Aide et Action n°93 déc 04/jan-fév 2005
Aide et Action n°93 déc 04/jan-fév 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°93 de déc 04/jan-fév 2005

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 1,5 Mo

  • Dans ce numéro : l'alphabétisation des adultes, une clé du développement.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Photo : Aide et Action Photo : N. Plante Cours d’alphabétisation pour les femmes, au Sénégal. le Sénégal ou le Niger, l’écriture s’est véritablement répandue avec l’avancée de la religion musulmane. Certes, bien avant l’apparition de l’islam, il existait des symboles forts et des formes d’écriture comme le tifinagh chez les touaregs. Mais leur utilisation n’a pas dépassé celle de la tradition orale. Cette dernière connaît d’ailleurs encore une grande vivacité notamment grâce aux « griots* », qui sont de véritables « maîtres de la parole » et les gardiens de la mémoire collective. L’analphabétisme est aggravé par le fait que l’école n’est pas toujours obligatoire. Et quand elle l’est, tous les enfants n’y accèdent pas. C’est le cas dans le village de Zimba à moins de 100 km au nordouest de Niamey (Niger). Les enfants devaient parcourir plusieurs kilomètres Inde : sans savoir lire, que comprendre d’une campagne de prévention ? 12 L’analphabétisme en France Il est 9 h ce samedi matin et le cours de français va commencer. À Créteil, au septième étage d’une « barre » de béton et d’acier, les élèves arrivent au compte-goutte. Ils sont venus pour apprendre à lire et à écrire. Pour la plupart, ce sont des femmes d’une cinquantaine d’années d’origine malienne, algérienne, cambodgienne, sénégalaise, marocaine… Elles sont arrivées en France il y a plusieurs années et communiquent très bien à l’oral. Mais elles ne savent ni lire ni écrire, ni en français ni dans leur propre langue. Jusque-là, l’école c’était pour leurs enfants. Hana (sénégalaise), parle de la difficulté d’apprendre : « Pour moi, c’est très difficile de lire. Même quand j’ai du temps à la maison et que je ne sais pas quoi faire, si j’essaie de lire c’est comme regarder des photos… je ne comprends pas ». Mamadou parle de son pays : « Avant, le gouvernement malien forçait les gens à aller à l’école. Maintenant, c’est les gens qui veulent y aller. Il y a même des écoles qui enseignent en Bambara** ». Aujourd’hui, au bout de quelques mois, ils peuvent enfin « y voir ». Sokona témoigne : « Je peux maintenant me déplacer sans mes enfants, sans mon mari. Je peux trouver mon chemin. Au Mali, je n’en ai pas besoin : si j’ai besoin de lire quelque chose, je demande aux gens. Ici, on me disait juste « Tu sais pas lire les panneaux ? C’est écrit là ! » Alors, je ne demandais plus. C’était dur pour les enfants, aussi, je ne pouvais pas savoir ce qu’ils faisaient… sauf quand ils me racontaient. » Seule Mounty restera muette : elle est cambodgienne, analphabète et ne comprend ni ne parle un mot de français. Une conversation avec elle ne peut avoir lieu que par gestes… pour le moment ! ** Bambara : dialecte courant en Afrique de l’Ouest. pour aller à l’école du village voisin. Les habitants ont fini par créer leur propre école en recrutant un enseignant et en construisant eux-mêmes le bâtiment. Le lourd tribut des femmes Dans ce village comme dans beaucoup d’autres, en Afrique et en Asie notamment, les femmes paient à l’analphabétisme un lourd tribut (magazine 89, p.18). Elles représentent près des deux tiers des analphabètes dans le monde. Pourtant, de nos jours, la corrélation entre l’alphabétisation des femmes et l’amélioration des conditions de vie est clairement démontrée. Le rapport mondial de suivi sur l’Éducation pour tous 2005 révèle qu’« une étude couvrant le Niger, la République démocratique populaire Lao et la Bolivie a montré que ce sont les enfants dont les mères ont un faible niveau d’analphabétisme qui risquent le plus de ne pas être scolarisés ». C’est ainsi qu’au Niger, 70% des enfants en âge de fréquenter l’école primaire dont les mères sont analphabètes ne sont pas scolarisés, contre 30% des enfants dont les mères indiquent savoir lire couramment. Et dans de nombreux pays, le taux de mortalité infantile est plus bas chez les femmes qui savent lire et écrire que chez celles qui n’ont jamais fréquenté l’école. C’est aussi parce que l’usage de l’écrit est restreint dans les actes de la vie quotidienne que la culture de l’écriture n’est pas acquise. La nécessité de l’écrit ne se pose pas toujours, surtout en milieu rural : « Dans mon village, il n’y a même pas un panneau de stop, comment les gens vontils comprendre l’utilité de lire ? » Le manque de supports écrits entrave donc la progression vers l’alphabétisation. Certaines personnes ayant fréquenté l’école pendant quelques années retombent dans l’illettrisme, faute de pouvoir s’exercer continuellement. C’est le cas d’Amadou, rencontré à Cotonou (Bénin). Il a quitté l’école après y avoir passé six ans. Une quinzaine d’années plus tard, il a presque perdu ses acquis. « Pendant ces quinze ans, je ne me suis pas entraîné. Aujourd’hui, je suis dépendant des autres pour mes formalités administratives ou pour donner des nouvelles à ma famille restée au village. » Des conséquences dramatiques Les adultes analphabètes vivent certaines situations comme un handicap ou comme une restriction à leur liberté. Ils peuvent être victimes de certaines malveillances dans le cas, par exemple, de la pesée de leur production agricole. En Inde, Ananth
Photo : Aide et Action Photo : Anne-Emmanuelle Thion• ACTIONS LOCALES » > Vie associative » > Près de chez vous » >• PAROLE DE… » > Inde : d’une culture à l’autre » > Togo : en route pour l’école formelle » >• PASSERELLES » > Solidarité : la générosité des Français » >• ACTIONS INTERNATIONALES » > Cambodge : partenaires pour l’éducation à Poïpet » >• ÉTATS GÉNÉRAUX• RÉALITÉS » > L’alphabétisation des adultes, un atout pour l’éducation des enfants » >• CULTURE » > Bollywood : l’Inde fait son cinéma » >• ACTUS » > Haïti, l’élan de la reconstruction » > Madagascar : la mission continue » > Cadeaux solidaires… un geste pour l’éducation ! » >• ÉCHO DES MÉDIAS » > Des initiatives saluées dans la presse du monde » > L’existence de supports écrits favorise l’alphabétisation. témoigne : « Face à la baisse continue du rendement de ma rizière, j’avais décidé il y a deux ans d’acheter de l’engrais pour fertiliser le sol. On m’a vendu une variété qui ne correspondait pas à mes besoins. Je n’ai pas suivi non plus les indications écrites sur le sac, puisque je ne sais pas lire. Mon riz a produit beaucoup moins que l’année d’avant. » C’est dans le domaine de la santé que s’observent les conséquences les plus dramatiques de l’analphabétisme. Souvent, des parents achètent des médicaments pour eux-mêmes ou leurs enfants. Ne pouvant lire ni les prescriptions du médecin ni la notice, ils prennent le risque de les administrer selon leur convenance. Mais la santé n’est pas la seule victime. L’instituteur de la petite Bintou affirme : « Les enfants dont les parents sont analphabètes en souffrent. Tandis que leurs camarades dont les Une classe à Madagascar. parents sont lettrés bénéficient de plus d’attention et de soutien, des enfants comme la fille de Ramata doivent se débrouiller tout seuls. Et ce n’est pas facile. » L’analphabétisme peut donc être un véritable goulot d’étranglement pour le développement d’une communauté et même d’un pays. Maïgari, le chef du village de Zimba, raconte : « Autrefois, il nous est arrivé de recevoir la liste des villages de l’arrondissement devant bénéficier de la distribution de plants d’arbres pour le reboisement. Notre village avait été oublié. Ne pouvant pas le savoir car à mes côtés personne ne sait lire, nous n’avons même pas pu faire de réclamation par écrit… » Ce n’est pas une fatalité On constate que certains pays sont entrés de plain-pied dans une ère de communication et de connaissance nouvelle. D’autres sont malheureusement confrontés à des problèmes de survie et de pauvreté, alors que jamais autant d’informations et de savoirs n’ont été à la portée du public. L’analphabétisme, qui concerne 18% de la population adulte dans le monde, renforce gravement cette disparité. Mais ce n’est pas une fatalité. Les formations des parents d’élèves, qui visent à leur faire mieux assurer leurs responsabilités, s’accompagnent souvent de cours d’alphabétisation. Plusieurs méthodes existent pour tenir compte des apprenants adultes. Parmi ces méthodes, on peut citer la méthode Reflect (magazine 87). Selon l’Unesco, l’alphabétisation « dépasse les simples lecture et écriture et vise la communication en société, elle relève ainsi de la pratique sociale, des relations, de la connaissance, du langage et de la culture ». Elle permet aux parents de mieux jouer leur rôle vis-àvis de leurs enfants et de développer l’éducation des plus jeunes, qu’il s’agisse de la scolarité ou de l’apprentissage. Assurer le droit à l’éducation de tous, c’est aussi permettre aux adultes qui n’ont pas appris à lire et à écrire de pouvoir le faire. C’est pourquoi l’alphabétisation figure en bonne place dans les six objectifs de l’Éducation pour tous. C’est aussi pour cela que la décennie 2003-2012 a été dédiée à l’alphabétisation. De bonnes raisons d’agir ensemble ! ■ *Griot : poète dépositaire de la mémoire de la société et de la tradition orale en Afrique. Amadou Hampâté Bâ, de l’oral à l’écrit « En Afrique, un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » Cette phrase désormais célèbre que l’écrivain lança à la tribune de l’Unesco reflète bien l’importance de la culture orale en Afrique. Hampâté Bâ (1900-1991) est né au Mali dans une famille peule (nomades d’Afrique de l’Ouest) très influente. Il reçut une formation scolaire française et une éducation religieuse traditionnelle, avant de travailler pour l’administration française. Il entre à l’Institut français d’Afrique noire, puis prend de plus en plus de responsabilités dans différents organismes, dont l’Unesco, où il devient membre du conseil exécutif. Toute sa vie, il fera en sorte de transmettre les richesses de sa culture, de tradition orale, à travers l’écriture : romans, contes, ouvrages historiques ou sociologiques et une autobiographie publiée après sa mort en deux parties : Amkoullel, l’enfant peul et Oui mon commandant (éditions Actes Sud ou J’ai lu). Dans ces deux ouvrages, il donne une vision qui éclaire la société dans laquelle il est né et ses relations avec la France coloniale du XX e siècle. 13



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