Agir Par la Culture n°60 déc 19/jan-fév 2020
Agir Par la Culture n°60 déc 19/jan-fév 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°60 de déc 19/jan-fév 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : faire carnaval, faire politique ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ANARCHIE ? DYNAMITONS LES PRÉJUGÉS ! Ce qu’il y a d’irritant avec les médias de masse – disons les « grosses chaines d’info télé » pour faire simple –, c’est leur propension à restreindre l’usage sémantique des mots et, par effet de contamination, à faire de nos imaginaires des champs stérilisés par abus de monoculture. Or, réduire le langage, ce n’est rien d’autre qu’amoindrir l’espace de la pensée critique… Prenez le mot anarchie par exemple, ou son adjectif anarchique. Quand les journalistes paresseux les utilisent, c’est pour désigner, au choix : le désordre, l’émeute, le chaos, la pagaille… Plus curieux, cette définition d’anarchie trouvée dans Le Robert (édition 2013) : Louise Michel Mikhail Bakounine par Nadar 38 \ « Désordre résultant d’une absence ou d’une carence d’autorité. » Il faut remonter plus loin, dans cette vieille édition du dictionnaire Quillet (1948) pour trouver celle-ci qui se rapproche, au moins, du sens étymologique : « Absence de tout gouvernement. État social où cette absence de gouvernement est présentée comme idéale. » On respire ! Sans être sentencieux, nous aimerions rappeler ici que l’anarchie, à l’origine, est une philosophie politique qui se cristallise au milieu du 19 e siècle et qui, loin d’envisager le désordre comme une fin en soi, postule une organisation sociale alternative qui se passe de toute forme de hiérarchie. Élisée Reclus par Nadar Pierre Kropotkine par Nadar L’anarchie, c’est l’ordre sans l’autorité. C’est, en outre, une ramification évidente de la pensée socialiste visant à l’émancipation de la classe ouvrière et la mise à bas de toute forme de domination sociale. Et ce, même si, comme le disait Adolphe Fischer (militant anarchiste américain, l’un des cinq martyrs du Black Friday, le 11 novembre 1887) : « Tout anarchiste est socialiste mais tout socialiste n’est pas nécessairement un anarchiste. » Daniel Colson, dans son Petit lexique philosophique de l’anarchisme (LGF, 2001) apporte cette remarquable précision : « C’est d’abord le refus de tout principe premier, de toute cause première, de toute idée première, de toute dépendance des êtres vis-à-vis d’une origine unique (qui finit toujours pas s’identifier à Dieu). L’anarchie c’est, dès maintenant, comme origine, comme but et comme moyen, l’affirmation du multiple, de la diversité illimitée des êtres et de leur capacité à composer un monde sans hiérarchie, sans domination, sans autres dépendances que la libre association de forces radicalement libres et autonomes. » De fait, anarchie renvoie bel et bien à un champ connotatif moins péjoratif que celui évoqué plus haut : autonomie, autogestion, échange, entraide, solidarité, démocratie directe, association, éducation populaire… À partir des années 1880, le bouillonnement idéologique anarchiste dans un contexte de répression et d’inégalités sociales ahurissantes, engendre un courant activiste dont les principes d’action – propagande par le fait et reprise individuelle (reprendre ce que les patrons nous ont volés !) –, sont résumés par les mots célèbres de Pierre Kropotkine : « La révolte permanente par la parole, par l’écrit, par le poignard, le fusil, la dynamite… » C’est la période des attentats et des bandits anarchistes qui focaliseront pour longtemps l’attention des masses et des médias. Ce qui explique pourquoi un mot synonyme de liberté a perdu tout son sens premier. Mais le besoin d’anarchie, au sens propre, lui demeure. PAR DENIS DARGENT agir par la culture #60 hiver 2019
1 Un féminisme décolonial // Françoise Vergès // La Fabrique, 2019 Dans son dernier essai, Françoise Vergès, militante et intellectuelle française, ne se limite pas à tracer les contours de cette forme contemporaine de féminisme politique qui se développe partout dans le monde depuis le début du 21 e siècle. Elle revient sur l’histoire et l’évolution des mouvements féministes en occident, et la transformation du féminisme qui militait pour l’émancipation des femmes devenu féminisme civilisationnel, qui milite pour les droits des femmes. L’auteure développe une analyse sur l’émancipation aux droits qui s’est faite au détriment des femmes les plus précaires : les femmes racisées et issues des milieux populaires. Françoise Vergès dénonce une nouvelle inégalité entre les femmes elles-mêmes. La machine libérale est passée par là, permettant aux femmes blanches et éduquées de faire carrière, tandis que leurs enfants étaient gardés et leur ménage assuré par des femmes pauvres et étrangères. Cette fracture traverse également les mouvements féministes de l’intérieur, les courants du féminisme « mainstream » déniant toute légitimité à certaines militantes et mouvements de femmes selon leur appartenance, réelle ou supposée, à des communautés culturelles ou religieuses déclarées incompatibles avec le combat des femmes. L’auteure voit dans ces clivages l’expression contemporaine d’une forme de colonialisme qui perpétue sa sinistre tradition de hiérarchisation, écornant certaines figures emblématiques du féminisme des 18 e , et 19 e siècles. Françoise Vergès distingue une forme moderne et néolibérale, qui sous des couverts d’ouverture sert surtout la machine commerciale et recycle les combats féministes et LGBTQIT+ pour en faire des questions de libertés individuelles. Quant au patriarcat conservateur, qui n’hésite pas à appeler au viol contre les féministes et les transgenres, elle le qualifie de néofasciste et masculiniste. Elle signe ici un texte court mais dense, didactique, pertinent et riches d’analyses. Ce livre s’adresse à toute personne acceptant de voir son confort intellectuel et ses certitudes bien ancrées quelque peu bousculés ! BM 3 2 lecture École // Laurence De Cock // Anamosa, 2019 Laurence De Cock, historienne et chercheuse en Sciences de l’éducation, connue notamment pour sa chronique vidéo « Les détricoteuses » qu’elle anime avec Mathilde Larrère sur Médiapart, revient sur le mot « école » dans ce second volume de la collection « Le mot est faible » consacré aux mots outils cruciaux qui servent à penser le réel. Dans cet ouvrage, elle traite la question du sens de l’école et du projet de société porté par les politiques menées à son sujet. Politiques qui remettent violemment en question la démocratisation de cette institution et de l’éducation en général. Avec comme résultat, étudié depuis longtemps, un renforcement de l’assignation sociale mais aussi au genre et à l’ethnie. L’auteure revient ensuite sur les critiques bien connues de l’école, notamment à partir de la pensée d’Ivan Illich et de sa « Société sans école », et les projets alternatifs. Elle évoque ainsi les pédagogies Freinet, Montessori ou Sudbury, qui toutes, 3 1 2 au-delà de leurs différends, sont aujourd’hui instrumentalisées pour accélérer la marchandisation de l’école. Différends et marchandisation qui posent le sens-même de l’école, c’est-à-dire de son objectif véritable. Ici, Laurence De Bock nous invite à redécouvrir le travail de Paolo Freire et sa pédagogie des opprimés comme outil pour construire le modèle éducatif d’émancipation sociale qu’elle défend dans son ouvrage. « École » de Laurence De Bock est donc un livre conçu pour se réapproprier un mot-clef, déconstruire les idées reçues et prendre position dans le débat public au sujet de l’éducation. Doté d’une riche et vivifiante bibliographie, il permet à celles et ceux qui le souhaiteraient d’interroger les finalités de l’éducation et de mettre en pratique les idées défendues dans ce livre qui se veut « un plaidoyer pour une école commune, démocratique et émancipatrice ». JA Manuel indocile des sciences sociales, Pour des savoirs résistants // Fondation Copernic // La Découverte, 2019 Une bombe sous le sapin ? Ni plus, ni moins, voilà ce à quoi se sont attelés Philippe Boursier et Willy Pelletier, grands coordinateurs de cette initiative sous l’égide de la Fondation Copernic, dont le mot d’ordre est de « remettre à l’endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l’envers ». Cet outil de salut public se veut en quelque sorte une sorte de « salons des refusés » des sciences sociales, par analogie avec ce salon de peintures ouvert en marge du salon officiel de 1863. Ainsi, plus de 120 contributeurs sont rassemblés. Le livre prend la forme d’un manuel qui essaie d’éviter le jargon tout autant que les évidences. L’objectif, c’est de pouvoir résister et changer nos visions à travers plus de 1000 pages dans lesquelles butiner au hasard ou aller chercher des informations spécifiques. Ce pavé, véritable kit de survie intellectuelle en ces temps de disette, se lit tout seul. Brillamment documenté, il offre une profusion d’analyses sociales, politiques et économiques à travers plusieurs grandes questions théoriques (le marché, le capitalisme…) et sujets d’actualité (les gilets jaunes, le populisme…). Une somme qui vise tout simplement à construire un nouveau récit collectif. Un ouvrage à manier, éplucher, critiquer, triturer dans tous les sens. Une mine d’or, une pépite qui fera des étincelles par la lucidité qu’elle apporte. Soyons indociles grâce à ces savoirs résistants et suivons cette exhortation lancée par cette noria de penseurs engagés. OS agir par la culture #60 39 \ hiver 2019



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