Aide et Action n°100 oct/nov/déc 2006
Aide et Action n°100 oct/nov/déc 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°100 de oct/nov/déc 2006

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Association Aide et Action France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 40

  • Taille du fichier PDF : 4,6 Mo

  • Dans ce numéro : éducation de qualité pour tous, témoignages d'une ambition.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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« « Aucun élève ne parlait la langue » Photo : AEA Asie du Sud Je suis Savithri, enseignante dans une école située dans une forêt du parc national de Nagarhole (État du Karnataka) où vivent les tribus Jenukuruba. La plupart de mes élèves parlent le jenunudi, la langue tribale. Je leur apprends aussi le kanada, la langue officielle de l’État. Cette école, soutenue par DEED – Development through Education – partenaire d’Aide et Action, est une école « alternative », adaptée aux spécificités culturelles de mes élèves. Au départ, les enfants refusaient de se rendre à l’école gouvernementale. Rien ne leur était « Garantir la diversité culturelle Photo : ONU 16 AIDE ET ACTION - NUMÉRO 100 Minorités Pour une intégration multiculturelle Les populations autochtones et les minorités ont souvent des références historiques et culturelles différentes du modèle national. S’appuyer sur ces références pour qu’elles définissent leurs projets éducatifs constitue un vrai levier d’intégration. Et ce, à l’opposé d’une pédagogie autoritaire fondée sur la négation des spécificités, potentiellement « machine à exclure ». Les populations autochtones sont partisanes et représentantes de la diversité culturelle de l’humanité. Historiquement cependant, T É M O I G N A G E S D’U N E A M B I T I O N Savithri est enseignante dans une école tribale, État du Karnataka, Inde. Ole Henrik Magga est président de l’Instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones. adapté : aucune leçon ne se raccordait au quotidien et à l’expérience Jenukuruba et l’enseignement ne se faisait qu’en kanada, langue qu’aucun élève ne parlait. Les enseignants, mutés par le gouvernement, ne savaient rien de la culture tribale. Dans plusieurs cas, ils ont mal compris les populations qu’ils ont alors considérées comme non civilisées et frustes. L’engrenage de l’exclusion s’amorçait et beaucoup d’enfants n’étaient plus scolarisés. Aujourd’hui, j’enseigne à ces élèves, autrefois exclus, avec des outils pédagogiques qu’ils comprennent et peuvent utiliser. Avec l’appui d’Aide et Action, l’association DEED a formé chaque enseignant à un manuel adapté aux Jenukuruba. Les leçons, dans ce livre, sont écrites en jenunudi et sont toutes basées sur l’environnement et les expériences vécues de la tribu comme la nourriture, les chants, les jeux, les fêtes, la forêt, etc. Comme je ne suis pas d’origine tribale, j’ai appris l’écriture jenunudi. les populations autochtones ont été marginalisées par les sociétés dominantes et ont souvent été confrontées à l’assimilation et au génocide culturel. (…) En mai 2003, lors de la seconde session, l’Instance permanente sur les questions autochtones a exprimé sa préoccupation à propos des pratiques de développement qui ne prennent pas en compte les caractéristiques des communautés autochtones en tant que groupes, sapant ainsi de manière significative d’importantes voies de développement participatif. Ici, les enfants de la tribu des Jenukuruba. Munie du manuel, j’emmène souvent mes élèves en forêt pour identifier les arbres, les feuilles, les oiseaux, les produits comestibles, les herbes, les animaux… Ils parlent longuement des choses qu’ils ont vues. L’école s’est petit à petit intégrée à l’environnement Jenukuruba. Les enfants se sentent à l’aise dans leur apprentissage et viennent à l’école avec plaisir. Moi aussi d’ailleurs car j’apprends beaucoup d’eux qui viennent et vivent de la forêt. Les populations autochtones ont des cultures vivantes dynamiques et cherchent leur place dans le monde moderne. Elles ne s’opposent pas au développement mais elles ont trop longtemps été victimes du développement et demandent maintenant à participer – et à bénéficier – d’un développement qui soit durable. Extrait du rapport mondial de développement humain 2004, « La liberté culturelle dans un monde diversifié », publié par le Programme des Nations unies pour le développement. Photo : AEA Asie du Sud
« Je m’appelle Dinh Le Chi et je suis enseignante de la classe 4 (équivalent du CM1) à l’annexe de Suoi Lau 2 dans une école où la plupart des élèves sont issus de la minorité Raglay au Vietnam. Ces familles qui ont adopté la vie sédentaire il y a une quinzaine d’années font face à beaucoup de difficultés : l’adaptation à un nouveau mode de vie, travail agricole, manque de connaissance, revenus extrêmement faibles… Ici, l’école, par faute de moyens, ne fonctionne que sur une demi-journée. Le reste du temps, les enfants travaillent aux champs et dans les rizières. Ils représentent une source de revenus importants pour leur famille. D’autant que Photo : AEA Asie du Sud-Est Une enseignante en « pays » Raglay Les enfants Raglay ont des difficultés linguistiques car ils ne parlent pas le « kin » (vietnamien). les parents ne sont jamais allés à l’école et ne comprennent pas toujours l’importance de la scolarisation. Lorsqu’ils atteignent l’école, les enfants Raglay ont des difficultés d’ordre linguistique car ils ne parlent pas kin (vietnamien), la langue d’enseignement. Ce handicap ne facilite guère notre travail et c’est tout doucement que nous les accompagnons dans l’apprentissage du kin. Aujourd’hui, la situation s’est améliorée depuis le démarrage du projet « Support socio-éducatif et sanitaire ». Dans mon école, plus de 323 enfants issus des minorités bénéficient des cours sur toute la journée et de repas équilibrés. La santé des enfants est bien meilleure et certains ont même pris du poids. Les élèves sont très peu absents et participent activement aux leçons. Ils ont eu des résultats encourageants aux examens mensuels. Pour soutenir notre travail (ndlr : celui des enseignants), une équipe de sept agents issus des communautés et formés circulent dans les villages pour sensibiliser les parents sur les nécessités de scolarisation, d’hygiène, de protection de l’environnement, de nutrition… Il ne faut pas relâcher nos efforts vers l’insertion sociale de ces enfants. Notre objectif est de les rendre libres de faire leur propre choix dans l’avenir. Dinh Le Chi est enseignante à Suoi Lau, Vietnam. « Dans ma classe, beaucoup d’élèves ne peuvent pas bien suivre en cours en raison de leur mauvaise prononciation et compréhension du vietnamien. Comme je maîtrise bien cette langue et que je suis chef de classe, je fais tous les efforts pour les aider par des encouragements et des explications en « raglay » pendant les récréations. » CAO THI SAN, ÉLÈVE EN CLASSE 4 DE L’ÉCOLE DE SUOI LAU 2, ISSUE DE LA MINORITÉ RAGLAY, VIETNAM. « La promotion et la protection des droits de personnes appartenant à une minorité nationale, ethnique, religieuse ou linguistique contribuent à la stabilité sociale et politique des pays dans lesquels ils vivent. » CHRIS CHAPMAN, MINORITY RIGHTS GROUP INTERNATIONAL - WWW.MINORITYRIGHTS.ORG/- TRADUIT DE L’ANGLAIS. « Le Vietnam veut intégrer les minorités au développement du pays Photo : AEA France Martin Pericard est responsable de la région Asie du Sud-Est, Aide et Action. Au Vietnam, les minorités ethniques sont parmi les populations les plus laissées à l’écart du développement du pays. Elles sont 11 millions (soit 14% de la population du Vietnam) et vivent dans les régions rurales les plus pauvres. Elles souffrent du manque d’infrastructures (communication, éducation, santé) mais aussi de précarité alimentaire, de dégradation de l’environnement. L’analphabétisme est largement répandu. Depuis quelques années, les efforts du gouvernement vers l’intégration des minorités au développement du pays ont apporté des résultats mais avec une scolarisation seulement en demi-journée et le cycle primaire qui ne dure que cinq années, le pays affronte encore des difficultés lourdes à surmonter. Conscient de l’énorme chantier, le Vietnam a demandé l’appui et l’intervention des organisations internationales et des ONG en complémentarité des programmes institutionnels. C’est dans ce cadre qu’Aide et Action intervient sur la promotion de l’éducation pour les enfants des minorités, en partenariat avec le Service de l’éducation de la province de Khanh Hoa. AIDE ET ACTION - NUMÉRO 100 17 Photo : AEA Asie du Sud-Est Photo : AEA Asie du Sud-Est Photo : AEA Asie du Sud-Est



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