Agir Par la Culture n°60 déc 19/jan-fév 2020
Agir Par la Culture n°60 déc 19/jan-fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°60 de déc 19/jan-fév 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : faire carnaval, faire politique ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 Entre populisme et démocratie, 10 façons de jouer avec le feu // Guillaume Lohest // Éditions Couleur livres, 2019 Entre démocratie et populisme est un petit ouvrage d’une remarquable lucidité critique, trop rare en ces temps tourmentés. Face à l’inquiétante progression de mouvements politiques nationalistes, populistes et xénophobes, de l’Italie au Brésil, de l’Inde aux États-Unis, Guillaume Lohest lance un salutaire « appel à la vigilance » qui se veut ni une incantation morale, aussi répandue que vaine, ni un catalogue de propositions alternatives pour construire un nouveau récit mobilisateur. Tout au contraire, il ausculte avec une grande profondeur nos réflexes progressistes et nos pratiques d’éducation populaire notamment, dans la seconde partie du livre, au travers de « 10 façons de jouer avec le feu ». Je me suis, hélas, souvent reconnu dans certaines manières d’appréhender les pestes brunes qui montent, entre simplifications, imprécations et exclusions, où l’émotion et l’exaltation l’emportent sur l’argumentation complexe, du moins au moment des mobilisations collectives. Guillaume Lohest permet un sacré dégrisement de certaines ivresses militantes dont les résultats, jusqu’à présent, demeurent incapables de soigner les gueules de bois des démocraties fatiguées. OS 1 théâtre Réchauffement climatique, tensions politiques, risques de guerres nucléaires, 6 e extinctions de masses des espèces, raréfaction des matières premières comme l’eau potable ou le sable… S’il n’y a plus de doute que tout va s’effondrer, la question est maintenant de savoir comment survivre à cet effondrement. À ce sujet, Bertrand Renard, entrepreneur en construction vous répondra avec son large sourire rassurant et inquiétant à la fois : « Préparez-vous au pire et espérez le meilleur! » ! Seul sur scène, Alexandre Dewez campe le rôle d’un entrepreneur au service des citoyen·es, 1 11 10 Révolution // Ludivine Bantigny // Anamosa, 2019 Ce court ouvrage d’un peu moins de cent pages provoque l’ivresse. L’ivresse de pouvoir goûter par les mots ce moment où le présent devient tellement insupportable qu’il n’y a plus d’autres alternatives que de le renverser. C’est aussi un instant éphémère, qui disparait simultanément et involontairement au moment même où cette révolution s’incarne, pour faire place à un nouveau système. Ce momentum où tout se bouscule, Ludivine Bantigny, historienne à l’université de Rouen-Normandie, l’aborde tout d’abord par les émotions. Elle jongle adroitement avec les termes : elle les fait rimer, s’entrechoquer, s’acoquiner avant d’en dégager la saveur poétique qu’amène ce changement structurel. L’autrice glisse d’une époque à l’autre, afin de confronter d’hier à aujourd’hui l’essence de ce mouvement. Ensuite, très habilement et surtout sans lasser, l’écrivaine convoque quelques grandes dates et figures de l’histoire : la Commune, Louise Michel, Rosa Luxembourg, Che Guevera, la Terreur, la Russie, Alexandra Kollontaï ou encore Mai 68. Maison Renard // Une pièce de et avec Alexandre Dewez // Zoé (asbl), 2019 des collectivités, des entreprises à qui il vend et construit des abris pour échapper au pire à venir. Trente mètres sous terre, tout sera prévu pour survivre. Seul·e ou en famille, avec votre quartier ou vos collègues, les Bases Autonomes Durables (B.A.D.) construites par la Maison Renard contenteront tout le monde à condition d’en avoir les moyens. On rigole (jaune), on a du mal à réfréner des rictus nerveux tant la situation du monde dépeinte est inquiétante et réelle. Car si les B.A.D. de la Maison Renard n’existent pas, l’état du monde conté par Bertrand Renard et en tout point fidèle à 11 « Face à un système bien organisé, la prémisse d’une révolution tient sans doute dans la désadhésion : se désassigner pour devenir sujet ». Une phrase parmi d’autres, que Ludivine Bantigny se plait à conjuguer au passé, au présent et en esquissant philosophiquement en fin d’ouvrage quelques trames pour le futur, avec le capitalisme en ligne de mire : « la révolution […] change les critères de référence : non plus le marché, mais le partage, non plus la concurrence, mais la solidarité, non plus la publicité, mais l’art par et pour chacun, non plus la compétition, mais le commun. En cela, elle redonne du sens à ce qui n’en avait plus et du désir quand il s’était perdu ». Vous vous souviendrez certainement de ces cours d’histoire, aussi rasants qu’insipides, car dénués de résonance pour soi. Oubliez-les et profitez ici de son antithèse, où l’approche des révolutions n’est plus présentée par un amas de bouquins et d’images en noir et blanc, mais devient l’expression d’un vécu universel. PV la réalité de notre présent et de notre futur proche. En forçant le trait, la Cie Zoé souhaite provoquer un électrochoc est c’est plutôt réussi. Il est encore temps d’agir mais agir pour quoi et pour qui ? Agir pour sauver la planète et la société d’une catastrophe à venir ou agir pour se protéger soi et quelques autres quand le pire sera là ? À vous de voir (la pièce) ! SdL Photo : Marianne Grimont Maison Renard a reçu le Label d’Utilité Publique de la CoCof pour l’année 2020, plusieurs dates sont d’ores et déjà programmées : le 14 mars 2020 au CC Jacques Franck (Bruxelles), les 23 et 24 janvier 2020 au CC de Herve. agir par la culture #60 42 \ hiver 2019
1 série Lorsque l’artiste Camille Ducellier rencontre Jasmin lors d’une séance d’astrologie, elle décide de capter une tranche de sa vie et d’en faire une web série documentaire. Sept épisodes de 8 minutes seront réalisés en moins d’un an et demi. Jasmin est jeune, trans et fan de roller derby ; sport méconnu inventé par et pour les femmes. Et sport de contact, avec son lot de violence et qui pourtant porte en lui des valeurs d’inclusion et de mixité. Dans Gender Derby, Camille Ducellier expose les espaces d’expression de soi, de prise de confiance qu’ouvre le sport quand il est pratiqué hors des circuits balisés. La série met au cœur de son propos l’envie de se réapproprier son corps, par le sport, un tatouage, de la testostérone… et de refuser 1 À Burnington, une ville perpétuellement enneigée et plongée dans la nuit, vous incarnez un enfant entouré de personnages sinistres échappés d’un film expressionniste et habités d’une bonne humeur forcée. Dans cette ambiance morbide, vous allez passer les trois heures que dure le jeu devant une cheminée dans laquelle vous allez brûler toutes sortes d’objets. Perspective absurde et jeu qui n’en est pas un ? Tout à fait. À moins que… À la fin de décennie 2000 un nouveau modèle économique s’est imposé dans les jeux vidéo sur mobile et Facebook : le free-to-play ou F2P. Soit des jeux gratuits à télécharger et à jouer mais remplis de mécanismes pour inciter le joueur à y consacrer de nombreuses heures. Ce temps assure aux compagnies des revenus grâce à la publicité mais surtout grâce aux données générées par les actions des joueurs et à l’incitation à de petits achats par la frustration. Un modèle qui rencontra un succès inouï, illustré notamment par les emblématiques Farmville (Zynga, 2009) et Candy Crush Saga (King, 2012). 1 Gender Derby // Camille Ducellier // Flair Productions, 2018 Little Inferno // Tomorrow Corporation (États-Unis) 2012 les déterminismes comme une manière de se politiser, de refuser un système qui discrimine et enferme. Loin des représentations habituelles, complaisantes avec nos tendances voyeuristes, les trans n’apparaissent plus ici comme des patient·es pour la médecine ou la psychologie. Il ne s’agit pas de suivre les transformations d’un corps d’un état à un autre mais bien de découvrir des personnalités solaires animées de passions, entourées d’ami·es, confrontées à leurs doutes, animées de certitudes, à un instant T de leur existence et dans leur combat pour avoir le droit de ne pas être homme ou femme, mais d’être seulement soi. Cette revendiquée « série docu queer » est tournée au format vertical. Elle montre les Si ce genre de jeu a depuis perdu de son importance, son architecture de gameplay et son modèle de rentabilité fondé sur l’économie de l’attention, a perduré et s’est répandu dans d’autres médias, comme le montre par exemple Netflix, rendant le propos de Little Inferno - c’est-à-dire nous retenir dans une activité visiblement dénuée de sens mais étonnamment satisfaisante – plus pertinent que jamais. Construit sous la forme d’une mise en abîme particulièrement audacieuse, le jeu de Tomorrow Corporation ose le délicat mélange d’ennui, de fascination et de réflexion sur son sujet sans jamais sortir de son gameplay radical. Un titre audacieux qui mise sur l’intelligence du joueur pour lui proposer une expérience troublante où tout déraille au ralenti pour finalement le confronter à lui-même. JA corps de près, debout, dans leur entièreté et leur vitalité sans tomber dans l’esthétique crade ou excessivement filtrée des films de téléphone. Les images de Gender Derby se font ainsi le miroir de corps fiers, en mouvements perpétuels. Un film accessible à tous dès l’adolescence, conçu pour donner à voir, à rire, à penser, à servir de support à la discussion et que l’on peut louer tant pour ses qualités artistiques et ludiques que pédagogiques. La série est accessible librement sur Youtube France et partout ailleurs, pour les plus initié·es… VB 1 Captures d’écran : Gender Berdy, Camille Ducellier jeu vidéo agir par la culture #60 43 \ hiver 2019



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