Aide et Action n°91 jun/jui/aoû 2004
Aide et Action n°91 jun/jui/aoû 2004
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°91 de jun/jui/aoû 2004

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 1,7 Mo

  • Dans ce numéro : développent, une affaire de femmes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Photo : Aide et Action Sénégal Réalités Dakar à l’aube, des centaines d’enfants munis de boîtes de conserve errent de maison en maison à la recherche de quelques poignées de riz ou d’une pièce de monnaie. Ces enfants mendiants sont des Talibés. Élèves de l’école coranique, les Talibés sont le plus souvent contraints de mendier pour les besoins du marabout, leur maître, mais aussi pour survivre. Initiation traditionnelle à la vie d’adulte Livrés à eux-mêmes, ils ont tous entre 5 et 15 ans et ont quitté le foyer familial très tôt. Ils n’ont aucune notion du temps et ne connaissent pas plus leur âge. Quand on leur demande, pour certains cela fait plus de cinq saisons de pluie qu’ils n’ont plus vu leurs parents. Privés d’affection et de protection, les plus jeunes doivent trouver un « grand » à peine plus âgé à qui ils versent une pièce de monnaie afin de recevoir protection. Maigres, l’air hagard, habillés de guenilles grises de saleté, ils vont pieds nus investir le centre-ville, les lieux de travail, les magasins, les marchés comme des nuées de sauterelles. Le soir, après une journée de travail exténuante, ils retournent chez le marabout pour apprendre 8 Les Talibés : élèves mendiants à Dakar Sous l’enseignement et la protection du marabout, les Talibés sont des élèves de l’école coranique. Mais une majorité d’entre eux sont soumis aux mauvais traitements et à l’exploitation de leur « maître ». Mendiant 10 heures par jour dans les rues de Dakar, ils vivent dans des conditions difficiles : manque d’hygiène, d’épanouissement, de suivi médical, malnutrition et analphabétisme… Les dérives d’une tradition. le Coran. Leurs conditions d’hébergement sont la plupart du temps plus que précaires. Certains vivent en surnombre dans des baraques délabrées où ils couchent à même le sol. D’autres dorment à la belle étoile dans la cour de la maison du marabout. Tous ces soi-disant logis sont caractérisés par un manque d’eau, d’électricité et de sanitaires. Ils vivent dans des endroits infestés de poux, de punaises, de cafards et de rats. L’accès à l’eau est très difficile et les enfants ne se lavent au mieux que tous les quinze jours. Certains restent plus d’un mois sans se laver surtout en période La mendicité des Talibés constitue une violation des droits de l’enfant. de froid. En règle générale, et cela pour des besoins de rentabilité, les Talibés sont tenus en permanence dans un état crasseux. Plus on fait pitié, plus on gagne « au change », nous disent-ils ! Ces enfants proviennent de la région Nord du pays. Parmi eux, il y a aussi des réfugiés mauritaniens, des rapatriés sénégalais et des ressortissants de pays limitrophes poussés à l’exode par la sécheresse et l’avancée du désert. Traditionnellement, le statut de Talibé était un passage obligé dans la formation du « futur musulman ». Il constituait un moyen pour l’enfant d’apprendre la Photo : E. Fenech
• ACTIONS LOCALES » > Vie associative » > Près de chez vous » >• PAROLE DE… » > « L’accès au savoir est un droit fondamental » » > Parcours brillant d’un ancien filleul indien » >• RÉALITÉS » > Les Talibés : élèves mendiants à Dakar » >• ACTUS• BILAN FINANCIER 2003• PERSPECTIVES » > Les femmes, moteur du développement » >• ÉTATS GÉNÉRAUX » > Le processus des États Généraux est entré dans sa dernière phase » >• CULTURE » > Ndeup, thérapie de la transe » >• ÉCHO DES MÉDIAS » > Extraits » > vie, de se forger un caractère dans des conditions d’existence difficiles tout en apprenant les préceptes religieux. En bas âge, le garçon était séparé de sa famille et envoyé chez son marabout, qui avait le devoir de l’éduquer suivant les enseignements du Coran et de l’initier à la vie d’adulte. Au regard de la stratification et de la dynamique de la société traditionnelle, l’école coranique jouait également un rôle d’harmonisation sociale, car tous les enfants, quel que soit le statut social de leurs parents, recevaient le même enseignement et la même formation (1). Le plaidoyer de la société civile Si au début, un tel acte était tout à fait noble car faisant partie de l’initiation des enfants musulmans, il est devenu aujourd’hui sujet de débat. Le contexte de la pauvreté aidant, nous assistons de plus en plus à une récupération de cette situation par des individus mal intentionnés. La plupart des enfants sont victimes d’exploitation de la part de leurs « maîtres ». Ils les envoient pour leurs propres besoins en oubliant qu’auparavant, les Talibés mendiaient pour l’apprentissage de l’ascèse et de l’humilité. Certains parmi les marabouts vont même jusqu’à fixer aux enfants une somme à rapporter chaque soir à défaut de quoi ils sont battus. Le créneau est devenu tellement porteur que beaucoup se disent aujourd’hui marabouts, non pas parce qu’ils ont les moyens de transmettre du savoir mais plutôt parce que c’est une méthode rapide et facile de se procurer de l’argent. Cette réalité suscite beaucoup de questions au sein de l’opinion publique et surtout de la société civile sénégalaise. La mendicité des Talibés constitue une violation des droits de l’enfant. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer les conditions de vie déplorables de ces enfants exploités. ONG, institutions internationales et représentants de l’État se sont concertés et des mesures ont récemment vu le jour. Les daraas, les écoles coraniques, doivent se soumettre systématiquement à une revue du contenu pédagogique dispensé aux enfants. La Les enfants mendiants se déplacent le plus souvent en groupe. modernisation et l’amélioration des conditions d’hygiène et d’alimentation sont désormais aussi contrôlées par les autorités sénégalaises. Mais la question des Talibés soulève des enjeux socioculturels importants au sein de la société sénégalaise et la question n’est pas toujours facile à aborder avec les populations. Vers une éducation de qualité Les parents attachés à la culture sont habituellement des anciens Talibés qui ont bien vécu leur apprentissage et qui approuvent l’idée que la souffrance permet de surmonter toutes les difficultés de la vie. D’autres parents, d’origine modeste, ne sont pas toujours très instruits et ne comprennent pas l’importance d’alphabétiser leurs enfants. Ces familles habituellement nombreuses ne peuvent soutenir toutes leurs charges et envoient leurs fils apprendre le Coran chez un « parent » marabout à qui ils font une confiance aveugle. Aide et Action réaffirme sa lutte contre la violation des droits des enfants et participe activement à la concertation avec les autorités sénégalaises pour tenter d’améliorer leurs conditions de vie et les réinsérer dans un système éducatif de qualité. ■ (1) Analyse de la situation de l’enfant et de la femme au Sénégal/1993 Unicef - Gouvernement du Sénégal. Des boîtes de conserve leur tiennent lieu de sébiles. 9 Photo : Aide et Action Sénégal Photo : Aide et Action Sénégal



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