la santé. A&A : Quel peut être le rôle des États, de la société civile et des ONG pour l’éducation ? J.C. B. : L’éducation est un investissement dont les bénéfices ne sont pas immédiats. Son universalisation ne peut donc être envisagée sans une intervention des États, garants du développement, de la cohésion sociale et des valeurs qui fondent les identités nationales. Le curriculum des élèves relève notamment des prérogatives de l’État à qui il incombe aussi d’utiliser efficacement et équitablement les ressources disponibles. L’Éducation pour tous exige aussi une forte mobilisation de tous les acteurs sur les réformes et dans la gestion quotidienne des établissements scolaires. Le rôle de la société civile et des ONG est ici déterminant. Ils suscitent la demande de scolarisation des familles et contribuent à un contrôle social de la qualité et de la bonne utilisation des ressources. L’État et la société civile ne peuvent travailler efficacement s’ils travaillent isolément. Ce qu’il faut construire aujourd’hui, c’est la complémentarité et le partenariat où chacun puisse valoriser ses avantages comparatifs au sein d’un cadre unique d’intervention : celui du secteur éducatif. A&A : En préparation de la 60 e assemblée générale des Nations-Unies qui fera le bilan des Objectifs de développement du millénaire (ODM), cinq ans après leur adoption, de nombreux gouvernements et agences de coopérations réfléchissent à des nouvelles alternatives pour financer le développement. Quelles sont ces alternatives ? Quels peuvent être leurs impacts sur la réalisation de l’Éducation pour tous ? J.C. B. : L’atteinte des Objectifs de développement du millénaire (ODM) implique des investissements importants. Mais il faut pouvoir les réaliser en début de période et assumer les charges récurrentes (par exemple les salaires) en attendant que la croissance économique permette aux pays de générer les ressources correspondantes. Il faut donc mobiliser des financements importants et les garantir sur le long terme. Le gouvernement britannique propose la création d’un fonds (International Finance Facility) alimenté par des emprunts souscrits par les pays du Nord pour étaler dans le temps le coût des investissements à réaliser. D’autres gouvernements, à l’initiative de la France, soutenue par le Brésil, l’Allemagne et l’Espagne, préconisent une taxation internationale pour créer une ressource pérenne au profit des ODM. 15 Photo : S. Bernard



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