Aide et Action n°94 mar/avr/mai 2005
Aide et Action n°94 mar/avr/mai 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°94 de mar/avr/mai 2005

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : femmes africaines dans l'enseignement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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deux partenaires ne souhaitent pas continuer la relation, ils ne se « verront » plus. Chez les Moso, aucun des deux partenaires ne cherchera à déranger, contraindre ou posséder l’autre sans son accord. L’homme ne maltraite pas la femme, la femme n’opprime pas l’homme. Les relations sexuelles sont libres. Imaginons le cas où plusieurs garçons aimeraient la même fille. Eh bien, cela serait à la fille de choisir. La chasteté avant le mariage, l’amour extraconjugual, le divorce, etc. ne peuvent pas exister puisque le mariage n’a pas lieu. La jalousie est rare chez eux. » Une étude menée dans les années 60 a montré que si la liberté sexuelle était de mise chez les Moso, beaucoup d’entre eux n’avaient pourtant qu’un ou une partenaire au cours de leur vie. Un enjeu majeur : la préservation de leurs modes de vie L’ethnologue sino-français Cai Hua a publié Une société sans pères ni maris : les Na 1 de Chine 2, qui présente une étude scientifique de la société moso. Dans cet ouvrage, l’auteur avance que « le mariage n’apparaît plus comme le seul mode de vie sexuelle institutionnalisée possible. Le cas Na témoigne du fait que le mariage et la famille ne peuvent plus être considérés comme universels, ni logiquement, ni historiquement ». Ce cas a depuis longtemps suscité un vif intérêt dans la communauté scientifique mais aussi parmi les touristes. Voilà un groupe qui bannit la notion du mariage, de paternité et qui s’adonne à la liberté sexuelle. Aujourd’hui, cette minorité est menacée par l’exploitation continue de son environnement. Se préserver est devenu l’enjeu primordial des Moso. Mais les rapports sociaux s’en trouvent bouleversés et avec eux la position des femmes. La société moso n’est qu’un exemple de société matrilinéaire et matrilocale. Bien qu’il existe des définitions qui posent une base commune, chaque société de ce type présente des particularismes. C’est le cas des Touareg. Ensemble de tribus nomades d’éleveurs dispersées en Algérie, au Niger, au Mali, en Libye et au Burkina Faso, les Touareg nouent leurs liens identitaires autour d’une langue, d’une organisation 14 « familiale, sociale et politique communes. La femme a toujours tenu une place à part chez les Touareg. Aujourd’hui encore, elle est la charpente de la société. C’est elle qui s’occupe de l’éducation des enfants et gère le quotidien. Chez les Touareg et contrairement aux Moso de Chine, le mariage est de coutume. La Photos : A.-E. Thion Aujourd’hui la femme reste la charpente de la société touareg » femme a depuis des siècles acquis la liberté d’expression. Elle a toujours participé aux côtés des hommes aux grandes orientations qui ont décidé du contenu et du sens de la vie touareg. Précieuse, elle est aussi préservée. Les hommes sont tous soumis à un code de conduite nommé Asshak, gardien de l’intégrité de ces femmes. Ce code place la femme comme facteur anoblissant de l’homme. Si l’homme venait à abuser de son avantage physique, il ne serait plus noble et serait déchu de ses droits. Les femmes prononceraient son exclusion et il serait banni. Aujourd’hui encore le plus grand sacrilège de la société touareg est de porter atteinte à l’intégrité physique, morale et intellectuelle d’une femme. Dépositaire de la tradition, elle a la charge de transmettre la langue et l’écriture tifinagh aux enfants. Socle de l’avenir de la communauté, la femme touareg doit aujourd’hui faire face à de nouveaux enjeux. Suite à de grandes sécheresses, beaucoup de tribus touareg se sont sédentarisées dans
• ENGAGEMENT CITOYEN » > Mobilisation pour l’Asie » > Campagne pour une éducation de qualité pour TOUTES » >• PAROLE DE… » > Trois femmes, une volonté : la reconnaissance de leurs droits ! » >• PERSPECTIVES » > Femmes africaines dans l’enseignement » >• SPÉCIAL INDE/SRI LANKA• RÉALITÉS » > Société matriarcale : mythe ou réalité ? » >• ACTUS• PASSERELLES » > Voix de femmes pour la paix » >• ÉCHO DES MÉDIAS » > Le parrainage à l’honneur » >• COURRIER DES LECTEURS les zones urbaines. L’influence du modernisme sur la culture traditionnelle est sans appel. L’équilibre est bouleversé. L’école et la rue s’occupent de l’éducation des enfants et peu à peu la langue et l’écriture touareg s’évanouissent. Les femmes et les hommes tentent de résister à l’extinction de leur patrimoine culturel La femme touareg dépositaire de la tradition doit faire face à de nouveaux enjeux. mais le monde « moderne » ne semble pas leur laisser la possibilité de préserver la pratique de leurs coutumes. Le rôle socioculturel de la femme dans la société touareg s’est retrouvé modifié. Aujourd’hui, elle doit continuer à être dépositaire de la culture mais doit aussi s’adapter aux exigences de la vie « moderne ». L’éducation est la clé de son adaptation. Intégrée et éduquée, elle pourra ainsi continuer à jouer son rôle d’éducatrice d’antan en incitant à la scolarisation des jeunes tout en préservant les spécificités culturelles de sa communauté. Ces attaques du monde « moderne » brouillent les équilibres des sociétés matrilinéaires. Lourde de conséquences sur le statut et le rôle de la femme, l’introduction de ce nouvel univers modifie les traditions pourtant préservées depuis des siècles. Mais des femmes et leurs communautés luttent pour la sauvegarde de leur identité et de leur mode de vie. C’est le cas des femmes de Juchitán, ville zapotèque de l’état mexicain de Oaxaca. Située au croisement de la route qui relie l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud et de la ligne de chemin de fer qui raccorde l’Atlantique au Pacifique, cette ville est au carrefour du commerce national et international. Et pourtant, Juchitán est loin d’être une cité où l’économie de marché est reine. Les hommes sont principalement agriculteurs, artisans ou pêcheurs. Les femmes sont, elles, en grande majorité des marchandes. Mais, au-delà de cette activité commune, c’est la finalité de leur commerce qui est singulière. Juchitán s’organise autour d’une économie de subsistance. Les femmes ne cherchent pas à accumuler des richesses ni à faire du profit. Leur seule ambition est de garantir les moyens de subsistance de leur famille et plus globalement de leur communauté. Il y a peu de concurrence entre les marchandes car chacune est spécialisée dans une production différente. Aujourd’hui encore, le commerce à Juchitán est centré « autour de la nourriture. Elle est produite, négociée et consommée au niveau local. Les surplus ne sont pas mis sur le marché car ils feraient chuter les prix. C’est alors l’occasion d’organiser de grandes fêtes où toute la ville se retrouve autour de la nourriture non vendue. Héritières et gardiennes des traditions, c’est sur elles que repose la survie de leur civilisation Les marchandes de Juchitán pratiquent une économie de subsistance. Des femmes irréductibles Bien qu’accomplissant des tâches complémentaires à celles des hommes, les femmes sont tout de même au centre du prestige social. La principale force agissante derrière ce modèle indépendant de marché est un sens de la communauté qui dérive de la lignée maternelle. Ce sont les femmes qui transmettent les biens mais aussi les traditions. Les habitants sont fiers de leur origine, de leur langue maternelle – le zapotèque – et de leur coutume. Cette orientation culturelle différente est si ancrée qu’elle est capable de résister à l’invasion de l’économie de marché. Les grosses entreprises n’ont jamais réussi à s’implanter à Juchitán, située dans un axe géographique stratégique. Pendant de longues années, le gouvernement central a convoité la région pour y installer une zone d’économie libre. En vain car la population s’est unie » contre l’idée de devoir réaliser un autre modèle de consommation que le leur. Les femmes et les hommes de Juchitán n’ont pas intériorisé les normes et les règles de l’économie de marché. Ils ont d’autres façons de pratiquer le commerce et autour de cela des valeurs différentes. Les Moso en Chine, les Touareg en Afrique et les habitants de Juchitán au Mexique harmonisent la vie sociale autour de la femme. Ce type de société tend à disparaître. Confrontées à un enjeu de taille, les femmes doivent tenter de préserver leurs modes de vie. Héritières et gardiennes des traditions, c’est sur elles que repose la survie de leur civilisation. ■ 1 Na est un autre terme pour désigner les Moso. 2 Une société sans pères ni maris : les Na de Chine, Cai Hua, juin 2000, quatrième édition PUF. 15 Photo : N. Barrett



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