Aide et Action n°93 déc 04/jan-fév 2005
Aide et Action n°93 déc 04/jan-fév 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°93 de déc 04/jan-fév 2005

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 1,5 Mo

  • Dans ce numéro : l'alphabétisation des adultes, une clé du développement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Photo : Evelyne Dubos Parole de… Inde : d’une culture à l’autre Franck Dubos, parrain du projet de Khilchipur (Madhya Pradesh) mené par Bypass* et Aide et Action, revient de son quatrième voyage en Inde. Plus fasciné que jamais. L’accueil cérémonial dans le village de Gortham. « Vous, combien de temps allez-vous nous aider ? » Voilà à peu de chose près ce que Franck s’est vu demander lors d’une visite dans le village de Gortham, dans le district de Rajgarh au Madhya Pradesh. La réponse de Franck est contradictoire : « Jusqu’à ce que vous n’en ayez plus besoin… en espérant que ce soit le plus tôt possible ». L’Inde… c’est un milliard d’habitants. Et on les voit. « Même dans le désert, on croise toujours quelqu’un… sans parler des villes. Quand on sort de l’avion, on a une sensation de déjà vu : c’est un paysage urbain, familier. Mais rapidement, on se rend compte de la démesure. Tout est « trop ». Trop de monde, trop de bruit, trop de pollution, trop d’épices… Ça donne le vertige. Pourtant, individuellement, les gens sont calmes, sereins. Certains sont immobiles, en contemplation… C’est très curieux, à la fois fascinant et oppressant. Alors, il faut décrocher, se laisser aller, prendre le rythme. » Descendus de l’avion, Franck et sa famille louent une voiture. Après un voyage de plusieurs jours, ils retrouvent l’équipe de Bypass pour fixer le programme du lendemain. « Nous ne sommes pas venus pour juger, ni même pour constater. Nous sommes là pour faire des rencontres, tout 6 simplement. » Les animateurs de l’association leur proposent de faire une petite visite à Gortham et Chanapur. Ce sera pour le lendemain. La relation de parrainage, telle qu’on peut la vivre depuis la France, est forcément différente de celle qui est vécue dans les programmes. Peut-être encore plus irréelle. « Pour eux, un parrain, c’est une réalité assez lointaine. La réalité, ce sont les animateurs de l’association Bypass, qu’ils voient régulièrement. La réalité, ce sont les effets de la scolarisation de leurs enfants. Il faut venir ici avec beaucoup d’humilité. » La rencontre Sa famille et lui seront néanmoins splendidement reçus, aucune contradiction en cela. « Les parents sont très touchés par l’action en elle-même. Ils sont conscients du changement généré par leur collaboration avec Bypass et sont reconnaissants envers les personnes qui permettent la réalisation de cette action… C’est le sens de leur accueil qui peut paraître un peu cérémonial. En fait, nous sommes perçus comme des dignitaires de quelque chose qui les dépasse. Déjà, nous sommes des étrangers, il n’y en a pas beaucoup par ici. Nous parlons une autre langue. Nous arrivons en voiture. En fait, nous sommes différents et nous représentons également une autre culture dont ils sont très curieux. » Témoin, l’épisode de la « conférence » : dans l’école, Franck et sa famille sont installés sur des chaises, face à la foule. Les femmes devant, les hommes derrière, tous se lancent dans une série de questions. « La famille tient une bonne place dans leurs préoccupations : ils se demandent si nous vivons avec nos parents, si nous nous occupons d’eux… puis ils abordent les thèmes du travail, de la nourriture… C’est très matériel. À vrai dire, c’est un peu normal : comment engager une conversation quand tout nous sépare ? » Finalement, la prise de conscience est mutuelle. « Pour eux, ça permet d’humaniser un rapport qui est avant tout abstrait, ou du moins assez lointain. De notre côté, nous mettons une réalité sur un geste, le parrainage. Ce geste représente souvent peu d’argent au regard d’autres budgets de notre vie courante. Mais pour eux, consacrer 20 euros par mois à l’éducation L’intérieur d’une maison et le traditionnel verre d’eau. Photo : Evelyne Dubos
Photo : Aide et Action• ACTIONS LOCALES » > Vie associative » > Près de chez vous » >• PAROLE DE… » > Inde : d’une culture à l’autre » > Togo : en route pour l’école formelle » >• PASSERELLES » > Solidarité : la générosité des Français » >• ACTIONS INTERNATIONALES » > Cambodge : partenaires pour l’éducation à Poïpet » >• ÉTATS GÉNÉRAUX• RÉALITÉS » > L’alphabétisation des adultes, un atout pour l’éducation des enfants » >• CULTURE » > Bollywood : l’Inde fait son cinéma » >• ACTUS » > Haïti, l’élan de la reconstruction » > Madagascar : la mission continue » > Cadeaux solidaires… un geste pour l’éducation ! » >• ÉCHO DES MÉDIAS » > Des initiatives saluées dans la presse du monde » > de leurs enfants est tout simplement impensable. Il y a une certaine démesure dans tout cela. » Le statut de Bypass Les animateurs de Bypass, de leur côté, ont un contact privilégié avec les habitants du village. « Il y a un respect mutuel très fort, chacun appréciant les efforts de l’autre. Je pense que Bypass renforce sa légitimité quand les villageois se rendent compte que leur travail intéresse d’autres personnes dans le monde. L’association est fière des changements qu’elle provoque et de sa relation à la population. D’ailleurs, les quatre fondateurs sont originaires de la région. C’est dans ces moments-là qu’on se rend compte de la nécessité pour Aide et Action de travailler avec des associations locales. Ces dernières sont les mieux placées pour se rendre compte Mokibiè rêve aujourd’hui de devenir institutrice. Dans la région des Savanes, au Togo, de nombreux enfants n’ont pas accès à l’éducation pour différentes raisons. Entre autres, parce qu’ils sont trop âgés pour intégrer l’école classique ou que cette dernière se trouve à des kilomètres de chez eux. Les écoles relais ont donc pour fonction d’insérer ou de réinsérer les élèves exclus dans l’école classique ou dans la formation professionnelle. Les élèves y apprennent la lecture, le langage, le calcul, l’éducation physique, l’éducation à la santé et quelques pratiques préprofessionnelles. Le public visé a entre 8 et 14 ans et la priorité est accordée aux filles, car 60% d’entre elles n’atteignent pas le CEPD. des véritables nécessités, des contraintes et des besoins des communautés locales. Pour finir, j’aimerais insister sur le fait qu’il existe une reconnaissance et une gratitude humaine. C’est cela, sans doute, que Au moment du départ, tout le village raccompagne les visiteurs. En 1993, Mokibiè avait l’âge d’aller à l’école. Ses parents l’ont donc inscrite à Nioukpourma, à 7 km de chez elle. Mais 7 km, à pied sur un terrain accidenté, c’est beaucoup et rapidement, l’aventure a pris fin. D’autant que ses parents n’avaient pas les moyens de lui procurer de fournitures scolaires, ni même un repas à avaler dans la journée. Une seconde chance Suite à cet échec, Mokibiè est restée plusieurs années chez ses parents avant qu’une école relais n’ouvre ses portes dans le village, à Mandime. Ses parents l’y ont tout de suite inscrite. Au bout de ces villageois ont voulu que nous rapportions de notre visite. » ■ *Bypass : association partenaire locale créée en 1993. Domaines d’activité : irrigation, lutte contre la pauvreté, hygiène, santé et éducation (objet du partenariat). Togo : en route pour l’école formelle Mokibiè Korogo, une ancienne filleule togolaise de 17 ans, est maintenant au collège. Grâce à l’école relais de Mandime (préfecture de Tône), elle a réussi après trois ans d’études à retrouver le niveau exigé par les écoles classiques et à obtenir le Certificat d’études du premier degré (CEPD). trois ans, elle a pu réintégrer l’école classique en CM1. Les écoles relais, aux enseignements très proches du cursus classique, permettent aux élèves de revenir facilement vers le système de base. Mokibiè a choisi de continuer sur les conseils de ses parents, après un bon parcours scolaire à l’école relais. Aujourd’hui, Mokibiè a son certificat en poche. Elle poursuit sa scolarité au collège et veut devenir enseignante, car elle aimerait que ses frères et sœur aient, comme elle, la possibilité de choisir leur avenir. ■ SAMA ANATÈRE INNOCENT, RESPONSABLE DE ZONE AU TOGO. 7 Photo : Evelyne Dubos



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