Agir Par la Culture n°40 déc 14/jan-fév 2015
Agir Par la Culture n°40 déc 14/jan-fév 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°40 de déc 14/jan-fév 2015

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 5,5 Mo

  • Dans ce numéro : capitalisme... étendue des dégâts et pistes de sortie.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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n°40 - hiver 2014 - 20 chantier Commons JosaPHat : LE Bien Commun Comme PROCessus Cela fait deux ans environ qu’un petit groupe de 3-4 personnes a commencé à produire une réflexion sur le sens contemporain de la notion de bien commun, en prenant part et en organisant des rencontres sur divers sujets : l'eau, l'air, la ville mais aussi les logiciels libres, le sol, les formes de cohabitation. Par rapport aux défis que la ville de Bruxelles doit affronter aujourd’hui, le concept de droit à la ville et le processus de co-production de la ville — la ville en tant que bien commun où s'expérimentent de nouvelles formes de cohabitation, de gestion de l'environnement, d'expression politique — ont commencé à s’imposer à l’attention de ce groupe grandissant d’acteurs de l’urbain, de militants et de penseurs. Celui-ci s’est encore renforcé avec l’introduction du cas concret de la Zone d’intérêt régional (ZIR) Josaphat, comme espace qui donnait la possibilité de concrétiser les discussions et autres activités autour d'un espace appartenant à tous mais menacé par les enjeux spéculatifs liés à son positionnement. Par le Collectif Commons Josaphat La Zir Josaphat, d’une étendue de 24 hectares, est une friche qui appartient à la SAF (Société d’acquisition foncière) donc à la Région de Bruxelles- Capitale et à ses citoyens. De par sa position stratégique, elle a été l’objet de plusieurs propositions de projets et enquêtes, et présente un grand intérêt spéculatif au travers des processus de privatisation dominants. En attente depuis des années d'une mise en œuvre par schéma directeur et PPAS (Plan particulier d’affectation du sol), il y a fort à parier que le développement immobilier de ce foncier empruntera les sentiers battus : une conception en chambre (en cours actuellement), puis une vente au plus offrant, avec dans le meilleur des cas quelques concessions au voisinage, un taux de logements sociaux pour la bonne conscience, des taux minimaux d'emplois à l'hectare pour les activités économiques, le tout sans ambition autre que de répondre à ces besoins chiffrés de la Région. Ce quartier peut et doit être imaginé et développé sur base d’une ambition bien plus profonde du bien-être de la ville. C'est dans cette perspective que le collectif Commons Josaphat a commencé à articuler ses activités et ses rencontres. Afin de pouvoir donner un espace d'expression aux différentes formes d'activités liées au site — occupations temporaires, travail avec les habitants, projets du site pour le long terme, recherche et continuation de la réflexion sur le sujet de biens communs — différents groupes de travail se sont constitués et ont évolué, se regroupant ou disparaissant selon les intérêts et les forces à disposition. Même si l’on peut identifier un noyau de personnes qui suit les activités depuis le début, le collectif est donc très ouvert, multiforme, et fonctionne par rencontres fréquentes, ce qui demande pas mal de disponibilité et d'énergie. Aux rencontres plus opérationnelles, orientées par un objectif spécifique, s'ajoutent les Assemblées générales qui s'ouvrent au plus grand public et nouveaux participants potentiels, en expliquant ce que le collectif est en train de faire et en réfléchissant collectivement sur sa marche à suivre. La dernière évolution majeure de Commons Josaphat — celle qui absorbe actuellement une bonne partie des énergies — a été le lancement d'un appel à idées pour le futur du site le 24 avril 2014. Toujours en cours, l'appel est international, continu et universel, ouvert à tout un chacun comme exercice évolutif d’intelligence collective. L'objectif est de favoriser l'émergence de concepts, visions, stratégies, prototypes qui concrétisent le concept de bien commun dans le processus de production de la ville. La complexité et le niveau de développement des idées élaborées devraient nous mettre dans la position de proposer une approche alternative de mise en œuvre du site et de son projet, une approche Photo : Paula Bouffioux capable d'entrer en dialogue avec le schéma élaboré par la Région. Comme l'évolution de notre collectif est en train de le montrer, le « commun » des biens communs se construit avant tout par un processus continu de redéfinition de l'objet autant que de la communauté qui le constitue. Le « commun » ne sera donc pas seulement (loin s’en faut !) les méthodes et formes qui émergeront comme projet pour Josaphat, il se crée déjà aujourd'hui par la prolifération des actions, des rencontres, des discussions, des imaginaires qui de plus en plus grandissent, se complexifient, abordent des aspects différents dans la ville, et impliquent de plus en plus de « commoners » ou de communautés intéressées, à Bruxelles ou ailleurs. Construire et gérer les biens communs, c'est un mouvement et un processus politique qui outrepassent finalement toute notion de participation.commonsjosaphat.wordpress.com
chantier GRATUITé DU Bon USAGE, GRAND ComBat DU 21 e SIECle n°40 - hiver 2014 - 21 Faire de la politique du point de vue des intérêts des « gens de peu » (Pierre Sensot), ce n’est pas seulement donner d’autres réponses aux questions dominantes, c’est apprendre à inventer d’autres questionnements, c’est donc ouvrir le système. Il y a urgence à bousculer les différentes familles des gauches et de l’écologie pour les contraindre à faire de la politique autrement. Par Paul Ariès* La gauche est convaincue depuis un siècle qu’il faut d’abord faire croître le gâteau (PIB) avant de le partager. Ce principe est illusoire et…fautif. La croissance est toujours génératrice d’inégalités sociales. Elle casse les cultures populaires et toutes les formes protosocialistes d’existence. Le grand combat c’est de (re)développer les biens communs, de redevenir des partageux. Les gauches antiproductivistes proposent pour cela de mettre la question de la gratuité (donc celle des communs) au cœur de nos réflexions mais aussi de nos combats. La gratuité c’est déjà bon socialement puisque c’est une réponse concrète à l’urgence sociale, c’est une réponse au mouvement de « démoyennisation de la société » et c’est une façon de réapprendre à définir les besoins sociaux à partir de la valeur d’usage. On nous dira que la gratuité n’existe pas, que tout à un coût…certes mais raison de plus de faire le bon choix, raison de plus de rendre la parole à ceux qui en sont privés. Nous proposons d’avancer vers la gratuité du bon usage face au renchérissement voire à l’interdiction du mésusage, sans qu’il y ait de définition scientifique ou moraliste. Le bon usage est ce que les citoyens décident : pourquoi payer son eau le même prix pour faire son ménage et remplir sa piscine privée ? Ce qui vaut pour l’eau vaut pour les autres besoins sociaux. Les collectivités qui interrogent la population vont dans le bon sens : voulez-vous la gratuité du stationnement pour les voitures ou celle de l’eau ? Elles découvrent une autre façon de faire de la politique qui permet de lier les contraintes écologiques avec le souci de justice sociale et le besoin de reconnaissance. Le colloque co-organisé par Le Sarkophage et la communauté d’agglomération les Lacs de l’Essonne en 2010 montre que beaucoup de choses existent déjà, ici et maintenant. On commence par la gratuité de l’eau vitale, ailleurs, par celle des transports en commun ou de la restauration scolaire, ailleurs encore par celle des services funéraires, etc. Tous ces petits bouts de gratuité ne font pas une révolution…mais montrent qu’il est possible de vivre autrement. La gratuité c’est également bon politiquement, car c’est une façon de reprendre la main sur la droite et la fausse gauche, c’est rappeler qu’il existe deux conceptions de la gratuité : d’une part une gratuité d’accompagnement du système (la gratuité pour les pauvres) mais cette gratuité-là ne va jamais sans condescendance (est-ce que vousêtes un pauvre méritant ?) ni sans flicage (est-ce que vous êtes un vrai demandeur d’emploi), et, d’autre part, une gratuité d’émancipation, celle des communs. Ce qui est beau avec l’école publique c’est qu’on ne demande pas à l’enfant s’il est gosse de riche ou de pauvre, mais qu’il est admis en tant qu’enfant. Pourquoi ce qui est vrai pour l’école ne devrait-il pas l’être pour le logement, l’alimentation, la santé ? La gratuité, c’est également bon écologiquement parce qu’elle nous oblige à faire des choix, parce qu’elle pose la question des limites et du partage, parce que face au capitalisme qui insécurise et gouverne par la peur, elle sécurise économiquement. Elle permet donc de développer d’autres facettes de nos personnalités (ne pas être seulement un forçat du travail et de la consommation mais mille autres choses…). La gratuité, c’est enfin bon anthropologiquement car elle interfère avec la question du don. La gauche a trop longtemps oublié que le capitalisme c’est trois choses. C’est d’abord un système de production des richesses qui repose sur l’exploitation. Cela les gauches et les milieux écologistes savent encore (assez) bien le dénoncer. Le capitalisme, c’est aussi l’imposition de modes de vie et de produits qui lui sont spécifiques. Cela les gauches, et même l’écologie, ne savent plus trop le dénoncer. Mais le capitalisme, c’est aussi une réponse à nos angoisses existentielles (peur de mourir, sentiment de finitude). Cette réponse capitaliste c’est le « toujours plus » (de richesses économiques ou de pouvoir. C’est à ce titre que le capitalisme nous donne à jouir. Nous ne pourrons passer de cette « jouissance d’emprise » à une « jouissance d’être » que si les gauches inventent leurs propres dissolvants d’angoisse existentielle… que si elles se remettent du côté de la fabrique de l’humain (moins de biens, plus de liens), que si elles renouent avec le syndicalisme à bases multiples, avec l’éco-communisme municipal, que si elles favorisent les pépinières d’alternatives (coopératives, etc). Ce combat pour la gratuité a besoin d’une traduction politique forte avec l’exigence d’un revenu garanti couplé à un revenu maximal autorisé, revenu garanti qui peut être donné principalement sous une forme démonétarisée c'est-à-dire en droits d’usage. Ce combat pour la gratuité croise celui pour la recherche de nouveaux « gros mots » pour dire le besoin d’émancipation : le « buen vivir », la vie pleine, les jours heureux, etc. * Rédacteur en chef du mensuel Les Zindigné(e)s et Directeur de l’Observatoire international de la gratuité (vivelagratuite.canalblog.com)



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