Agir Par la Culture n°61 mar/avr/mai 2020
Agir Par la Culture n°61 mar/avr/mai 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°61 de mar/avr/mai 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,2 Mo

  • Dans ce numéro : agir pour la culture.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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plaider pour un renforcement du cadre contraignant de l’action législative qui fait grandement défaut aujourd’hui. D’où la proposition de Dominique Bourg et de Kerry Whiteside d’instituer une « Bioconstitution », transformation de la loi fondamentale de nos États, où le préfixe, renvoyant à la biosphère et à sa finitude, consacrerait de nouvelles normes constitutionnelles garantissant, par exemple la régénération de la biocapacité de la planète par l’instauration de limites, et la gestion concertée, à tous les niveaux de pouvoir, des ressources naturelles. Des réformes constitutionnelles de ce type ont été mises en œuvre dans certains États d’Amérique latine, comme l’Équateur et la Bolivie, dans le prolongement de la culture andine de la Pachamama, la Terre-Mère nourricière à laquelle le législateur a conféré un statut qui rompt avec les paradigmes juridiques occidentaux du droit classique. L’anthropologie juridique de la Constitution de l’Équateur a permis l’inclusion des savoirs autochtones dans la Charte fondamentale de ce pays en concédant à la nature le statut du sujet de droits 8 . La Pachamama et le Buen Vivir permettent un élargissement des protections environnementales en garantissant le respect de la régénération des cycles vitaux, tout en les harmonisant avec des principes philosophiques plus universels. Cette perspective, plus biocentrée sans tomber dans une forme de biocratie, traduit un équilibre renouvelé entre les activités humaines et le non-humain qui permet la maintenance des systèmes de vie dans le cadre de relations réciproques. C’est dans le même esprit, celui par exemple de la communauté de Bishnoïs ayant une très forte conscience écologique, que la justice indienne a reconnu deux fleuves sacrés du Nord de l’Inde, le Gange et le Yamuna, comme personnalités juridiques afin de combattre plus efficacement la pollution de ces cours d’eau. Peu de temps avant, la Nouvelle-Zélande avait reconnu un fleuve révéré par les Maoris comme entité vivante pour des raisons spirituelles. Les récentes modifications du statut de l’animal dans le Code civil français participent du même mouvement. « La justice indienne a reconnu deux fleuves sacrés du Nord de l’Inde, le Gange et le Yamuna, comme personnalités juridiques afin de combattre plus efficacement la pollution de ces cours d’eau.» CHANGER LES INSTITUTIONS Autre piste, exprimée sous différentes variantes, pour conjurer la cécité de la démocratie moderne face aux métamorphoses contemporaines: la création ou la transformation du Sénat, du moins dans les États dotés du bicaméralisme. Parlement des choses ou Académie du futur, cette assemblée, composée par exemple d’experts scientifiques, de philosophes, de savants, de représentants des grandes ONG, voire de citoyens tirés au sort selon une formule très en vogue, pourrait être systématiquement consultée selon des procédures participatives et décentralisées à déterminer. Elle serait, par exemple, « chargée de traduire et d’interpréter politiquement les connaissances internationalement acquises quant aux limites et ressources de la planète » 9 et dédiée aux enjeux écologiques à long terme. Elle représenterait d’une certaine manière les générations à venir et aurait comme prérogatives de proposer ou de s’opposer aux propositions de la chambre législative lorsque cette dernière adopterait des mesures entrant en contradiction avec la préservation des écosystèmes. Revanche de Platon, « despotisme vert éclairé » à la Hans Jonas, ou encore, gouvernement des experts, diront certains… Bien d’autres réformes, touchant au fonctionnement même de la démocratie, devraient être envisagées afin de tendre vers ce qu’Éloi Laurent nomme un État social-écologique 10 , actualisation l’État Providence et des luttes ouvrières pour l’édification des systèmes de protection sociale. Cette démarche implique une multitude de nouveaux principes allant d’un basculement de la fiscalité sur le capital et les nuisances écologiques à l’élargissement des risques socio-environnementaux, conjuguant justice sociale et climatique, par un rôle novateur des ONG et de la société civile non- marchande, systématiquement consultées comme partenaires éco-sociaux. Ce processus implique aussi, outre le soutien dynamique aux initiatives citoyennes, une revalorisation des services publics et un contrôle par les pouvoirs publics de secteurs stratégiques garantissant la préservation des biens communs de l’Humanité. C’est donc toute la philosophie politique qui s’est approfondie au travers des luttes et des revendications, au cours des trois derniers siècles, qu’il s’agit de refonder à la lumière de défis du futur par une conscience élargie du monde. Cette approche pourrait supposer ce que certains ont nommé une démocratie convivialiste qui anticipe politiquement le futur par l’adoption de nouvelles règles constitutionnelles et par l’établissement d’institutions axées sur l’avenir. Cette démarche permettrait la pluralisation des formes d’implication démocratique au travers d’un processus qui associe, selon les termes de Patrick Viveret, « une éthique de la discussion et la construction de désaccords féconds. » 11 1. Dominique Bourg et Kerry Whiteside, Vers une démocratie écologique, Seuil, 2010 2. Pierre Rosanvallon, « Le souci du long terme », in Dominique Bourg, Alain Papaux (Dir.), Vers une société sobre et désirable, PVF, 2010 3. Dominique Bourg, Augustin Fragnière, La pensée écologique, Une anthologie, PVF, p. 845 4. Yves Cochet, Antimanuel d’écologie, Éditions Bréal, 2009 5. Voir notamment le sondage du Soir du 25 novembre 2019 et le dossier de Moustique du 23 novembre 2019 6. Dominique Bourg, Augustin Fragnière, 2009, op.cit., p. 849 7. Pierre Rosavallon, 2010, op. cit. 8. Alice Brites Osorio De Oliveira, « Les droits de la nature dans le nouveau constitutionnalisme latino-américain à partir du regard de l’anthropologie juridique », Trayectorias Humanas Trascontinentales, 3, 2018 En ligne : http://dx.doi.org/10.25965/trahs.921. 9. Dominique Bourg, Keng Whiteside, 2010, op. cit. 10. Éloi Laurent, Le bel avenir de l’État Providence, Les Liens qui Libèrent, 2017 11. Alain Caillé, Les Convivialistes, Eléments d’une politique convivialiste, Le Bord de l’eau, 2016 « Faire quelque chose » agir par la culture #61 Solutions solidaires et démocratiques printemps 2020 16 \
agir par la culture #61 17 \ DANIEL TANURO Initier la rupture écosocialiste Les dérèglements environnementaux en cours obligent à penser une réorganisation totale de l’économie en fonction d’objectifs sociaux et écologiques, mais également de réfléchir à un système démocratique plus radical. C’est en effet la condition sine qua non pour amorcer tout changement de grande ampleur et se sortir de ce qui n’est pas une « crise climatique » mais bien la crise d’un système capitaliste à bout de souffle. Daniel Tanuro, théoricien de l’écosocialisme et militant répond à nos questions sur les stratégies pour engager la nécessaire rupture avec l’existant et la manière dont peuvent s’articuler démocratie, question sociale et écologie. « Faire quelque chose » Solutions solidaires et démocratiques printemps 2020 PROPOS RECUEILLIS PAR AURÉLIEN BERTHIER



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