Agir Par la Culture n°60 déc 19/jan-fév 2020
Agir Par la Culture n°60 déc 19/jan-fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°60 de déc 19/jan-fév 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : faire carnaval, faire politique ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 4 Les nouveaux territoires de l’agrobusiness // Ouvrage collectif // Alternatives Sud, Vol 26 // Syllepse – Centre tricontinental, 2019 Dans les années 1960-1970, plusieurs pays du Sud (en Asie et en Amérique latine essentiellement) ont connu une première « révolution verte ». Caractérisée par une forte hausse des rendements agricoles, elle reposait sur l’irrigation, l’usage massif de produits phytosanitaires et une sélection de semences améliorées hybrides. Le modèle de révolution verte qu’on promeut aujourd’hui pour l’Afrique n’est pas très différent. Comme sa première mouture, il mise avant tout sur l’usage des nouvelles technologies (semences améliorées, engrais de synthèse, irrigation, etc.) en vue de « moderniser ». Mais derrière les ambitions affichées de cette nouvelle révolution verte (à savoir le renforcement de la sécurité alimentaire) se cache en réalité une stratégie visant à convertir les agricultures africaines aux canons productivistes du marché, et à favoriser la pénétration des grandes firmes de l’agrobusiness sur le continent. La plupart des gouvernements africains ont été séduits par les promesses techno- productivistes des grandes firmes, si bien que ces dernières participent désormais à l’élaboration des stratégies nationales de développement agricole. Partout, le modèle proposé est celui d’une agriculture chimisée, industrialisée et standardisée visant la production d’un petit nombre de produits alimentaires valorisables sur le marché international. En fait, ce modèle est un modèle taillé sur mesure par et pour les géants de l’agrobusiness, lesquels continuent à poursuivre leur irrésistible expansion comme le montre l’extension du complexe du soja en Amérique latine, dominé aujourd’hui par une poignée de transnationales (Bunge, Cargill, Maggi, ADM et Louis Dreyfus Company). Désormais, le thème de la lutte contre la faim leur sert de paravent pour coloniser de nouveaux territoires. Afin d’accroitre leur attractivité économique, des infrastructures de soutien à la production et à la commercialisation y sont développées et d’importantes facilités réglementaires, douanières et fiscales y sont accordées aux candidats investisseurs. Les investisseurs font miroiter les promesses d’une relance de la croissance, de création d’emplois, mais, dans les faits, on assiste à un accaparement des terres avec des expulsions des paysans de leurs terres. SB 5 6 Zeitgeist, Vocabulaire des Anti-Lumières // Erik Rydberg // LitPol, 2019 Dans la collection LitPol qu’il anime, Erik Rydberg souhaite remettre à l’honneur les théoriciens du mouvement ouvrier en un temps où les « armes de la critique » s’avèrent plus que jamais nécessaires. Le nom, LitPol, a été choisi en hommage au Verlag für Literatur und Politik (dont c’était l’abrégé) fondé à Vienne en août 1924 et liquidé par le régime nazi en juin 1934. Zeitgeist, le petit opus qu’il y publie, vient rejoindre ces ouvrages, qui de plus en plus, considèrent que le langage est un terrain de combat. Mais, outre la dénonciation des mots que l’on retrouve dans les écrits de nos adversaires - cette propagande langagière qui jette un voile opaque sur le sens des mots -, ou encore la détection des tics de langage et des anglicismes, il va plus loin et s’attaque à L’avenir du travail vu du Sud, Critique de la quatrième révolution industrielle // Cédric Leterme // Syllepse, 2019 Pour Cédric Leterme, chercheur au CETRI- Centre Tricontinental, la multiplication et le systématisme des appels au « Future of work » des think tank et organisations internationales (G20, FMI, OCDE, Banque mondiale etc.) – qu’on sait souvent au service de l’idéologie du capital – avait quelque chose d’intrigant et suspect. C’est pourquoi il propose dans ce livre de « mettre en débat le débat » autour de l’auto-proclamée « quatrième révolution industrielle » et mettre en lumière les questions que celui-ci évacue. Car cet « avenir du travail » s’avère exclusivement pensé en fonction des conséquences supposées des évolutions technologiques récentes, au premier rang desquels la robotisation et la disparition du travail humain. Quelle part de fantasme dans cette représentation du futur du travail sans travail ? Quels enjeux de pouvoir ce débat biaisé masque-t-il ? Comme par exemple le fait que l’automatisation, comme l’a bien montré Antonio A. Casilli, ne fait pas disparaitre le travail mais en revanche le précarise en créant d’innombrables tâcherons du clic. Quelles évolutions moins spectaculaires mais tout aussi profondes sont passées sous silence ? Quelles résistances à ce 5 ce qu’il appelle les « mots sous-marins », ces termes d’allure progressiste qui, parachutés par la sphère dominante, viennent gangréner les discours de gauche sans en avoir l’air. Pensons notamment à la « cohésion sociale » ou encore à la « société ouverte ». Nul doute que certaines positions pourraient susciter la polémique (ce qui n’est absolument pas dramatique, bien au contraire !). Il réserve également un sort cinglant à ces mots absolutisés qui foisonnent et dont le but principal est surtout de ne pas nous inviter à réfléchir. Avec verve, érudition et truculence, Erik Rydberg jette un bon coup de pied dans la fourmilière et nous incite plus que jamais à réfléchir deux fois avant d’opter pour tel ou tel mot. Bref, un bel objet à dévorer au coin du feu. OS projet sont minorées ? On sait aussi que l’écrasante majorité l’essentiel de la masse ouvrière actuelle s’est « sudifiée ». Les travailleurs·euses du « Sud Global » apparaissent-ils seulement dans ces réflexions ? Cette déconstruction documentée des discours officiels est salvatrice à plus d’un titre et permet de se faire une idée claire des phénomènes de fond en cours. Tant la sociologie des acteurs en présence que l’histoire de l’émergence de cette thématique permettent de replacer le contexte idéologique. Mais le livre aborde aussi le fond du dossier et le techno- déterminisme à l’œuvre masquant des conséquences autrement plus néfastes de la numérisation de l’économie sur le travail et dans les rapports Nord-Sud. Sans oublier les dimensions négligées dans ces débats comme le modèle de développement, la question des migrations et des mobilisations syndicales. Une réflexion prenante qui permet de décentrer son regard des discours prémâchés et orientés du pouvoir et d’organiser la réflexion face à une énième ruse des capitalistes pour affaiblir les travailleur· euses et mieux les exploiter. AB agir par la culture #60 40 \ hiver 2019 6
7 L’intrigue de ce livre pourrait être résumée simplement s’il ne s’agissait pas d’un livre d’Alain Damasio. L’on dirait alors que, dans une dystopie, l’auteur nous emmène dans une ville française privatisée en 2040. Dans cette histoire, un père refuse de croire à la mort de sa fille disparue. Elle serait partie de plein gré rejoindre les furtifs, des êtres dont elle aurait pris la forme. Alors, je n’avais jamais lu Alain Damasio, et visiblement dans le milieu de la science-fiction c’est un nom, d’aucuns semble-t-il, trouvent d’ailleurs ce roman un peu faible. Autant dire qu’après avoir entendu cela, je me suis ruée sur ses anciennes productions. Parce qu’ouvrir ce livre, c’est entrer dans un monde, 8 Ce qu’elles disent // Myriam Toews // Buchet Chastel, 2019 Dans une communauté mennonite de Bolivie, des femmes et jeunes enfants, se réveillent au matin endolories, rouées de coup et violées. La communauté de Molotschna vit reculée du monde, soumise à des prescrits religieux... Les femmes sont loin d’y être l’égale de l’homme : elles sont analphabètes, ne parlent que la langue de la communauté, un dialecte allemand et sont isolées du monde extérieur. Au sein de la communauté, l’emprise du diable est la seule réponse plausible à cette situation, mais les femmes de la communauté savent qu’il s’agit bien du fait des hommes. Le roman commence là, quand les femmes de la colonie, ayant découvert la vérité, décident de se réunir dans le fenil d’un vieillard sénile, tandis que les hommes sont encore emprisonnés. Le temps presse, elles ont 48h pour se mettre d’accord. Partir ou rester, fuir ou se battre. Deux-cents trente pages durant, elles argumenteront, tandis que l’instituteur du 7 Les furtifs // Alain Damasio // La Volte, 2019 certes dystopique mais dont il parait plus que probable qu’il advienne, tant il envahit déjà nos vies et nos sociétés : des villes privatisées, rachetées par des multinationales, auxquelles le citoyen-client paye des droits d’accès pour emprunter les rues, hyper-connecté y compris pour anticiper le désir, quel qu’il soit. Ce livre est une alerte et une dénonciation puissante de la société de la technologie, du contrôle, de la consommation et donc éminemment politique. Ça confronte et ça peut irriter. Mais au-delà de la dénonciation, Alain Damasio nous emmène dans des possibles, des résistances et îlots de constructions de mondes nouveaux. Un livre politique et fortement ancré idéologiquement donc, mais il est bien plus que ça, car 8 village (pas tout à fait un homme aux yeux des autres hommes) consigne leurs discussions. Elles s’appuient sur leur ignorance – finalement, vu qu’elles ne savent pas lire, elles ne font que croire ce que les hommes leur disent être écrit dans la Bible -, sur la religion, sur la possibilité de s’émanciper. Elles négocieront leur liberté, leur justesse, leurs oppositions et au final leur solidarité. Ce qu’elles disent est un roman qui engage, l’on se prend à vouloir répondre et s’identifier à leur combat pour la justice, l’égalité et l’éducation de leurs enfants, filles et garçons. Un double huis-clos (une colonie reculée, isolée de Bolivie et des femmes tenant concile) sur un fond religieux peu ouvert à la remise en question. A-LC 9 c’est aussi un livre philosophique questionnant l’humain et son besoin de maitriser le monde, la terre, les êtres qui l’habitent, quand il prend connaissance de cet inconnu, le furtif. Le furtif, cet être hors cadre connu, interroge notre rapport au vivant. Et finalement, c’est un magnifique roman d’amour, celui qu’un père et une mère peuvent porter à leur enfant. Comme s’il ne suffisait pas de ces registres politiques, philosophique, existentiel, Alain Damasio use, dans un roman polyphonique, dans laquelle la langue de chaque personnage a sa singularité. Et d’une langue follement délectable, où le son prend part à l’intrigue et est toujours poétique. Où les mots sautillent, s’enfilent, s’envolent, savoureux et justes. Courez le lire ! A-LC 9 Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin // Émilie Plateau // Dargaud, 2019 Que retient-on de l’histoire ? Les histoires marquantes, le nom des grands hommes, ceux qui donnent leur nom à des rues, des places, des monuments ou des écoles. « hommes » avec un petit h parce qu’une brève analyse des noms de rue ou de place nous porte à croire que les femmes se sont bien moins illustrées que les hommes dans la grande histoire de l’humanité. Moins illustrées certes, mais pas pour autant moins présentes, moins actives, moins courageuses et moins déterminées. De plus en plus de voix et de plumes s’élèvent pour rendre une place méritée et juste à toutes les grandes femmes qui ont fait l’histoire mais que le récit collectif a trop souvent laissé en arrière-plan… d’un homme. Noire est une contribution de plus à ce combat de réhabilitation, une bande dessinée écrite par Émilie Plateau qui retrace l’histoire oubliée de Claudette Colvin, la première femme à s’être opposée à la ségrégation raciale dans les transports publics américains. Bien avant Rosa Park, elle avait mis sa sécurité en danger pour dire stop à la ségrégation en Alabama. Au départ soutenue par la cause et les militant·es, elle fût finalement oubliée, on lui préféra d’autres porte drapeaux à l’image plus respectable. D’ailleurs, avant de commencer à lire cette critique, vous ne saviez rien d’elle… Rassurez-vous, il n’est jamais trop tard pour rencontrer une héroïne. SdL agir par la culture #60 41 \ hiver 2019



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