Aide et Action n°94 mar/avr/mai 2005
Aide et Action n°94 mar/avr/mai 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°94 de mar/avr/mai 2005

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : femmes africaines dans l'enseignement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Passerelles Voix de femmes pour la paix Rencontre avec Hadja Saran Daraba Kaba, ex-présidente du REFMAP et ancienne ministre guinéenne. Aide et Action : Quelles sont les grandes réussites du REFMAP ? » Hadja Saran Daraba Kaba : Cela fait des années que les bords du fleuve Mano sont agités par des conflits armés impliquant le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée. Depuis sa création, le REFMAP tente d’amener cette sous-région vers la paix. En 2001, le président guinéen Lansana Conté a menacé d’entrer en guerre contre son vieil ennemi libérien Charles Taylor. Les femmes du réseau se sont alors précipitées à Conakry et ont convaincu le président guinéen de renoncer à une escalade catastrophique. Les femmes du REFMAP sont aussi à l’origine des accords de paix du Liberia, obtenus en août 2003 à Accra (capitale du Ghana), par la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Notre réseau figure parmi les signataires de ce texte qui mit fin à des années de guerre civile. Plus globalement, aujourd’hui nous sommes tous d’accord sur le fait que la paix et la sécurité ne sont pas le monopole des seuls États. Les citoyens, et notamment les femmes, sont les premiers concernés. Nous créons un « leadership » féminin qui agit pour les questions de paix et de développement. Les femmes ont prouvé que lorsqu’elles ont les capacités institutionnelles et individuelles, elles peuvent faire la différence. 18 GUINÉE SIERRA LEONE Mano LIBERIA Les femmes africaines posent aujourd’hui la question du genre dans la prévention des conflits, la gestion et la restauration de la paix. Elles pensent que pour installer un développement et une paix durables en Afrique, les femmes doivent faire partie des processus de décision. C’est ce que le REFMAP 1 revendique, en assurant un plaidoyer à tous les niveaux. Reconnues sur la scène internationale pour leur action en faveur de la paix, ces femmes ont reçu en 2003 le Prix des Nations unies pour les droits de l’homme. Réunion du Réseau des femmes du fleuve Mano pour la paix. A&A : Quelles stratégies employez-vous pour entamer un processus de paix ? » H.S.D.K. : Comme on dit chez nous, « si celui qui doit dire la parole la dit, la parole sera écoutée ». Dans chaque pays, il y a des femmes suffisamment fortes et influentes pour peser sur les États. C’est sur elles que se repose notre stratégie d’influence pour la paix. Le premier pas que nous voulons faire, c’est de réunir ces femmes « leaders » et leur dispenser une formation en techniques de résolution des conflits. Mais nous devons aussi les confronter à notre propre expérience, nos propres conflits : Comment avonsnous procédé ? Quelles ont été nos réussites ? Nos échecs ? Et à partir de là, bâtir un programme pour chaque État. Il n’y a pas de chemise standard pour arriver à la paix. Chaque pays a son contexte bien spécifique. Je pense que c’est ce qui manque au mécanisme international, qui arrive souvent comme une baguette magique. Dans le cadre du REFMAP, l’action est multiple, plus diffuse, plus souple et plus discrète surtout. On fait Photo : Marwopnet/REFMAP
Photo : O. Dan Tata• ENGAGEMENT CITOYEN » > Mobilisation pour l’Asie » > Campagne pour une éducation de qualité pour TOUTES » >• PAROLE DE… » > Trois femmes, une volonté : la reconnaissance de leurs droits ! » >• PERSPECTIVES » > Femmes africaines dans l’enseignement » >• SPÉCIAL INDE/SRI LANKA• RÉALITÉS » > Société matriarcale : mythe ou réalité ? » >• ACTUS• PASSERELLES » > Voix de femmes pour la paix » >• ÉCHO DES MÉDIAS » > Le parrainage à l’honneur » >• COURRIER DES LECTEURS moins de tapage, mais on agit sur les vrais ressorts. Et au moment où on médiatise, le fruit est déjà mûr. A&A : Selon vous, pourquoi est-il important de faire de l’influence ? » H.S.D.K. : La plupart du temps, nos responsables prennent des décisions sans tenir compte de leurs répercussions sur la vie quotidienne des populations. Et pourtant, ces décisions sont supposées être prises pour leur bien-être ! Il est important d’influencer pour que des décisions ne tombent pas comme ça sur les populations sans qu’elles comprennent. Elles les refuseront et ensuite, c’est la confrontation qui débouche la plupart du temps sur des conflits. Dans notre démarche d’influence, nous faisons attention de ne pas faire la même erreur que nos responsables. Nous sommes là pour être les porte-parole des populations. Il ne s’agit « pas de parler à leur place. Nous allons à leur rencontre, nous discutons avec elles. Notre rôle est de porter leurs préoccupations, leurs réalités devant les décideurs. Le but est d’aiguiller nos dirigeants vers des décisions qui aillent dans le bon sens, en tenant compte des réalités des populations. Nous faisons en sorte que les efforts qui sont faits au niveau de la base puissent être renforcés au lieu d’être annihilés. A&A : Quels sont les risques que vous courez en faisant de l’influence auprès des décideurs ? » H.S.D.K. : Un des risques de l’influence est de n’être animé que par son seul Nous créons un ‘ leadership’féminin qui agit pour les questions de paix et de développement. Le but est « d’aiguiller les dirigeants vers des décisions qui aillent dans le bon sens ». intérêt, son seul point de vue. Cela devient alors une attitude unilatérale qui aboutit à une forme d’autoritarisme. C’était l’erreur que nous » faisions au début. Nous n’organisions pas d’espaces de concertation entre nous et les décideurs et au final nous leur imposions nos revendications. Aujourd’hui, nous essayons de créer l’écoute attentive chez les décideurs. On ne peut pas influencer quelqu’un qui n’est pas sur la même longueur d’onde que nous. Il ne faut pas lui donner l’impression qu’on lui impose quelque chose. L’influence n’est pas imposer son point de vue mais véritablement tenter d’ouvrir le dialogue. A & A : Parlez-nous de votre partenariat avec Aide et Action ? » H.S.D.K. : Nous faisons deux points de constat : 40% de la population de l’espace Une femme mobilisée Hadja Saran Daraba Kaba, ancienne ministre guinéenne (aux Affaires sociales), est la présidente sortante du REFMAP. Elle est aujourd’hui une personne incontournable pour toutes les questions touchant aux conflits. Au-delà de son action dans le REFMAP, elle est aussi à la tête de la Coordination des organisations féminines de Guinée (COFEG). Cette organisation met en place des sessions de formation pour le renforcement des capacités des associations féminines et mobilise des ressources pour les projets des Mano a moins de 15 ans et ces enfants n’ont connu que la violence. Ils sont nés et ont grandi dans ce contexte, ce qui fait d’eux des adolescents à part. Qu’allonsnous en faire ? Allons-nous les insérer dans un système éducatif « général » ? Pour quels résultats ? Ou bien faudrait-il dès maintenant entreprendre des réformes éducatives pour que ces jeunes aient accès à une éducation de qualité et surtout adaptée ? Nous pensons qu’Aide et Action peut nous aider à répondre à ces interrogations et à mettre en place des structures adaptées pour que ces jeunes deviennent des citoyens libres. ■ Propos recueillis par Daouda Tamsir Niane, responsable Communication Aide et Action Guinée 1 Réseau des femmes du fleuve Mano pour la paix : organisation de femmes de Guinée, Sierra Leone et Liberia. Le fleuve Mano prend sa source en Guinée et traverse la Sierra Leone et le Liberia. groupements féminins. Débordante d’énergie, cette pasionaria est devenue l’interlocutrice des organisations internationales et des chancelleries. Membre influent de la société civile guinéenne, Hadja Saran a été invitée lors de l’atelier international d’Aide et Action qui s’est tenu à Boffa (Guinée) en décembre 2004. Elle y a présenté l’expérience de son réseau, le REFMAP, en matière d’influence. Un partenariat se met en place entre les deux organisations dans le cadre de l’éducation à la paix, un axe fort du programme Guinée d’Aide et Action. 19 Photo : Marwopnet/REFMAP



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