Aide et Action n°94 mar/avr/mai 2005
Aide et Action n°94 mar/avr/mai 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°94 de mar/avr/mai 2005

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,1 Mo

  • Dans ce numéro : femmes africaines dans l'enseignement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Photo : A &A Sénégal est la pierre angulaire de tout système éducatif. Le rôle L’enseignant fondamental qu’il joue dans la formation des citoyens est évident. En Afrique comme un peu partout dans le monde, la reconnaissance de son rôle dans le développement progresse chaque jour. À titre individuel ou à travers les structures associatives et syndicales, il contribue fortement à l’avènement de changements importants dans la société. Les femmes, dont le nombre ne cesse de croître dans cette catégorie socioprofessionnelle, ont largement contribué à sa renommée. Elles doivent faire face à une autre réalité que celle de leurs homologues masculins : l’enseignante en Afrique est souvent mère au foyer, avec toutes les contraintes familiales et sociales que cela implique. L’enseignement a longtemps été le domaine de prédilection des hommes. Aujourd’hui, la présence des femmes est de plus en plus forte. Dans un pays L’équité des genres dans l’enseignement est indispensable. 10 comme Madagascar, les femmes constituent la majorité de l’effectif du personnel dans l’enseignement primaire. Mais la plupart des pays d’Afrique situés au sud du Sahara sont dans la situation inverse. L’institutrice, un modèle Tous les spécialistes de l’éducation en Afrique s’accordent sur les effets et le rôle essentiels de la présence féminine dans le corps enseignant. On constate par exemple qu’une institutrice peut être un modèle pour les filles et un exemple pour les garçons. La directrice de l’école de Nyarikungo (Tanzanie) parle de son expérience : « … Les institutrices constituent souvent un exemple pour les filles. Cela les stimule de voir que des femmes peuvent faire autre chose que ce que leur mère faisait. Elles savent que La place des femmes : d’un déséquilibre à l’autre Le plus frappant est sans doute la part indéniable que prennent les femmes dans l’éducation préprimaire, quels que soient les pays. Partout dans le monde, ce sont donc les femmes qui s’occupent des enfants en bas âge quand ils ne sont pas dans leur famille. Le primaire est majoritairement investi par les hommes (sauf à Madagascar). Pour le secondaire, les chiffres sont exacerbés. En France, les femmes sont majoritaires tout au long de la scolarité des enfants. nous avons nous aussi rencontré des problèmes identiques aux leurs, sans que cela nous ait découragées. Souvent, du reste, on voit des enseignantes qui ont un rôle de tutrice vis-à-vis des élèves. Quand c’est le cas, c’est la fille qui a choisi sa tutrice… ». Le fait d’avoir une institutrice permet aux filles de se projeter positivement dans la société et d’avoir la volonté de franchir le cap primaire/secondaire, qui pose souvent problème. D’autre part, en tant que femmes, elles sont particulièrement bien placées pour déceler et combattre les freins à la scolarisation des filles. Les traditions représentent encore un poids considérable et certains arguments pour lutter contre ces préjugés sont plus facilement portés par les enseignantes. Elles sont souvent les meilleures ambassadrices de causes comme la lutte contre le mariage précoce. La présence des femmes dans les associations de parents d’élèves est également un appui non négligeable pour ces causes. Halimatou, enseignante à Kièchè dans un village du Niger, représente le principal recours pour les filles de tous âges de son école. Elle leur consacre une écoute attentive. On imagine bien que des questions comme celles ayant trait à la puberté trouvent une meilleure attention de la part d’une femme dans un milieu fortement marqué par les tabous. Cette enseignante ne se prive pas d’aller à la rencontre des mères d’élèves et de tous les parents d’une manière générale. Elle conseille et sensibilise les villageois sur la scolarisation des filles et la nécessité pour les parents de s’impliquer davantage. Mais il existe de fortes disparités géographiques dans l’affectation des femmes dans les écoles. Il est ainsi courant d’observer un Ce graphique représente la part que prennent les femmes dans l’éducation dans plusieurs pays d’intervention d’Aide et Action et en France. Certaines données ne sont pas disponibles. Pourcentage 120 100 80 60 40 20 0 Bénin Pays Burkina Faso Cambodge Proportion orti on de femmes mes enseignanteseig nantnte es 2001/2002 01/20 2002 France Préprimaire Primaire Secondaire Guinée Inde Laos Madagascar Mali Niger Rwanda Sénégal Togo Tanzanie Source : Unesco « Elles sont souvent les meilleures ambassadrices de causes comme la lutte contre le mariage précoce » Ce « modèle » est représentatif d’une bonne partie des pays européens. Les raisons sont multiples : orientation fréquente des femmes vers des métiers intellectuels, stéréotypes forts, etc. Cela conduit à un déséquilibre des genres dont nous ne connaissons pas encore les conséquences sur l’éducation des enfants. Mais de nombreuses études s’accordent sur un point : si la recherche de la parité est utopique, un équilibre raisonnable est garant d’une éducation plurielle.
Photo : A &A Madagascar L’expérience personnelle des femmes enseignantes est riche et très utile. clivage important entre milieux urbain et rural. Les femmes enseignantes dans le primaire sont majoritaires en ville. Souvent, leur mari a un emploi salarié, il est par exemple fonctionnaire. Elles travaillent dans des écoles primaires publiques, comme c’est le cas à Niamey (Niger) ou à Dakar (Sénégal). Elles bénéficient des avantages du milieu urbain : la proximité des centres de soin ou l’existence de moyens de transport. De nombreux commerces sont rapidement accessibles, les administrations sont proches. Des conditions de travail difficiles Mais il y a aussi les inconvénients. Il est très courant de trouver des classes de 80 élèves ! Faire face à une telle quantité d’apprenants est déjà difficile, mais cela veut dire également 80 copies à corriger et des préparations de « cours en conséquence. De telles conditions de travail ajoutées aux rôles de la femme dans son foyer, surtout lorsqu’elle a ses propres enfants, ne facilitent pas l’exercice du métier. En milieu rural, les classes sont généralement moins chargées. La scolarisation des filles y rencontre des entraves de toutes natures qui contribuent à la faiblesse des effectifs. Mais avoir des classes moins chargées est loin d’être suffisant pour enseigner dans de bonnes conditions. Les enseignants doivent parfois faire de longs trajets pour rejoindre des centres administratifs ou des centres de soin. On enregistre quelquefois plusieurs jours d’absence des enseignants, obligés de se déplacer pour percevoir leur salaire Avoir une institutrice permet aux filles de se projeter positivement dans la société ou effectuer des formalités administratives. Il n’est pas rare de constater que, même pour participer aux séances de formation, il leur faut parcourir plusieurs kilomètres. Tout cela sans compter les moyens de transport aléatoires et les routes souvent difficiles d’accès. En Tanzanie, à Nyachimo, la création d’un Centre de ressources pédagogique (TRC 1 en anglais) construit en partenariat entre Aide et Action et la communauté villageoise en 1998, a permis de résoudre certaines questions : « … Les TRC ont permis aux hommes comme aux femmes de se rencontrer, d’échanger et de trouver ensemble des solutions aux problèmes qu’ils vivent quotidiennement. Avant, une femme devait quitter sa famille pour acquérir une formation complémentaire. Maintenant, elle peut le faire sur place au TRC sans perturber sa » vie familiale. C’est aussi un moyen de diminuer l’absentéisme des maîtres. Au lieu d’être partis une semaine en formation, ils peuvent se former sur place sans quitter leur village. » D’autre part, les préjugés et stéréotypes à l’égard des femmes, que l’on constate un peu partout dans le monde, se posent avec encore plus d’acuité dans certains milieux ruraux. Il est certain que l’exercice du métier d’enseignant présente d’énormes difficultés. C’est encore plus vrai pour les femmes. Que celles-ci travaillent en milieu rural ou urbain, elles doivent en plus de leur travail quotidien assurer de nombreuses tâches ménagères. Car même si des évolutions considérables sont notées dans Le manuel scolaire, partenaire de l’enseignant et reflet de l’évolution des mœurs En France comme ailleurs se pose la question de la représentation de la femme et des préjugés sexistes qu’elle peut entraîner. En 1997, un rapport était commandé par le gouvernement français à deux parlementaires, Simone Rignault et Philippe Richert. Il portait sur l’image des hommes et des femmes dans les manuels scolaires. La conclusion de ce rapport souligne l’évolution générale favorable. Mais la vigilance est de mise. En comparant les manuels à différentes époques, on s’aperçoit qu’ils reflètent une vision de la société à chaque génération. L’image de la femme dans les manuels a donc suivi l’évolution du statut de la femme dans la société : reconnaissance de ses droits, intégration dans la vie active, redéfinition des rôles familiaux, etc. Si le fait de s’occuper d’un enfant est systématiquement associé à la femme dans les manuels, comment s’étonner que des adultes associent ce rôle exclusivement à la mère ? Les manuels tiennent une place importante dans la formation du citoyen. En cela, ils sont aussi importants que d’autres supports, mais leur large diffusion en augmentera l’impact. Ils sont choisis par les enseignants : les critères de choix sont nombreux et varient selon les équipes pédagogiques. Mais il faut souvent que les enseignants « s’y retrouvent » pour les sélectionner. C’est-à-dire qu’ils reconnaissent des référentiels qu’ils ont acquis dans les manuels de leur génération. D’où la difficulté d’une évolution des stéréotypes. Soutenir l’évolution positive de l’image de la femme à travers les manuels scolaires représente donc un combat essentiel. En France comme ailleurs. 11 Photo : N. Barrett



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