Agir Par la Culture n°59 sep/oct/nov 2019
Agir Par la Culture n°59 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°59 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,0 Mo

  • Dans ce numéro : les nouveaux habits de l'extrême droite.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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UNDERGROUND PAR SURVIE Al-Khobar est une ville située dans la province orientale du royaume d’Arabie saoudite, le long du golfe Persique. Autrefois un petit village de pêcheurs, elle accueille aujourd’hui bon nombre de compagnies pétrolières, nationales et internationales. Plus ou moins un million d’habitantes y vivent, dont Mephisto, Ostron et Mukadars. Des pseudonymes, utilisés non par choix, mais bien par obligation. En effet, les trois hommes jouent du black metal, un style de musique extrême à la vocation antireligieuse. Dans un pays où la législation s’inspire fortement de la charia, afficher publiquement pour une musulmane un rejet de la religion islamique revient à se faire accuser d’apostasie. Autrement dit  : une condamnation à mort. Les trois artistes se rencontrent un peu par hasard, en 2008. Ils croisent leurs goûts musicaux avec une répulsion quasi innée des codes culturels, sociaux et religieux ambiants. De cette union naît le groupe Al-Namrood, une traduction en arabe de Nimrod, le nom d’un ancien roi babylonien qui se serait rebellé contre Dieu. Tout un symbole pour ces trois artistes qui entendent aller musicalement à l’encontre du système dans lequel ils sont immergés depuis tout jeunes. Pour y parvenir, un maître mot  : 34\CC BY 2.0 Masterbutler la discrétion. Pas de local de répétition, pas de studio d’enregistrement, pas de concerts, pas de photos promotionnelles. Tout doit être cloisonné au sein des quatre murs des musiciens, à l’abri des voisines et de la famille. Une adresse e-mail et une page Facebook en guise d’ouverture sur le monde. Un monde qui devient dès lors un global village, comme le désigne Marshall McLuhan. Cela tombe bien  : c’est également un label canadien, Shaytan Productions, qui croira en eux dès leurs débuts. Malgré une épée de Damoclès qui ne demande qu’à leur faire ployer le genou, les Saoudiens vont sortir six albums studio en onze années de parfaite clandestinité. « Le metal est un magnifique style de musique concrète », explique Mephisto. « La musique orientale, quant à elle, permet de recycler l’esprit. On a voulu imaginer une rencontre entre les deux » 1. Al-Namrood incarne donc la synthèse entre des ambiances lourdes et des voix gutturales avec des instruments orientaux tels que l’oud, le ney, le kanoun ou encore la darbouka. Pourtant tapis dans l’ombre par nécessité, les interprètes sont devenus hors des frontières un des emblèmes du metal moyen- oriental, autant par leur résistance que par leurs sonorités uniques. PAR PIERRE VANGILBERGEN Depuis quelques années, l’Arabie Saoudite tente de se racheter une image internationale, en se portant par exemple candidate pour organiser la rencontre du G20 en 2020. Ou encore en devenant un des pays membres du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Un comble quand on sait que ce pays est classé 141 e sur 149 par le Rapport mondial sur l’inégalité entre les sexes, qu’il pratique la peine de mort pour les mineures, qu’il interdit toute forme de parti politique ou qu’il a plongé le Yémen dans ce que l’ONU considère comme « la pire crise humanitaire au monde », suite à des incursions militaires répétées depuis 2015. La situation que connaît le groupe de musique Al-Namrood n’est donc qu’un exemple parmi tant d’autres d’un bafouement répété des droits humains par l’Arabie Saoudite. Jamal Khashoggi était un journaliste saoudien fermement opposé à la guerre au Yémen. Il est sauvagement assassiné le 2 octobre 2018 au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Une vague d’indignation internationale dénonce ce meurtre politique. La même année, Loujain al-Hathloul et d’autres Saoudiennes sont arrêtées de façon arbitraire en raison de leur militantisme féministe et pacifique pour l’obtention d’un droit de conduire pour les femmes et la fin du système de tutelle masculine. S’en suit une nouvelle salve d’indignations, plus discrète, qui entraine néanmoins cette fois-ci quelques (maigres) réformes, allégeant la chape de plombpatriarcale. Quant à Al-Namrood, pour le moment encore indemne, seule l’histoire nous dira si l’acharnement depuis plus de dix ans de ces trois musiciens permettra un jour d’ouvrir une brèche dans ce paysage culturel saoudien verrouillé à double tour. Ou tout du moins, que leurs compositions puissent continuer à nous parvenir sans être, du jour au lendemain, décapitées. 1. Alex Phillips, « Al-Namrood, Heavy Metal Underground », in Metal Injection, 11 octobre 2012. agir par la culture #59 automne 2019
Depuis le 1er novembre 2016 et la loi Borsus (alors ministre fédéral MR de l’Intégration sociale), tout nouvel usager des CPAS – et plus uniquement les moins de 25 ans ou ceux qui émargeaient à un CPAS ayant déjà fait le choix de l’obligation – se voit obligé de signer un contrat d’intégration sociale  : un PIIS (Projet individualisé d’intégration sociale) en contrepartie de l’accès au droit à un revenu dit d’intégration (RIS). Concrètement, le PIIS consiste en une série d’engagements « négociés » auxquels doit souscrire l’usager. Les travailleurs sociaux « responsables » du CPAS sont chargés d’informer les bénéficiaires des implications du contrat et des conséquences de son non-respect, dont, au final, ils sont eux-mêmes les juges. Ils se trouvent, du coup, transformés en agents d’« accompagnement », l’œil rivé sur le tableau de bord des critères imposés par la procédure, et des objectifs chiffrés désormais assignés aux directions de CPAS (contrats d’objectifs). Selon une étude de 2015, quatre CPAS sur cinq prononçaient, alors, des sanctions en cas de non-respect du PIIS. Ce qui revient à suggérer que c’est un déficit personnel qui est en cause dans la responsabilité de la situation de « décrochage » social, et non les causes socioéconomiques structurelles qui la produisent. LES FAUX-SEMBLANTS DE LA RESPONSABILISATION C’est là le piège des plans d’activation ou d’intégration qui sont devenus centraux dans les politiques publiques de l’emploi ou de la remise à l’emploi. Ils visent 35\PAR MARC SINNAEVE L’action sociale sous l’emprise technocratique Le travail social a toujours été empreint, sous couvert d’aide, d’une logique de contrôle et de normalisation des populations vulnérables considérées comme potentiellement dangereuses. Mais il a toujours été porteur, en même temps, d’une vision plus émancipatrice et contestataire de son rôle, aux côtés des déshérités et des exploités. Aujourd’hui, la grande mue technocratique de l’État social dévoie sa nature profonde qui est de contribuer à rétablir ou à reconsolider la conscience qu’ont les citoyens de leurs droits, et non de gérer leur désinsertion. agir par la culture #59 automne 2019



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