Aide et Action n°100 oct/nov/déc 2006
Aide et Action n°100 oct/nov/déc 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°100 de oct/nov/déc 2006

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 4,6 Mo

  • Dans ce numéro : éducation de qualité pour tous, témoignages d'une ambition.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 24 - 25  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
24 25
« Bonjour, je m’appelle Va Tey, j’ai 14 ans et je suis élève au centre d’éducation de Mith Samlanh (ONG partenaire d’Aide et Action). J’ai un frère, une sœur et nous sommes orphelins de père. Mon frère est ouvrier de chantier. Ma sœur et moi avons été cireuses de chaussures pendant quatre ans. Nous vagabondions autour des restaurants et du parc de Hun Sen à la recherche de clients. Ce boulot rapportait entre 4 000 et 6 000 riels (ndlr : environ 90 centimes d’euro et 1,3 euro) par jour. Mais ce salaire et celui de mon frère n’étaient pas toujours suffisants pour nourrir la famille. Un jour, ma sœur et moi avons rencontré l’équipe de rue de Mith Samlanh. Ils nous ont proposé de venir au centre et aujourd’hui j’y apprends à lire et à écrire. Ma sœur, plus « Photo : AEA France 24 AIDE ET ACTION - NUMÉRO 100 Travail des enfants T É M O I G N A G E S D’U N E A M B I T I O N Au-delà de la contestation Des millions d’enfants travaillent dans le monde. Au-delà de l’indignation qu’elle suscite, la question du travail des enfants est complexe. Aucune famille, aucune communauté, aucun pays ne fait travailler ses enfants par plaisir ! L’objectif à terme est bien d’éradiquer le recours à la main-d’œuvre enfantine, malheureusement encore souvent indispensable à la survie des familles. Il s’agit alors d’inventer, avec elles et l’entourage, de nouveaux modèles d’intégration scolaire qui nécessitent parfois de concilier travail et accès à une éducation de qualité. À l’école le matin, cireuse de chaussures l’après-midi âgée, suit une formation pour devenir esthéticienne. Moi, je reste juste le matin en classe car comme ma famille a besoin d’argent, l’après-midi je suis toujours cireuse. Mais peut-être plus pour longtemps ! Ma mère a été invitée à suivre une formation et elle a commencé un petit commerce. Elle fabrique des colliers, des sacs à main et des bracelets avec du carton recyclé que Mith Samlanh achète pour nous. Je sais que je ne peux pas intégrer l’école publique : je suis trop âgée pour la classe primaire. Je vais m’orienter vers une formation en couture pour ensuite travailler à l’usine et sortir ma famille de la misère. Va Tey est élève au centre de Mith Samlanh pour les enfants des rues, Phnom Penh, Cambodge. Un partenariat entre acteurs de l’éducation pour réduire l’exploitation des enfants Luisa Matéo est directrice du département Éducation en genre et développement du secrétariat d’État à l’Éducation (SEE), Saint-Domingue, République dominicaine. Va Tey, ici au centre d’éducation, veut s’orienter vers une formation de couturière. En République dominicaine, on estime à près de 500000 le nombre d’enfants victimes d’exploitation par le travail : trafic de drogue, travail forcé, tâches non adaptées à leur capacité physique ou émotionnelle, voire prostitution. Depuis quelques années, le secrétariat d’État à l’Éducation (SEE) monte des projets de réinsertion pour enfants exploités et déscolarisés. Par exemple, aux côtés d’Aide et Action, nous tentons d’inciter les enfants qui travaillent dans les décharges de Saint-Domingue de reprendre le chemin de l’école. La démarche pour les réintégrer est de leur offrir des activités extrascolaires pour augmenter l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes, les faire renouer avec la société, leurs familles et parfois les remettre à niveau scolairement. Sur le long terme, nous voulons étendre ce type de projet au niveau national. Mais pas seuls ! Nous visons l’implication des communautés afin qu’elles soient capables de détecter les cas d’exploitation infantile et donc les prévenir. Notre devoir est d’assurer, à chaque enfant, la chance d’aller à l’école mais sans le soutien des autres acteurs de l’éducation, notre impact sera limité. Photo : AEA Asie du Sud
% 5 0 -5 -10 -15 -20 -25 -30 -35 +0,6% Nombre d'enfants entre 2000 et 2004 : +7,1 millions « Briser les chaînes de la servitude Photo : AEA Asie du Sud « En 2004, on comptabilisait un peu plus de 1 206 millions d’enfants de 5 à 14 ans et près de 166 millions d’entre eux étaient considérés comme « enfants travailleurs » (voir définition ci-dessous). Évolution du nombre d’enfants travailleurs entre 2000 et 2004 : une baisse encourageante Malgré ce chiffre toujours excessif, la tendance est marquée par la baisse globale du nombre d’enfants au travail. La plus forte à noter est celle du nombre d’enfants effectuant un travail dangereux qui est passé d’environ 111 millions à un peu plus de 74 millions (soit moins 33,2%). Cela souligne les efforts faits pour la lutte contre les pires formes de travail. K. Venumadhav est directeur de l’ONG Secure, Andhra Pradesh, Inde. Kodime Ramudu a 14 ans et vit dans un village tribal du district de Khammam (Andhra Pradesh). Ses parents sont ouvriers agricoles et il a deux frères et une sœur. La sécheresse conjuguée à l’endettement ont obligé ses parents à lui faire arrêter ses études en CE1 et le mettre en gage auprès d’un fermier pour 6 sacs de riz par an. -9,6% Nombre d'enfants économiquement actifs : -20,3 millions Sources : www.ilo.org (site officiel de líOrganisation internationale du travail) Tous les jours, les mêmes tâches ingrates attendent Kodime et le fermier ne lui laisse que ses seuls restes pour manger. Comme lui, ils sont des milliers d’enfants à être mis en gage par leurs parents pour des sommes dérisoires. Mais la pauvreté est si forte que le peu qu’ils rapportent est nécessaire à leur famille. Notre organisation, Secure (Socio Economic and Cultural Upliftment in the Rural Environment), en partenariat avec Aide et Action, travaille avec les populations tribales. Notre objectif est clair : affranchir les enfants gagés, les réinsérer dans le système scolaire. C’est loin d’être simple ! Ces enfants, souvent fragilisés, sont accueillis dans des internats de transition où ils se réadaptent au système « (…). C’est un cercle fermé, plus on fait travailler les enfants, plus les chances de se développer s’amenuisent puisque les personnes susceptibles d’y contribuer ne sont pas éduquées. (…) » TITE HABIYAKARE, CHARGÉ DE PROGRAMMES SUR LE TRAVAIL DES ENFANTS EN AFRIQUE AU BUREAU INTERNATIONAL DU TRAVAIL (BIT). EXTRAIT DE L’ARTICLE DE FALILA GBADAMASSI PARU SUR WWW.AFRIK.COM -11% Nombre d'enfants travailleurs : -20,5 millions -33,2% Enfants effectuant un travail dangereux : -36,9 millions Définition du travail des enfants : le travail des enfants est un concept plus restreint que celui « d’enfants économiquement actifs ». Il exclut tous les enfants de 12 ans et plus qui ne travaillent que quelques heures par semaine dans l’exécution de tâches légères et permises et ceux de 15 ans et plus dont le travail n’entre pas dans la catégorie des « travaux dangereux ». scolaire et à leur société. Mais ce qu’il faut pour rendre cette situation durable, c’est résoudre le problème du manque à gagner et globalement celui de l’amélioration des conditions de vie des familles. Nous organisons des groupes d’entraide villageois qui soutiennent financièrement les foyers les plus pauvres et appelons les autorités à subventionner l’éducation dans ces villages. Car nous visons l’autonomie des tribus pour LEUR développement. Dans cette optique et pour rendre ces villages « libres des chaînes de la servitude », nous les sensibilisons à l’importance de l’éducation des enfants, la santé et l’hygiène, ou encore à l’épargne. Quant à Kodime, son père est venu le rechercher avec un volontaire de Secure et l’a affranchi de son gage. Tout de suite après, il a été accueilli à l’internat de transition. Aujourd’hui, il participe à toutes les activités de l’école et apprend de nouvelles choses tous les jours. Il voudrait devenir policier. AIDE ET ACTION - NUMÉRO 100 25



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :