Agir Par la Culture n°59 sep/oct/nov 2019
Agir Par la Culture n°59 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°59 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,0 Mo

  • Dans ce numéro : les nouveaux habits de l'extrême droite.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Marxiste, En fouillant les recoins de mon musée imaginaire, je me suis souvenu de PIF GADGET. À l’instar de Marcel Proust, moi aussi longtemps je me suis couché de bonne heure. Mais jamais sans avoir lu quelques pages des aventures du canidé brun et jaune, Pif, et de son inséparable ami chat, l’irascible Hercule. À chacun sa madeleine. Pourtant, j’avoue que certains aspects du célèbre hebdo jeunesse m’avaient échappés à l’époque – je vous parle des années 74-75, quelque part par-là, le magazine tant attendu le mercredi (mais était-ce bien le mercredi ?) coûtait alors 30 francs. Comment aurais-je pu deviner alors que Vaillant, l’éditeur de Pif Gadget, n’était autre que le Parti communiste français ! De fait, des lustres plus tard, j’appris aussi que le magazine était l’héritier d’une longue tradition française de journaux illustrés pour enfants, liés à la mouvance socialiste. Un courant né avec le siècle pour contrer l’influence des périodiques catholiques alors dominants. Tour à tour, il y eut Jean-Pierre (publié par une coopérative autogérée appelée « l’Émancipatrice ») , Les petits bonshommes (proche de la CGT puis du Parti communiste, créé, je cite, pour préparer une génération d’êtres humains au cerveau libre et au cœur droit), Le jeune camarade (édité par la Fédération nationale des Jeunesses communistes, très pro-soviétique), et ainsi de suite jusqu’aux fameux VAILLANT qui, toujours sous l’égide du PCF, est publié au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C’est dans Vaillant qu’apparaitra la première histoire de Pif le chien, en décembre 1952, une série déjà publiée dans le journal l’Humanité. 38\le chien PAR DENIS DARGENT Vaillant déclinera peu à peu, deviendra maison d’édition et lancera, en février 1969, l’hebdomadaire Pif et son Gadget surprise, très vite rebaptisé Pif Gadget. Avec des tirages qui parfois atteignirent le million d’exemplaires, le journal fut un des très grands succès de presse des années 70 et 80. Les plus anciens se souviendront que c’est dans Pif que furent publiées, entre 1970 et 1973, les premières aventures de Corto Maltese. Les récits du gentilhomme de fortune, mâtinés des références littéraires, politiques etésotériques de son auteur, Hugo Pratt, laissèrent pour le moins perplexes les jeunes lecteurs et lectrices… D’où cette question qui me hante subitement  : Pif Gadget a-t-il réellement contribué à l’éveil de ma conscience politique ? En feuilletant quelques numéros anciens, j’y ai retrouvé effectivement la promotion de quelques valeurs humanistes comme l’entraide, la fraternité, etc. et, en y regardant de plus près, une défense réelle de l’égalité entre les cultures, entre les hommes et les femmes… Et puis aussi une certaine conscience écologique qui s’attaquait, déjà, à la pollution engendrée par le tourisme de masse et la surconsommation. Mais dès le milieu des années 70, les encarts publicitaires nous rappelaient à plus de réalité  : ici un séjour à Disney world USA offert par BANANIA (et son tirailleur sénégalais stylisé), là des disques à gagner en buvant du Coca Cola… Nous entrions de plain-pied dans l’ère de la culture mondialisée, nécessitant de nouvelles stratégies marketing. Enfant, je n’avais, je l’avoue, pas perçu ce rapport de compromission. L’aventure du Pif historique s’arrêtera en 1993, le magazine ayant depuis belle lurette adopté les codes de la normalité libérale ambiante. J’entrai dans la vie active au même moment, le communisme était de l’histoire ancienne, le changement climatique une info vague. Pif le chien avait disparu de mon imaginaire. agir par la culture #59 automne 2019
2 lecture Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce//Corinne Morel Darleux//Libertalia, 2019 L’écosocialisme est-il un anarchisme, et d’ailleurs où est le rôle de l’État dans tout ça ? Voilà l’une des nombreuses questions qui parsèment le petit livre de Corinne Morel Darleux, Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce – Réflexions sur l’effondrement. Petit livre par l’épaisseur, certes, mais d’une extrême densité, tant il nourrit et stimule la réflexion sur la mise en œuvre d’une éthique – et d’un programme ! – écosocialistes. L’écrivaine, essayiste et élue régionale du Rassemblement (qui réunit, en Auvergne-Rhône-Alpes, Europe Ecologie-Les Verts et le Parti de gauche), étaye notamment ses propos (de brillantes intuitions !) sur des textes variés et souvent littéraires, dont se dégagent Les racines du ciel de Romain Gary (1956) et La longue route du navigateur Bernard Moitessier (1986). Il y a 50 ans, Moitessier, alors en tête de la première course de vitesse en solitaire, décide de changer de cap et, plutôt que de rallier l’Occident, 1 2 39\1 Comment les paradis fiscaux ont ruiné mon petit-déjeuner//François Samson-Dunlop//Ecosociété, 2019 Les éditions Ecosociété sont connues pour leur publication de livres « sérieux », d’essais de sciences humaines, sociales économiques et politique. Or, cette bande dessinée inaugure l’incursion de la maison d’édition canadienne dans le genre. Et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! François Samson-Dunlop utilise la BD pour y développer une analyse critique. Dans Comment les paradis fiscaux ont ruiné mon petit-déjeuner, il y met en scène son alter ego qui, outré, proclame qu’il n’utilisera plus les produits et les services d’entreprises qui usent de paradis fiscaux. Voilà qui marque le début d’une croisade désopilante allant d’échec en échec car cette posture est plus facile à dire qu’à faire. Au fil des dizaines de pages suivantes, nous allons être confrontés aux stratagèmes utilisés par Ikea, Nike, Uber et quantité d’autres pour éviter de payer des impôts. s’échappe vers les îles du Pacifique. Gary, lui, nous raconte le combat pour l’honneur et la beauté du geste d’un homme décidé à protéger les éléphants d’Afrique des massacres perpétrés par les trafiquants d’ivoire et les peuples qui, à l’instar de l’homme blanc colonisateur, saccage leur environnement naturel. D’où l’attention portée par Corinne Morel Darleux sur deux balises essentielles pour percevoir les lignes de fuite du modèle consumériste qui nous consume  : le refus de parvenir ou comment résister à la pression du réussir, à la méritocratie ambiante ; et puis cette dignité du présent qui consiste « à aiguiser en soi la capacité à mener des batailles désintéressées, à dire non, et se donner la puissance de décliner une offre séduisante plutôt que d’acter le déclin de sa propre décence. » Une lecture indispensable. DD 3 L’autodérision et la démonstration par l’absurde dans une approche parfois proche du Big Lebowski ou des Monty Python permettent de brosser l’emprise tentaculaire des sociétés adeptes des paradis fiscaux et l’impossibilité de s’y opposer individuellement. Le ton drôle de cette BD intelligente et bien construite aide à comprendre un sujet au premier abord rébarbatif. Et comme le souligne Alain Deneault, dans la postface, elle expose brillamment cette « supercherie mégalomaniaque d’une classe de détenteurs de capitaux qui osent s’ériger en créateurs de richesse alors qu’ils l’ont en réalité ponctionnée au fil du temps ». Un objet à mettre dans toutes les mains afin de préparer la riposte collective. OS 3 Vies à l’ombre//Giovanni Lentini//Le Cerisier, 2019 Après Francesco et François et J’irai plus loin, Giovanni Lentini nous propose dans Vies à l’ombre un nouveau roman de formation qui dépeint la jeunesse de Pino Scaglione dans une impasse donnant sur la rue du Molinay, jadis l’artère commerciale la plus importante de la cité industrielle de Seraing. Avant de se pencher sur Pino, il évoque avec justesse l’exil des parents, le travail au charbonnage et l’âpreté de la vie des ouvriers dans les années 60. Tout en présentant les habitants du quartier où « n’y habite pas qui veut… C’est réservé aux pauvres, aux étrangers, aux rejetés, aux abîmés de la vie, aux délaissés, aux déclassés », il dépeint ensuite l’enfance et l’adolescence de Pino (ses contacts à l’école, ses premiers émois amoureux, sa découverte de la rudesse de la vie). Un livre touchant qui témoigne de la décence ordinaire des ouvriers, qui exsude un amour pour la culture sicilienne et pour la langue maternelle, dont de nombreuses expressions émaillent le texte (avec leur traduction). Un livre qui insiste aussi tout en finesse sur la lecture comme outil d’émancipation et de transmission (eh oui, on ne le répétera jamais assez, les livres changent la vie). Un livre qui, dans une succession d’une vingtaine de chapitres courts, esquisse de manière fouillée la vie des gens du peuple (des prolétaires quoi !) et qui regorge de touches belles et tristes (le papa qui cache à son gamin qu’il ne sait pas lire et lui raconte des histoires alambiquées pour ne pas le lui dévoiler). Un livre qui prend aux tripes sans jamais tomber dans le pathos à deux balles. Une écriture simple, haletante comme cela, on en redemande assurément ! OS agir par la culture #59 automne 2019



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