Aide et Action n°94 mar/avr/mai 2005
Aide et Action n°94 mar/avr/mai 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°94 de mar/avr/mai 2005

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : femmes africaines dans l'enseignement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Photo : A &A M. N. différents domaines, les mentalités n’ont pas changé favorablement partout en ce qui concerne le partage des tâches et des rôles entre hommes et femmes. Et pourtant, les enseignantes tiennent à leur fonction, malgré des difficultés telles que celles mises à jour par Simone Soahita, institutrice à Madagascar : « Nous avons la vocation et la forte envie d’améliorer en permanence les méthodes pédagogiques mais le problème se pose sur le temps, les moyens à cause des difficultés de la vie et des tâches ménagères. Le coût de la vie augmente, le salaire des enseignants est trop bas ». Lutter pour l’égalité L’expérience personnelle des femmes enseignantes est riche et très utile pour la mise en œuvre de nouvelles solutions. La responsable académique du district de Misungwi (Tanzanie) montre ce que l’action individuelle d’une femme peut changer dans la société : « L’année dernière, partout en Tanzanie, des panneaux en dur ont été construits pour signaler la présence d’une école. J’ai personnellement participé à la mise en œuvre de cette initiative. Le panneau est simple : le nom de l’école, son adresse et deux figures représentent un L’un des enjeux pour les institutrices est de déceler et combattre les freins à la scolarisation des filles. 12 M me Jeyanthi Grace est l’institutrice de l’école primaire d’Ayyanarpuram, d’ASSEFA 1. Être une femme enseignante peut impliquer de sérieux avantages. Interview. Aide et Action : Comment avez-vous débuté dans ce métier ? Jeyanthi Grace : Au début, je devais affronter des problèmes au sein de la communauté. Certains parents des castes privilégiées refusaient que leurs enfants aillent à la même école que les enfants des basses castes. Des enfants n’avaient pas accès à l’école et des enseignants devaient aller chercher à pied les enfants chez eux, puis les ramener à la fin des cours. A & A : Comment avez-vous résolu ces problèmes ? J. G. : Les enseignants ont dû travailler dur pour créer un environnement favorable à l’éducation. En tant que femme enseignante, j’ai eu la chance de pouvoir discuter avec les mères d’élèves et les convaincre de l’importance de l’éducation pour leurs enfants. Il était également très naturel pour nous de prendre l’initiative sur les questions d’hygiène des enfants à l’école. A&A : Quelles sont vos relations avec les mères d’élèves ? J. G. : Ici, les deux tiers des enseignants sont des femmes. Cela permet aux filles de réaliser que l’école est un endroit sûr pour étudier. La femme enseignante doit souvent faire face à des préjugés et des stéréotypes. écolier et une écolière. Ce n’était pas ce qui était prévu à l’origine. Seul un écolier figurait sur le panneau. Je me suis battue pour que fille et garçon soient présents, à égalité, sur cette figuration. C’était symboliquement important et croyez-moi, ce n’est pas pour autant que ce fut simple ! Les réactions les plus vives vinrent des familles qui trouvaient anormale cette promotion de la scolarisation des filles ». Des changements sont en cours, par le fait des États, mais aussi grâce à la mobilisation des femmes elles-mêmes. Hadja Abibatou, présidente d’une organisation de femmes enseignantes au Sénégal est formelle : « Nous nous battons partout où il se doit pour que la cause des femmes enseignantes soit entendue ». L’équité des genres, particulièrement dans l’enseignement, est indispensable. Il n’est pas concevable par exemple que les femmes gagnent encore moins que les hommes, déjà largement En Inde, trente ans d’expérience pour Jeyanthi L’abandon des filles est beaucoup plus important dans les écoles où il n’y a que des hommes enseignants car les parents hésitent à y envoyer leurs filles. D’autre part, les groupes de femmes soutenus par l’ASSEFA sont essentiellement composés de mères d’élèves. Petit à petit, nos liens avec les mères se sont améliorés et elles se sont impliquées dans le développement de l’école. A&A : De quoi êtes-vous la plus fière ? J. G. : Du fait que les élèves travaillent aujourd’hui dans tout type de domaine : agriculture, enseignement, mécanique, ingénierie, santé… J’aimerais ajouter que ce n’est pas le niveau d’étude qui importe. À l’ASSEFA, les enfants apprennent aussi comment prendre en charge la santé de quelqu’un, la façon d’élever des chèvres, de gérer un jardin potager… L’éducation de base est complémentaire de ce type de savoirs. C’est là tout le succès de notre projet éducatif. 1 Partenaire d’Aide et Action en Inde depuis 1985. sous-payés sur le continent. Comme partout, de nombreux progrès restent à faire, mais il est incontestable que cette notion d’égalité des droits et de valorisation du rôle des hommes et des femmes dans l’enseignement primaire fait son chemin en Afrique. Prendre l’éducation et les femmes au sérieux est une condition indispensable à une évolution positive de la société car l’éducation est un puissant levier pour atteindre l’équité de genre. ■ 1 Les TRC, ou Centres de ressources pédagogique en français, permettent la formation des maîtres et leur suivi. Ils peuvent aussi dispenser d’autres formations aux communautés. Ont participé à la rédaction : Regina Robinson, responsable Communication, Madagascar Meera Shankar, responsable Parrainage, Inde du Sud Ousmane Dan Tata, chef de projet, Paris Photo : A &A Tanzanie Photo : A SSEFA
Photo : P.Blanche Réalités Société matriarcale : mythe ou réalité ? Il existe des communautés où les femmes sont aux origines de l’héritage culturel et social. La femme transmet son nom et ses biens. Elle est la seule à pouvoir le faire. Point de repère de la vie quotidienne, elle est aussi gardienne des traditions. Une position centrale mais aujourd’hui fragilisée par l’ouverture sur le monde « moderne ». De nouveaux défis pour ces femmes venues d’ailleurs. Voyage aux pays des femmes… L azuo est une femme moso, peuple de l’enclave chinoise de Yongning, au pied des premiers contreforts tibétains. Assise en tailleur autour du foyer, elle prépare du thé et fume la pipe. Son visage cuivré et son sourire édenté portent soixante-dix ans de labeur. Aujourd’hui Lazuo sourit. Elle vient de recevoir un héritier qui possédera ses terres et prendra toutes les décisions du clan : sa fille vient d’accoucher d’une petite fille. Les Moso appartiennent à l’une des dernières sociétés dites matriarcales recensées au monde. La vérité scientifique oblige à parler de société matrilinéaire et matrilocale – matriarcale évoquant l’idée d’une domination féminine qui n’existe pas ici. La famille n’a pas comme base un père et une mère. Dans cette société matrilocale, un homme vivra jusqu’à sa mort chez sa mère entouré de ses sœurs, nièces, tantes et frères. La société est matrilinéaire : la femme transmet le nom et la propriété. À la tête du clan, elle régit Chez les Moso, la femme est à la tête du clan. La société moso est matrilinéaire. La femme transmet le nom et la propriété. aussi la vie quotidienne, prend les décisions. Elle est l’administratrice de toutes les possessions : la maison, les champs, les bateaux, les animaux et la nourriture. Complémentaires, les hommes pêchent, chassent et travaillent les champs. Le fruit de leurs efforts est remis à la femme qui est chargée de le distribuer équitablement à chaque membre de la famille. L’enfant est sacré car il est considéré comme venant du royaume des ancêtres. Élevé par son clan, le père géniteur n’a aucune responsabilité par rapport à l’enfant. Le rôle de la paternité dite « sociale » est tenu par les oncles. Dans leur langue, le mot « père » n’existe, d’ailleurs, même pas. Chez les Moso, le mariage est rare. Les relations sexuelles s’organisent selon le modèle dit de la « visite ». Chaque nuit, les frères partent de la maison et les amoureux « rendent visite » aux sœurs. Chaque matin, les amoureux partent et les frères reviennent. L’homme moso a des droits et devoirs dans la maison de sa mère mais pas dans la maison de sa maîtresse où il n’est que l’invité. Une sexualité libre À partir de la puberté, une jeune fille moso peut choisir ses partenaires et les répudier librement. À cet âge, les mères ont préparé une chambre à leur fille qui dispose de la « clé » comme bon lui semble. M me Yan Ruxian, docteur en ethnologie au centre de recherche sur les nationalités de l’Académie des sciences sociales de Chine est partie vivre et étudier chez les Moso. « Ni la famille, ni la société n’obstrue la libre recherche d’un amant ou d’une maîtresse. Si l’homme et la femme se plaisent, ils passeront la nuit ensemble. Mais l’homme n’est toujours que de passage. Si l’un ou les 13 Photo : P.Blanche



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