Agir Par la Culture n°59 sep/oct/nov 2019
Agir Par la Culture n°59 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°59 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,0 Mo

  • Dans ce numéro : les nouveaux habits de l'extrême droite.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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PROPOS RECUEILLIS PAR SABINE BEAUCAMP ERIC CORIJN Développer une alternative au Vlaams Belang et son monde Comment expliquer la percée de l’extrême droite en Flandre ? Le Vlaams Belang y a en effet réalisé un score de 18,5% le 26 mai 2019. Eric Corijn, philosophe de la culture et sociologue, professeur d’Études Urbaines à la VUB, co-fondateur du Brussels Studies Institute interuniversitaire, revient sur l’ancrage nationaliste, les ambitions d’avenir des extrêmes-droites flamandes. Mais aussi les alternatives pour endiguer le phénomène. Pourquoi l’extrême droite a remporté un tel succès électoral en Flandre alors qu’elle reste marginale en Wallonie ? Différentes raisons historiques sont possibles, mais la principale est qu’en Flandre, l’extrême droite est intimement associée au nationalisme flamand, à la question identitaire. Ce qui est généralement moins le cas dans les régions francophones. En Flandre le nationalisme est historiquement de droite (il l’est souvent, mais pas toujours, regardez le Pays basque ou l’Irlande du Nord où le nationalisme y est relié à un projet de gauche). Le Vlaams Belang (VB) s’est tourné vers ce nationalisme, dans une version plus radicale et xénophobe, pour se situer à droite de la NV-A, formation pourtant déjà bien à droite. Est-ce que la montée du score électoral du VB peut s’expliquer par l’image plus « sociale » qu’il tente de se donner ? Il est vrai que les droites populistes en Europe en général, par exemple le Rassemblement National en France, reprennent certaines revendications sociales. Ceci indique surtout la crise du mouvement ouvrier traditionnel, les partis de gauche s’étant soumis au discours néolibéral de la concurrence et du marché, donc de l’austérité. Notons qu’un clivage existe  : le VB attire davantage les couches populaires et laborieuses que la NV-A, considéré comme un parti de la classe moyenne. Mais en fait, la vraie récupération évidente aujourd’hui de la part du VB, c’est la volonté de plus de séparatisme. En 2003, la NV-A n’avait qu’un seul parlementaire, qui est monté au pouvoir précisément en se servant d’un discours séparatiste. Malgré leur accès au pouvoir (Cinq ans au fédéral, dix ans à la Région flamande), la séparation n’a pas eu lieu. Le Vlaams Belang a tenté de reprendre la main sur cette question séparatiste. Tandis que la NV-A a voulu récupérer, elle, la thématique migratoire avec la ligne dure et les provocations antimigratoire de Theo Francken ou le refus de signer le Pacte de Marrakech. Le VB, anti-migrants et anti-islam sous l’égide de Filip Dewinter, a tenté de surfer sur la vague, mais restait assez isolé. C’est la ligne Gerolf Annemans et la nouvelle génération en costume-cravate de Tom Van Grieken qui ont remis la question nationale au cœur de leur politique. agir par la culture #59 Les nouveaux habits de l’extrême droite automne 2019 22\
Qu’est-ce qui distingue vraiment la NV-A du Vlaams Belang ? La NV-A est un parti démocratique donc institutionnel. À l’inverse, le VB est fondamentalement raciste et populiste. La NV-A est un parti nationaliste d’État  : il veut un État-nation flamand qui socialise tous les gens, bien qu’uniquement dans une culture flamande. Il a donc un projet nationaliste, mais démocratique, orienté vers le dèmos donc la formation politique d’une nation. Ainsi, la NV-A permet aux étrangers, s’ils s’adaptent aux usages locaux, de devenir membre de la société flamande, ce qu’elle appelle une identité inclusive. Le VB est lui beaucoup plus centré sur une position ethnique  : « Le peuple flamand d’abord ! » duquel ne peuvent pas faire partie les étrangers. Il a déjà défini « son » peuple, ce qui exclut de fait l’Autre. On explique généralement le vote de l’extrême droite par le déclassement social ou la paupérisation. Or, la Région flamande est une des régions les plus riches d’Europe, comment expliquer ce phénomène ? Mesurer le montant de la richesse d’un territoire ne dit rien sur la distribution de cette richesse. Si, globalement, l’économie flamande est plus compétitive que l’économie wallonne, elle subit une véritable politique de privatisation des services publics. Ce qui a entrainé une augmentation considérable des inégalités sociales et un ralentissement de la redistribution des richesses  : les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres. En Flandre, la social-démocratie est dans une crise profonde, devenue social-libérale, elle n’a plus pour projet de maintenir l’État Providence mais a préféré suivre la « troisième voie », celle de la compétitivité, de la marchandisation et donc de l’exclusion sociale. La Flandre comptabilise 25% de pauvres et est loin de connaitre le plein emploi. L’extrême droite pointe du doigt les « profiteurs » qui s’installent en Flandre, ceux qui n’auraient pas contribué au système. Dans les couches populaires et les villes ouvrières où la social-démocratie et les syndicats sont en perte de vitesse, ce type d’argumentaire raisonne particulièrement fort. Ce qui crée une idée concurrente au maintien des acquis sociaux pour tous les travailleurs  : celle de mettre au frigo la protection sociale pour les demandeurs d’emploi et les nouveaux arrivants pour la réserver aux locaux actifs. En Flandre, cette idée est peut-être plus présente qu’en Wallonie. Quel bilan du cordon sanitaire en Flandre peut-on faire presque 30 ans après ? Je suis un grand partisan du cordon sanitaire. J’ai même participé à sa création en Flandre. Nous avons lancé cette idée suite aux élections législatives de 1991, marquées par une forte progression de l’extrême droite puisque 500.000 voix avaient été comptabilisées, ce qui lui avait valu le surnom de « Dimanche noir ». Ce qui avait été décidé ce soir-là, c’était de ne faire aucun accord politique avec l’extrême droite  : en aucun cas on ne pouvait utiliser leur force politique ou leur soutien pour construire des majorités dans les exécutifs, ni même procéder à des votes de lois ou de motions avec elle. agir par la culture #59 Les nouveaux habits de l’extrême droite automne 2019 23\



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