Aide et Action n°102 mar/avr/mai 2007
Aide et Action n°102 mar/avr/mai 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°102 de mar/avr/mai 2007

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Tsunami, 2 ans après.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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BÉNIN 16 AIDE ET ACTION - NUMÉRO 102 DOSSIER Bénin : La participation communautaire Personne ne remet en cause la nécessité de l’implication de chacun dans le développement communautaire. Mais les méthodes et moyens d’y arriver varient selon les contextes. Au Bénin, Jeanine Homehou, éducatrice, et Berthe Téhou, d’Aide et Action, commentent un projet de Petite enfance, au fil du temps. « On m’appelle Jeanine Homehou, épouse Aguida. Je suis éducatrice au Centre de Petite enfance communautaire et membre du Cercle de réflexion des femmes (CRF) à Akpali. Au début, Aide et Action me payait 25000FCFA par mois (voir encadré ci-dessous), puis cet appui a été suspendu. Comme les parents ne pouvaient pas me financer entièrement, j’ai organisé un petit commerce, avec l’aide de la communauté et d’Aide et Action. Pour m’aider, les parents transformaient le manioc en gari (farine alimentaire très consommée au Bénin,ndlr) et moi je fabriquais du savon et du jus d’ananas. Grâce aux femmes du CRF, j’ai pu suivre une formation à la vente avec elles et m’occuper de mon étal. Mais avec la communauté, nous nous sommes aperçus que cette activité n’était pas rentable. Mon salaire a dû être réduit à 10000FCFA, puis je suis restée sans salaire pendant plus d’un an. Je n’étais plus régulière au centre, trop absorbée par mon commerce. L’effectif de 31 enfants en 2004 est passé à 15 en 2005. La situation financière a également occasionné des conflits entre les villageois. Nous avons profité de la décentralisation pour nous appuyer davantage sur l’interlocuteur privilégié qu’est devenue la mairie, qui permet de mieux structurer les projets de tous. Malgré toutes ces difficultés, ma passion pour les enfants m’a permis de poursuivre leur encadrement dans le centre. Cette année, le centre a inscrit 52 enfants, dont 27 filles. Les maîtres de l’école primaire du village qui accueillent la plupart des enfants sortis du Centre ont toujours apprécié leur degré d’éveil en classe. Ça me motive ! » ■ Si le Bénin m’était compté… Salaire minimal au Bénin : 27 250 FCFA (1). Niveau de vie : - bus Cotonou/Parakou (425 km) : 12 000 FCFA (1) aller-retour. - Prix d’un vélo ordinaire : 25 000 à 30 000 FCFA (1). - Logement : 5 000 FCFA (1) la chambre en milieu rural. Communautés mobilisées, passeport pour la qualité ? Photo : O. Harrassowski Akpali, commune de Zê Akpali est un village de 600 habitants situé au centre de la commune de Zê, au cœur des palmeraies de l’Union régionale des coopératives d’aménagement rural (URCAR). Il possède une école primaire publique, un Centre de petite enfance communautaire, une église et un grand puits. Photo : AEA Bénin Vocabulaire et acronymes CVGS : Comité villageois de gestion de suivi. Il en existe un par village, représentatif de la communauté et en charge du SCEB. Il a son plan d’action, nourri par les contributions des différents groupements villageois (groupements de femmes, de jeunes, mixtes, etc.). SCEB : Site communautaire d’éducation de base. Il comprend le Centre de Petite enfance, un local pour des activités génératrices de revenus et un Centre de formation professionnelle. CRF : Cercle de réflexion des femmes, groupement de femmes qui s’occupe principalement de questions liées à la Petite enfance. (1) 1000 FCFA = 1,50 euro.
n’est pas un long fleuve tranquille Photo : O. Harrassowski Photo : AEA Berthe Téhou revient sur le témoignage de Jeanine Berthe Téhou est coordinatrice Aide et Action de la région Sud à Ouidah (Bénin). Proche des communautés (elle a commencé sa carrière comme animatrice à moto), elle connaît parfaitement la région et possède une vision globale indispensable au suivi des projets à l’échelle régionale. Aide et Action : À la lecture du témoignage de Jeanine, on observe trois étapes… Berthe Téhou : Oui. Cela souligne les difficultés de la démarche ! La participation ne peut pas simplement se décréter. Sur le terrain, il faut se battre tous les jours. Au début, Aide et Action a pris en charge intégralement le salaire de Jeanine. Nous avions prévu de nous désengager par la suite. Mais aucune structure de gouvernance et de gestion n’a pu prendre le relais. Dans un deuxième temps, la communauté s’est fortement impliquée, notamment pour aider l’éducatrice dans son commerce. Malheureusement, tout cela n’était pas assez organisé, systématisé, et peu à peu les gens se sont démobilisés, ayant d’autres priorités. Aujourd’hui, la mairie planifie ses activités sur plusieurs années et les budgets correspondant à l’éducation sont fixés une fois pour toutes, c’est plus facile. AEA : L’appui d’Aide et Action à ces processus est-il seulement financier ? B.T. : Non, bien sûr. L’un des principaux volets, d’ailleurs, est formatif : soit directement par des animateurs et salariés d’Aide et Action, soit par des spécialistes de certains domaines. Nous mettons l’accent sur la gestion, la planification ou la mobilisation communautaire. Un autre travail important reste la sensibilisation à l’importance de l’éducation. AEA : Pourquoi ne pas avoir impliqué la mairie dès le départ ? B. T. : Avant la décentralisation, les mairies n’existaient pas en tant que structure décisionnaire sur le système éducatif. Notre interlocuteur était le chef de circonscription scolaire… et nous étions déconnectés du reste des activités villageoises. Aide et Action souhaitait pour sa part impliquer l’ensemble de la communauté, représentée à l’époque par les CVGS et les groupements (voir encadré), d’où nos actions de mobilisation. AEA : Les parents ont du mal, depuis toujours, à payer leur cotisation pour le salaire de Jeanine : pourquoi ? B. T. : Le développement de la Petite enfance a longtemps été considéré comme un luxe inutile : l’État s’en est donc fortement désengagé. Mais économiquement, les communautés n’ont jamais pu s’impliquer réellement. Aujourd’hui encore, tout le monde se débat dans des difficultés financières énormes. La plupart des parents d’élèves en zone rurale sont dépendants des prix des produits agricoles, qui subissent des fluctuations importantes. AEA : Et maintenant ? B. T. : En 2005, la mairie a fait beaucoup d’efforts pour que le centre ne ferme pas, c’est ce qui a poussé Aide et Action à trouver une autre forme de partenariat avec la mairie et la communauté villageoise. Maintenant, Aide et Action finance 60% du salaire de Jeanine. Mais nous allons diminuer notre participation sur les trois années à venir au bout desquelles la mairie et la communauté prendront intégralement en charge les frais. La mairie est devenue le principal et légitime interlocuteur de la communauté : ils financent ensemble le salaire de Jeanine. ■ AIDE ET ACTION - NUMÉRO 102 17



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