Aide et Action n°102 mar/avr/mai 2007
Aide et Action n°102 mar/avr/mai 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°102 de mar/avr/mai 2007

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Tsunami, 2 ans après.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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État du Karnataka INDE Entretien avec M me Sreeja Py, responsable MAYA du bureau de Gulbarga, État du Karnataka, Inde. Aide et Action : Prajayatna prône la participation de la communauté au système éducatif, « pour l’universalisation d’une éducation pertinente et de qualité ». Qu’entendez-vous par ces termes ? Sreeja Py : Un système éducatif ne peut être considéré pertinent et par conséquent de qualité que s’il remplit les attentes et les besoins de la communauté, à tout moment. Aujourd’hui, le système éducatif entier se développe vers l’accumulation de savoirs. Mais une éducation qui se concentre sur l’abondance des connaissances est-elle toujours appropriée ? Il n’y a malheureusement qu’une toute petite réflexion collective sur la pertinence de ce système. La communauté, en dépit du fait qu’elle soit la principale bénéficiaire, ne prend pas part au système. Elle le subit. Les écoles gouvernementales en Inde font 14 AIDE ET ACTION - NUMÉRO 102 DOSSIER Inde : « L’école nous appartient » Prajayatna est un projet de l’association MAYA (1). Fondé sur la conviction que le rassemblement de tous les citoyens est nécessaire pour améliorer l’éducation, il érige la participation communautaire en principe. Mais quelles sont les méthodes de l’association ? Au-delà des mots, comment mobiliset-on une communauté ? Focus sur une organisation ambitieuse. face à d’énormes difficultés : faible taux d’inscription, nombreux abandons scolaires, infrastructures délabrées, manque de professeurs et absentéisme, etc. Ce qui devient important dans ce genre de scénario, et pour espérer améliorer la situation, c’est de se demander à qui ces écoles appartiennent : au gouvernement ? aux parents d’élèves ? aux professeurs ? aux élus locaux ? … Aujourd’hui, elles sont à tous et à personne en même temps. Je reste persuadée que la qualité et la pertinence d’une éducation doit se définir par la communauté, lorsque cette dernière est capable de répondre à la question : « À quoi sert notre école ? ». AEA : De quelle manière abordez-vous avec les communautés les questions liées à l’éducation ? S. P. : Pour initier le dialogue, nous organisons les Shikshana grama sabhas, réunions villageoises qui rassemblent toutes Communautés mobilisées, passeport pour la qualité ? « Nous devons prendre soin de notre école comme de notre temple ou de notre mosquée » Engager le dialogue avec la communauté. les parties prenantes à l’école : parents, professeurs, élus locaux, membres du département à l’éducation, femmes, etc. Des données sur l’école, collectées par notre organisation, sont communiquées lors de ces réunions. La présentation provoque la réaction des villageois qui réalisent que, par exemple, plus de 50 enfants ne vont pas à l’école ou que le professeur n’est pas venu pendant six jours ! C’est une vraie découverte, car la plupart d’entre eux ne s’étaient jamais préoccupés du sort de l’école. L’analyse réveille leur intérêt. L’expérience montre d’ailleurs qu’à chacune de ces réunions, les villageois aboutissent à des réflexions sur l’éducation : « Nous devons envoyer nos enfants à l’école car c’est le seul moyen de développer notre communauté », « Nous devons prendre soin de notre école comme de notre temple ou de notre mosquée ». Cette prise de conscience est fondamentale. Elle est l’un de nos principaux objectifs. Photo : AEA
AEA : Comment parvenez-vous à impliquer les communautés dans la résolution de problèmes ? S. P. : Petit à petit, nous faisons en sorte que les communautés s’investissent dans le développement de l’éducation. Pour y arriver, elles ont besoin de s’organiser. Dans l’État du Karnataka, il existe des comités d’école composés de 9 parents d’élèves, dont un président, et du professeur principal de l’école. Ces comités listent les questions et discutent de solutions possibles. Ils sont aussi les garants et les représentants auprès du gouvernement local des projets mis en œuvre par la communauté (voir ci-contre). AEA : En tant qu’Organisation non gouvernementale, quelle est votre mission ? S. P. : L’approche de Prajayatna reconnaît l’importance de l’État à assurer un service en ce qui concerne l’éducation. Mais parallèlement, elle souligne le rôle de la communauté dans la négociation avec le gouvernement pour améliorer l’éducation au niveau local. Car elle est la seule à savoir mieux que quiconque ce dont elle a besoin. Dans ce processus, elle devient partenaire de l’État plutôt que bénéficiaire. C’est le cœur de notre mission. Nous voulons amener les communautés à s’engager dans un processus qui leur permette de prendre des décisions pour leur avenir. Depuis trop longtemps les villageois ne sont que des sources d’information pour des consultants du gouvernement qui écrivent des réformes directement « subies » par ces mêmes communautés. L’aliénation de leur liberté à choisir leur éducation est aujourd’hui la règle. Voilà ce que nous voulons changer. Nous voulons redéfinir le système, en plaçant l’expertise au niveau communautaire, pour que leurs expériences et leurs opinions soient réellement à la base de toute réforme ou politique éducative. ■ (1) MAYA (Movement for Alternatives and Youth Awareness) est une organisation partenaire d’Aide et Action en Inde. Ce comité d’école a récolté 10 000 roupies pour la rénovation des bâtiments. 3 questions à… Venkategowda, président du comité d’école de Kallahalli, État du Karnataka, Inde. Aide et Action : Quelles sont les difficultés de votre école ? Venkategowda : Il n’y a pas d’eau potable, pas de toilettes, pas d’enclos et pas de terrain de jeux. Nous avons besoin d’une salle supplémentaire, mais nous manquons de place. De plus, des travaux sont nécessaires pour le bâtiment qui a bien vieilli. Enfin, il n’y a pas assez de professeurs. AEA : Comment envisagez-vous d’arranger la situation ? Venkategowda : Un des villageois, lors d’une réunion du comité d’école, a donné un hectare de ses terres pour agrandir l’école et aménager un terrain de jeux et un enclos. Nous avons aussi collecté 10 000 roupies (171 ?) pour réparer le bâtiment. Pour l’enseignant supplémentaire, nous avons discuté et soumis une demande au responsable de l’éducation du district. Il nous a assuré qu’il nous en enverrait un bientôt. AEA : Est-ce que les personnes de votre communauté vous aident ? Venkategowda : Oui, petit à petit les villageois réalisent le besoin d’améliorer notre école. Ils sont de plus en plus nombreux à participer aux réunions et essaient de trouver des solutions. Comme par exemple cet homme qui a donné une partie de ses terres. Avant, personne ne parlait de l’école. Aujourd’hui, on s’assoit tous ensemble, on a envie de s’investir. Voilà ce qui est vraiment nouveau. À quoi sert notre école ? Répondre à la question, c’est faire un premier pas vers une éducation pertinente. Photo : AEA Photo : AEA AIDE ET ACTION - NUMÉRO 102 15



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