Aide et Action n°91 jun/jui/aoû 2004
Aide et Action n°91 jun/jui/aoû 2004
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°91 de jun/jui/aoû 2004

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 1,7 Mo

  • Dans ce numéro : développent, une affaire de femmes.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Culture 16 Ndeup, thérapie de la transe La folie soignée par la transe, les danses et les chants… Lendeup, pratique traditionnelle Lébou, ethnie originaire du Cap-Vert, libère les corps « possédés ». Encore utilisé au Sénégal et même reconnu, lendeup guérit et unifie. « Coumba Song, mon génie me réclame avec insistance un taureau noir, un bouc au pelage rouge de deux hivernages et sept poulets au plumage d’un rouge sang… Aidez-moi à m’affranchir de l’étreinte qui me fige. » (1) Les paroles sont mystiques, le malade est possédé et selon l’ethnie Lébou, originaire de la presqu’île du Cap-Vert, seule une cérémonie dendeup peut guérir l’envoûté. Au Sénégal, lendeup est un rite singulier, un peu mystique. Pratique quasimillénaire, elle a su survivre à toutes les péripéties du temps : de l’avènement de l’islam à la modernité triomphante. Le culte est haut en couleur, d’une extrême sacralité. Voir une prêtresse, dans sa majestueuse tenue bariolée, s’emporter tout d’un coup, criant et chantant dans un bain de lait et de sang, le spectacle est surréaliste. Mais la guérison du malade est à ce prix, car c’est dans cette communion avec les esprits que la prêtresse leur demande de « déposséder » le malade. Les esprits offensés Lendeup est l’une des nombreuses formes de thérapie de la folie. En milieu Lébou, comme plus généralement en Afrique, la maladie n’est jamais du fait de la personne. La folie s’explique par l’emprise de créatures surnaturelles, les rabs, génies pouvant posséder les hommes. Une multitude d’éléments descriptifs permettent de caractériser ces esprits. « Tous les traits et Une cérémonie dendeup autour de chants et de danses. écarts différentiels présents dans la société humaine se retrouvent ou peuvent se retrouver dans le monde des rabs : nom, sexe, race, personnalité, traits de caractère, caste, religion, etc. », déclare Andras Zempleni (2), chercheur au CNRS (3) et expert de la culture Lébou. Selon l’explication commune, les rabs possèdent les personnes en vue de les obliger à leur rendre hommage, à réparer une offense et à leur donner demeure. Ainsi, durant une cérémonie dendeup, le sujet devra édifier un autel au nom du rab qui le possède et y déposer des offrandes. Cette étape scellera le pacte de reconnaissance entre lui et son esprit. Selon un habitant de Yoff (village côtier du Sénégal et de traditions Lébou) « (…) le rab entre dans les hommes à la suite d’une offense, d’une provocation (par exemple si vous habitez dans sa maison ou si au cours des travaux champêtres, vous le heurtez). Donc s’il a besoin de quelque chose dont les hommes disposent pour réparer cette offense, le rab, lui, entre dans la personne et exige qu’on réponde à ce besoin. (…) L’homme [dans lequel le rab est entré] ne le saura qu’à la suite d’une consultation auprès d’un prêtre, qui lui indiquera de quel rab il s’agit et ses exigences qui peuvent être du lait,
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