Agir Par la Culture n°59 sep/oct/nov 2019
Agir Par la Culture n°59 sep/oct/nov 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°59 de sep/oct/nov 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 3,0 Mo

  • Dans ce numéro : les nouveaux habits de l'extrême droite.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Il existe en réalité toute une galaxie d’extrême-droite dont les partis ne sont qu’un élément. Il y a ces mouvements citoyens mais aussi des réseaux d’intellectuels (Renaud Camus, théoricien du « grand remplacement », Henry de Lesquin, raciste ouvertement revendiqué…), des médias (comme Boulevard Voltaire en France ou Le Peuple en Belgique repris par Mischaël Modrikamen). Il y a aussi toute la « fachosphère » sur internet, un ensemble de pages, sites, forums où s’exprime des organisations, groupes ou individus d’ED comme Fdesouche, très actif sur Facebook ou du blog catholique intégriste, le Salon beige. Cette galaxie, traversée de tensions, influence les leaders d’extrême droite et agit en guise de lobby à l’égard de ces partis. Pour revenir aux réseaux sociaux numériques, quels types de contenus ont été diffusés par le VB lors de la dernière campagne ? Outre des articles de presse montrant l’étranger qui agresse un local, le VB diffuse des extraits d’entretiens avec ses leaders, des capsules d’intervention de ses élus au parlement. Mais aussi des vidéos des actions choc de Filip Dewinter qui brandit le Coran devant la Chambre et affirme que c’est la source de tous nos maux. Ou encore du « safari » qu’il avait organisé avec Geert Wilders il y a quelques années à Molenbeek. Et puis on a aussi tout un ensemble d’éléments qui relèvent du populisme, style politique dont l’extrême-droite fait un bel usage, avec cette volonté constante et sur toutes les thématiques d’opposer à un peuple – qui serait considéré comme étant homogène, national pour l’extrême droite, pour le VB ce sont les Flamands – des élites plurielles (les élites politiques, économiques, médiatiques, culturelles, universitaires, judiciaires, etc. bref « l’establishment »). Ces élites sont dénoncées comme corrompues et ne gouvernant que pour leurs propres intérêts tandis que le peuple est lui paré de toutes les vertus. On pointe du doigt ce que le peuple ne possède pas matériellement ou culturellement, mais aussi ce que le peuple possède et pourrait ne plus posséder à l’avenir à cause de « l’envahissement de la Flandre par les immigrés ». C’est que Dominique Reynié appelle le « populisme patrimonial ». Benjamin Biard, L’extrême droite en Europe occidentale (2004-2019), Courrier hebdomadaire n°2420-2421, CRISP, 2019 Le patrimoine matériel et culturel des locaux, ici, des Flamands, serait mis en danger par l’immigration. Une immigration qui serait préparée par les élites politiques qui ouvriraient les frontières à ces étrangers au détriment des locaux. Est-ce qu’on a une idée dans l’électorat ce qui fait mouche dans les arguments de l’ED et pourquoi ? Il s’agit de jouer sur l’incertitude, la peur du déclassement, de l’invasion et du déclin des électeurs et électrices les plus vulnérables. Et de désigner la cause de tous leurs maux comme étant l’immigré, le musulman, etc. C’est donc d’abord la peur qui est mobilisée et qui fait mouche avant la haine même si une portion minoritaire de l’électorat est certainement motivée par un racisme ou une xénophobie profonde. On peut aussi songer à la peur de l’insécurité largement mobilisée par l’ED, en pointant notamment les défaillances du système judiciaire, toujours coupable de ne pas assez punir. C’est une base commune qui ne doit pas masquer certaines spécificités suivant les pays ou les régions. Ainsi, en Flandre, l’ED s’est d’abord construite sur le nationalisme et l’indépendance de la Flandre avant d’être anti-immigration et prosécuritaire. Cette question nationaliste permet de récupérer une part significative de l’électorat. En Espagne, Vox doit son succès avant tout à son positionnement clairement unitariste vis-à-vis des demandes d’indépendance de la Catalogne et pas spécialement à ses positions sur la question migratoire. Comment endiguer la poussée de l’extrême droite ? Réduire l’impact de l’extrême droite, cela peut-être réduire leur importance électorale ou bien réduire leur influence. Par exemple, un parti comme le RN en France possède très peu de députées mais exerce une influence considérable sur la vie politique française. Il existe différents moyens pour limiter l’impact électoral ou l’influence politique de ces partis d’extrême droite. Des moyens juridiques mis en œuvre par les autorités judiciaires avec des demandes d’interdiction. Mais aussi tout un arsenal législatif sur le financement des partis (comme l’Article 15ter de la Loi de 1989 en Belgique) qui permet de suspendre le versement de cet argent public aux partis liberticides ou encore les dispositifs de loi contre le racisme telle que la Loi Moureaux. Il y a le cordon sanitaire médiatique présent au sud du pays – mais pas au nord. Et le cordon sanitaire politique. Et puis, il y a un ensemble d’actions de la société civile, par exemple Les Territoires de la mémoire qui peuvent organiser des voyages de mémoire à Auschwitz ou qui organise des conférences, monte des campagnes de sensi bilisation, publie des livres, organisent des expositions, diffusent des tracts visant à informer le public qui peuvent faire changer d’avis d’éventuels électeurs des partis d’ED. agir par la culture #59 Les nouveaux habits de l’extrême droite automne 2019 16\
Les habits neufs de la bête Certes, l’extrême droite actuelle n’est plus celle d’hier. Mais si les étiquettes valsent (alt right, populistes, nouvelle droite, droites extrêmes…) et qu’un vernis de modernité numérique recouvre les propos, les bases demeurent  : un discours anti-Lumières qui vise à saper ce qui reste de nos démocraties. Ico Maly est professeur à l’université de Tilbourg (Pays-Bas), spécialiste de la culture et des médias numérique. Il est l’auteur du remarqué « Nieuw rechts ». Son livre tente de retracer l’arbre généalogique intellectuel des droites et les reconfigurations en cours pour cerner ces « nouvelles droites » entre permanence et changement. Il s’attarde également sur les méthodes de communication numériques innovantes qu’elles développent et qui expliquent une partie de son succès. PAR OLIVIER STARQUIT Deux axes parcourent le livre Nieuw rechts 1 d’Ico Maly. D’une part, le fait que c’est un même courant de pensée anti-Lumières qui inspirent tout autant Donald Trump que la N-VA (et la plupart des nouvelles droites occidentales). Parmi les intellectuels qui le composent, citons le philosophe Edmund Burke, le philosophe JohannGottfried von Herder, l’historien Friedrich Meinecke, Oswald Spengler sans oublier Roger Scruton et Alain de Benoist. Ces penseurs anti-Lumières rêvent d’un monde de nations et de régions souveraines et homogènes sur le plan ethnoculturel. D’autre part, Maly montre comment ces nouvelles droites sont innovatrices en termes de méthodes pour toucher leurs publics potentiels. Elles recourent notamment à un « populisme algorithmique » – procédé par lequel des algorithmes sont utilisés pour construire un peuple. Trump a ainsi fait appel à la société Cambridge Analytica, dirigée par le milliardaire réactionnaire Robert Mercer qui, en recourant à des millions de données liées aux clics, a pu cibler des niches électorales, notamment en postant des dark posts 2 sur certains fils privés de membres de Facebook. Ainsi, « le populiste contemporain utilise les réseaux sociaux pour s’attaquer aux médias dominants et paradoxalement, cela lui permet d’obtenir de agir par la culture #59 Les nouveaux habits de l’extrême droite automne 2019 17\



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