Aide et Action n°90 mar/avr/mai 2004
Aide et Action n°90 mar/avr/mai 2004
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°90 de mar/avr/mai 2004

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 1,3 Mo

  • Dans ce numéro : situation d'urgence en Haïti : l'éducation en péril.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Ne plus intervenir en tant qu’opérateur direct permet de ne pas être en substitution avec l’État mais de bien laisser les responsables gérer eux-mêmes les choix des projets, l’implantation, la construction, etc. Martin Pericard, responsable Asie du Sud-Est d’Aide et Action, insiste sur cette position de non-substitution : « Le SIPAR, comme Aide et Action, considère qu’il revient à l’État de mener les politiques au niveau national et que le rôle des ONG est d’être dans une posture de critique positive et de proposition concrète et innovante. C’est cette volonté affirmée par le SIPAR depuis plus de dix ans de ne pas jouer la carte de la substitution qui permet l’institutionnalisation du projet « bibliothèque » sur l’ensemble du territoire cambodgien. » Un rôle de conseil D’autres programmes et notamment celui de la Guinée sont aujourd’hui positionnés comme un appui-conseil fort auprès des gouvernements. L’État guinéen reconnaît officiellement Aide et Action comme une force de proposition spécialisée dans le domaine de l’éducation. Plusieurs innovations auront valu cette reconnaissance et notamment celle concernant les « gouvernements scolaires ». Depuis 1996, l’expérience s’est développée dans toutes les zones d’intervention en Guinée. Le gouvernement scolaire est une forme d’organisation qui favorise la participation des élèves dans la gestion de l’école au travers d’un jeu de rôle aux couleurs démocratiques. Des élections sont organisées parmi les élèves afin d’élire le Premier ministre et les ministres respectifs de la Santé et de l’Hygiène, de l’Équipement et des Fournitures, des Arts, Sports et Culture, etc. Les élèves prennent très au sérieux leur mandat 12 et, élus pour l’année scolaire, ils sont responsables de ce qui se passe au sein de l’établissement. À Ley Leggel (préfecture de Télimélé), le gouvernement scolaire possède à son actif plusieurs réalisations. Par exemple, grâce au ministre de la Santé, chargé de contrôler les latrines et la cour, Essai de définition : la société civile Qu’est ce que la société civile ? Qui la compose ? Le concept de société civile s’enracine très loin dans l’Histoire puisqu’Aristote a été le premier à en parler. Il a connu des définitions diverses au cours du temps et le flou qui entoure ce concept lui permet d’être revendiqué par de nombreuses entités. Dissidents des pays soumis à une dictature d’État parti, formations politiques, alter mondialistes qui appellent à la rescousse un État rénové et renforcé dans leur lutte contre le libéralisme… tous se revendiquent de la société civile. La société civile est donc un concept « auberge espagnole » qui renvoie non pas à un contenu consensuel mais à l’usage idéologique et politique que veulent en faire ceux qui l’utilisent. Ce qui est certain c’est qu’il se définit davantage par ce à quoi il s’oppose (l’État, le marché) et qu’à ce titre il est inséparable de la réflexion sur le rôle de l’État et pour certains sur celui du marché. La spécificité des ONG au sein de la société civile Selon Philippe Ryfman, « Les ONG sont relativement conscientes qu’une addition de microprojets ne fait pas le développement et ne change pas l’ordre du monde. Fondamentalement, une ONG c’est une organisation de citoyens, par conséquent elle estime avoir une position à prendre sur un certain nombre de grands problèmes mondiaux de manière à faire bouger, à faire évoluer les choses, plus globalement à changer l’ordre du monde. C’est une responsabilité citoyenne sur des enjeux globaux, que les ONG mettent en avant. Elles ont ainsi une responsabilité d’interpellation permanente auprès des gouvernements et des instances, sur l’ensemble des rapports Nord/Sud (1). » (1) Philippe Ryfman, « La transformation des ONG dans la société civile internationale », in Les Cahiers de la solidarité, CRID, octobre 2002, p.13-17. Gouvernement scolaire : le Premier ministre rédige le compte-rendu du Conseil des ministres, placés autour de lui. les règles d’hygiène sont respectées au sein de l’école. Les résultats sont concrets et les gouvernements scolaires ont eu un tel impact positif sur le fonctionnement des établissements que le gouvernement guinéen a décidé sa généralisation au niveau national. Cependant, si Aide et Action s’engage dans un dialogue direct avec l’État, elle sait que son rôle est avant tout de favoriser les liens directs entre les communautés et leurs représentants. Moctar Diallo, le responsable influence du programme en Guinée souligne que « notre rôle est aussi de donner aux communautés les capacités de négocier l’éducation et l’avenir de leurs enfants auprès des gouvernements. Aide et Action doit être un appui pour leur permettre de mieux argumenter les propositions qu’ils font auprès des autorités. » Une consultation qui se généralise Depuis quelques années, les ONG sont perçues par les gouvernements et les organisations internationales comme de véritables expertes dans leurs domaines d’intervention. Reconnues, elles sont désormais consultées lors de négociations nationales comme internationales. Néanmoins, cette généralisation du dialogue entre décideurs politiques et ONG est à relativiser. Depuis quelques années, des doutes commencent à émerger sur la Photo : Aide et Action Guinée
Photos : S. Bernard• ACTIONS LOCALES » > Vie associative » > Près de chez vous » >• ACTU• WEEK-END DES ÉTATS GÉNÉRAUX 2004• Perspectives » > Rôle et influence des ONG auprès des politiques » >• PAROLE DE… » > La première école en terre Baiga » > Témoignage d’une filleule devenue adulte » > sincérité de cette ouverture. Malgré les promesses répétées, les nombreuses consultations et les forums internationaux, les propositions des ONG sont régulièrement remisées « au placard ». Naturellement tournées vers le terrain, les ONG peuvent manquer d’expérience et de savoir-faire dans le dialogue avec les politiques. Cette activité nécessite une expertise solide et qui fait défaut à nombre d’ONG. On assiste aussi à une tendance généralisée à la « récupération ». Les États peuvent se servir du « label ONG » pour légitimer des décisions qui ont finalement été prises sans véritablement écouter la voix de la société civile. Certains États et institutions n’hésitent pas à recourir à des associations « dociles », souvent très dépendantes des financements publics, pour faire valider leurs décisions. La scène politique internationale peut réunir alors des organisations aux intérêts et éthiques très divers qui se réclament toutes de la « société civile » : attention à la confusion ! Malgré les limites du dialogue entre États, organisations internationales et ONG, les Forum social mondial - Mumbai, Inde 16-21 janvier 2004 résultats montrent qu’il est important pour ces dernières d’agir au niveau institutionnel. Les ONG ont conscience de leur rôle politique mais restent prudentes et gardent leurs distances avec les sphères politiciennes. La plupart d’entre elles ne se lancent pas dans le champ politique de manière imprudente sans oublier leur « légitimité » terrain. ■ (1) Bulletin d’information de l’ONG SOLAGRAL (Solidarités agricoles et alimentaires), Le Courrier de la planète est une revue bi-mensuelle traitant « de développement, d’environnement et des défis d’un monde solidaire ». Aide et Action met l’éducation au centre des débats Pour la première fois, une délégation de plusieurs partenaires et représentants des équipes françaises, africaines et indiennes d’Aide et Action ont participé au dernier Forum social mondial à Mumbai et ont organisé l’atelier : « Pertinence du modèle éducatif occidental dans les pays en développement ». Le thème de la pertinence des systèmes éducatifs actuels et leurs capacités à répondre aux besoins des communautés a été au cœur des débats, autour des questions touchant à : l’impact de la mondialisation dans le champ de l’éducation ; l’évaluation critique de l’Éducation pour tous ; les pratiques innovantes mises en œuvre dans divers contextes. Pour Aide et Action, le FSM de Mumbai est l’occasion de faire entendre sur une scène sociale mondiale devenue incontournable la voix de ceux qui œuvrent sur le terrain avec l’ambition qu’émerge une « alter éducation » pour les enfants des pays en développement. Forums internationaux : les rendez-vous de l’influence Ces dernières années ont vu la multiplication de forums internationaux, zones de concentration de la société civile. Forum social européen, mondial, Sommet pour un autre monde (SPAM - sommet alternatif au G8), etc. sont autant de lieux d’échanges, de réflexion et de remise en cause pour les ONG. En règle générale, mouvements mondiaux et phénomène d’alter mondialisation sont des événements majeurs qui permettent d’amorcer de nouvelles réflexions et des actions innovantes pour les ONG. Ces regroupements cassent l’isolement des membres de la société civile et permettent de véhiculer les plaidoyers d’influence et d’opinion envers les Pouvoirs publics. 13



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