Aide et Action n°90 mar/avr/mai 2004
Aide et Action n°90 mar/avr/mai 2004
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°90 de mar/avr/mai 2004

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 1,3 Mo

  • Dans ce numéro : situation d'urgence en Haïti : l'éducation en péril.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Parole de… J’ai choisi de vous raconter ma visite au village de Teliya, dans la communauté Baiga, où vit mon filleul Rajwant, jeune garçon de 13 ans. Teliya est un hameau plus qu’un village, situé dans un coin très reculé au sud-est de l’Uttar Pradesh. Agrindus (l’ONG partenaire d’Aide et Action) y a construit une petite école primaire, fréquentée maintenant par près de 100 enfants (certains ne viennent pas tous les jours). Deux professeurs seulement y enseignent avec l’aide d’une aimable dame illettrée, chargée d’assister les enseignants, de moucher, consoler les enfants et aussi d’encourager les parents à envoyer leurs enfants à l’école et plus particulièrement leur fille. Ce travail de sensibilisation est essentiel car c’est la toute première génération de cette tribu qui va à l’école et les parents, tous illettrés, ne comprennent pas encore très bien l’intérêt de savoir lire et écrire. Pourtant, la seule culture qu’ils arrivent à vendre, les lentilles « œil de pigeon », leur est achetée à un prix très défavorable et ils ne seraient pas tant exploités s’ils avaient plus d’expérience par rapport au monde extérieur. Des traditions conservées Les premiers contacts, pour eux comme pour moi, furent intimidants. Je m’étais habillée en « indienne » pour essayer de 14 La première génération d’écoliers se retrouve sur les bancs de l’établissement scolaire construit par Agrindus. La première école en terre Baiga Catherine Douxchamps est marraine, en Inde, de Rajwant. En décembre dernier, elle s’est rendue dans son village et a fait la rencontre de sa communauté… Retour sur des échanges riches en différences. Photo : C. Douxchamps Photo : C. Douxchamps paraître un peu moins « exotique » à leurs yeux. Une petite foule était là pour m’accueillir. Les femmes en sari m’éblouissaient de mille couleurs et malgré la pauvreté, chacune d’elles semblait très coquette. Grâce aux personnes d’Agrindus qui traduisaient, nous avons pu longuement dialoguer. J’ai appris beaucoup de choses sur leur quotidien ainsi que sur l’école et son fonctionnement. Le village n’a pas l’électricité et pourtant, on voit non loin de là des pylônes qui approvisionnent d’autres villages alentour, plus riches… Les Baiga ont très peu de contacts avec l’extérieur et vivent près de la nature. C’est aussi un peuple d’artistes puisque certains composent Très proche de la nature, la communauté Baiga vit un peu recluse par rapport aux villages alentour. leurs propres chansons. Nous avons eu droit à la sérénade d’un jeune homme de 14 ans qui chantait alternativement avec sa voix de garçon, qu’il a bizarrement conservée pour la partie féminine et avec sa voix d’homme pour le reste. Il divertissait tout le monde et ne se faisait pas du tout prier ! Parrainer, c’est aider toute la communauté Mon filleul, Rajwant, est le deuxième enfant lettré de tout le village. Sa grande sœur de 16 ans est illettrée. Il a six autres frères et sœurs dont deux tout-petits alors qu’un huitième est visiblement en route…
• ACTIONS LOCALES » > Vie associative » > Près de chez vous » >• ACTU• WEEK-END DES ÉTATS GÉNÉRAUX 2004• Perspectives » > Rôle et influence des ONG auprès des politiques » >• PAROLE DE… » > La première école en terre Baiga » > Témoignage d’une filleule devenue adulte » > La maman a l’air fatiguée et souffre sûrement de ces naissances trop rapprochées. Je suis contente que mon parrainage ait pu soutenir son éducation mais je sais que l’argent que je verse sert aussi pour ses camarades et sa communauté. C’est un principe important et par exemple, dans ce village, outre les bienfaits apportés pour le fonctionnement de l’école, la contribution de plusieurs parrains aura permis la construction d’une pompe à eau. Agrindus scolarise près de 9000 enfants. Ils emploient aussi deux médecins qui Photo : Aide et Action Sénégal Mon cursus scolaire Quand en 1998, mon oncle a voulu me donner en mariage, ma mère s’y est opposée. J’avais alors 12 ans et c’est à ce moment de ma vie que j’ai manifesté le besoin de m’inscrire à l’école. J’ai commencé mes études à l’école communautaire de base de Saré Coupé et au bout d’une année scolaire, je savais lire et écrire en poular (dialecte sénégalais). Après un cycle de quatre ans, je suis maintenant alphabétisée aussi bien en poular qu’en français. Auparavant, je n’avais pas eu la chance de fréquenter l’école gouvernementale parce qu’elle était trop loin de notre village. Ma mère ne voulait pas que je parte. Je suis sa seule fille. Ma formation de matrone En 2001, l’idée de la case de santé est devenue une réalité dans mon village. Le visitent chaque village au moins deux fois par an. Les enfants qui partent en études secondaires continuent d’être suivis par Agrindus. C’est le cas de Rajwant et deux de ses camarades, qui se rendent tous les jours à vélo dans l’école gouvernementale de l’État voisin qui se trouve à 15 km ! La visite de ce projet fut une révélation pour moi : cette école est complètement différente de celles que j’ai pu visiter dans le sud de l’Inde et à Delhi. Plus touchant aussi… Peut-être parce qu’ici, dans cette région reculée, c’est vraiment le début de l’alphabétisation. ■ Témoignage d’une filleule devenue adulte Adama Baldé est une jeune Sénégalaise de 24 ans. Elle est entrée à l’école à l’âge de 12 ans et elle nous raconte aujourd’hui sa vie, qui aurait été bien différente si elle n’avait pas appris à lire, à écrire et à compter. personnel d’encadrement de cette case devait être composé d’un homme et de deux femmes. Quant le district sanitaire de Kolda a voulu démarrer la formation des matrones (personnes qui aident à l’accouchement), il a exigé une femme alphabétisée. Et il n’y avait que moi qui remplissais ce critère dans tout le village. C’est ainsi que j’ai suivi une formation d’un an à la maternité du centre de santé de Kolda. Ma place dans le village Mes activités de matrone ne sont pas encore effectives dans le village car les équipements ne sont toujours pas au complet. Pour le moment, mon travail se limite à l’information et à la sensibilisation des femmes sur les consultations prénatales. J’assiste parfois des femmes qui accouchent au village. Mais je sens L’association suit régulièrement les enfants, entre autres lorsqu’ils poursuivent des études secondaires. que je vais rencontrer énormément de problèmes quand il s’agira de s’occuper de femmes ayant l’âge de ma mère. Lors de ma formation à Kolda, qui est une ville, je n’avais pas ce problème parce que là nous étions en équipe contrairement au village où je serai toute seule. Pour mes amies et mes parents, je suis une véritable rescapée. Contrairement à mes camarades, le fait d’avoir pu suivre cette formation en santé m’a permis d’améliorer et maintenir mon niveau. J’espère par la suite pouvoir évoluer dans ma profession. Mon mariage Actuellement, je pense plus à mon travail qu’au mariage. L’homme qui prétend se lier à moi doit vraiment tenir compte de mon activité professionnelle. Je veux vivre de mon travail. 15 Photo : C. Douxchamps



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