Agir Par la Culture n°39 sep/oct/nov 2014
Agir Par la Culture n°39 sep/oct/nov 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°39 de sep/oct/nov 2014

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 7,2 Mo

  • Dans ce numéro : chantier... menaces sur le temps libre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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souscription n°39 - automne 2014 - 6 point de vue des situations moyennes de vie, qui correspondent en gros à la sienne. Si on se lève le matin avec du café à mettre dans la cruche et du mazout dans la voiture, il n’y a pas de problème à dire au gamin de prendre l’argent nécessaire pour renouveler son abonnement de transport scolaire aujourd’hui. Si, en revanche, on se lève sans savoir comment on va payer l’abonnement du gosse, cela veut dire que la journée commence avec le souci de devoir trouver un nouveau subterfuge. D’autant plus qu’il faut aussi aller acheter une nouvelle clé USB pour la gamine parce que, sans une connexion internet, trop chère à payer, à la maison, elle doit tout le temps aller faire ses travaux scolaires chez un copain, avec sa clé, ou à la bibliothèque… dont il faut, d’ailleurs, aller chercher les nouveaux horaires d’ouverture ! Ce sont des choses que l’on ne voit pas. Et dont ne parlent pas les parents et les enfants qui y sont contraints. Parce que c’est leur force, leur combat. Une famille qui vit dans le trop peu est, en permanence, occupée (et préoccupée) à devoir mettre en œuvre toutes sortes de trucs et ficelles, qui pompent l’énergie, pour pouvoir, tout simplement, essayer d’être « comme les autres ». Et quand on cherche à se présenter « comme les autres », on ne va pas raconter à quel point ça pèse de devoir toujours demander à d’autres, postposer, refuser, ne pas pouvoir… C’est bien l’énergie folle et le temps incompressible que demande cette survie au quotidien qu’il faut pouvoir faire comprendre à ceux qui disent : « Tu vois, ils ne viennent même pas au théâtre, alors qu’on leur paie leur place »./ortrait Ce n’est pas la méthode, alors, qu’il faudrait revoir au plan politique, plus que les moyens financiers ? La question essentielle, c’est bien celle de l’adaptation de la méthode aux problèmes. Ainsi, on ne « tombe » pas pauvre, de la même manière qu’on ne « tombe » pas enceinte, en fait. Il y a des facteurs, structurels et conjoncturels, collectifs et individuels, qui appauvrissent. De même, il y a des conditions, autres qu’individuelles, à mettre en œuvre, pour permettre aux populations d’avoir davantage de latitude ou d’horizon devant eux, d’avoir un peu plus de « lest », aussi bien financier que mental et social. On ne peut pas arriver à se sentir mieux, si il n’est pas possible de mettre un euro de côté à la fin du mois. Mais on ne peut pas progresser, non plus, si on n’a pas une heure de sérénité à disposition. C’est cela, la latitude : c’est tout ce qui constitue le différentiel qui permet d’évoluer, de se projeter, de prendre le temps d’échanger des idées avec un autre, de sentir que l’on pourra construire un avenir. L’enrichissement, c’est donc aussi le relationnel, le territoire que l’on habite et ceux que l’on fréquente, et c’est aussi le temps. C’est cela, lutter contre l’appauvrissement, plus que contre la pauvreté : c’est tenter de (re)gagner de l’égalité sur l’ensemble de ces enjeux-là. D’où la nécessité de politiques structurelles coordonnées : plutôt que chercher à remettre les gens sur les rails, il faut songer d’abord à tout ce qui les empêche de se rendre à la gare. Il faut imaginer, dans tous les domaines, des points d’appui qui permettent aux populations appauvries de construire le chemin qui serait utile pour elles et pour la collectivité. UN APPEL PRIS EN COMPTE Les membres du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté avaient lancé un appel en mai dernier aux négociateurs du futur gouvernement wallon afin que leur lutte contre les inégalités soient prises en compte. Et ils ont été entendus ! La déclaration de politique régionale pour les années 2014-2019 indique en effet que « le Gouvernement invitera le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté pour fixer un plan de travail pour les plus précarisés qui sera évalué annuellement avec le Réseau ». La déclaration précise également qu’« une politique structurelle de lutte contre la pauvreté ne peut se limiter à une approche curative. Le Gouvernement mènera des politiques préventives afin d’éviter que les personnes ne tombent dans le cercle vicieux de la pauvreté et de l’exclusion. Il entend mener une politique intégrée d’action sociale préventive contribuant à l’émancipation, à l’autonomie et au bien être de chacun, avec une attention particulière pour la lutte contre la pauvreté infantile et la pauvreté des aînés ». Le réseau avait revendiqué que cette politique structurelle, et donc transversale, soit reprise comme compétence du Ministre Président de la Région Wallonne. C’est chose faite : Paul Magnette endosse cette compétence et a désigné une collaboratrice dans son cabinet dont la mise en œuvre de cette nouvelle politique sera la tâche exclusive. (PV) Retrouvez cette interview en version intégrale sur : www.agirparlaculture.be LE COFFRET : Jacques ZWICK, le dialogue et l’action + Sonates d’automne (4 tomes) On l’appelait « Monsieur les Présidents ». Homme de petite taille, haut en couleurs, excellent orateur, alliant l’humour à la précision, d’un abord modeste et jovial, fidèle à ses convictions et exigeant en matière de justice sociale, Jacques Zwick reste, pour toutes celles et ceux qui l’ont connu, une personnalité marquante de notre démocratie culturelle. Sa vie était toute engagée dans les mouvements de notre histoire sociale, politique et culturelle. Homme de dialogue et d’action, il a été pour beaucoup un ami, un conseiller, un (re)père essentiel. De 1994 à 2004, il tient un journal, ce sont ses « Sonates d’automne », qui offre un regard singulier sur l’histoire culturelle de notre temps. Je soussigné(e). Rue Code postal Localité. souscrit à l’achat de … ex du coffret (Biographie + Sonates d’automne 1,2,3,4) au prix préférentiel de 60 l’unité au lieu de 75 (prix public - franco de port) Date limite De la souscription : le 15 novembre 2014 J’effectue le paiement au compte n°BE06 8774 6013 0122 des Editions du Cerisier. r Je désire une facture, voici mon N°de TVA Date Signature (Coffrets numérotés de 1 à 200) A renvoyer avant le 15 novembre 2014 aux eDItIonS DU CerISIer, 20 rue du Cerisier B-7033 Cuesmes Tél./Fax 32 65 31 34 44
. propos intempestifs REMISE DE PEINE CULTURELLE Par delà les grands débats politiques, aussi essentiels soient-ils, entre régulation du capitalisme, partage du travail, défense de la sécurité sociale, déséquilibre des écosystèmes, il y a parfois dans l’immédiateté pragmatique des idées lumineuses. Des propositions rares, originales, des mesures qui renversent la perspective des grandes controverses théoriques. Et qui sont réalisables sans délai. En voici une que j’ai trouvée particulièrement attractive. Chacun a son avis, plus ou moins développé et éclairé, sur les méthodes pour lutter contre la délinquance et la criminalité. Chacun place son curseur mental entre les pôles de la prévention et celui de la répression. Chacun élabore, instinctivement ou intellectuellement, son point de vue sur les vertus ou les vices de la prison, de l’amende, des peines alternatives ou des travaux d’intérêt général. Le droit pénal participe de l’imaginaire collectif en ceci que l’infraction, et plus encore le crime, pose un diagnostic précis sur l’état d’une civilisation. Le meurtre, de la Bible à Michel Foucault, se veut un indicateur signifiant de la cohésion sociale par la nature des normes qui le bannit ou qui le tolère. La question de la peine de mort est à cet égard exemplaire. Venons-en, dans ce cadre, à la mesure que l’on pourrait qualifier de « rédemption par la lecture ». Depuis 2009, au Brésil, les prisonniers bénéficient de remises de peine contre des résumés de livres. Suite à un documentaire sur Arte, la romancière Anne Bragance, enthousiasmée par les résultats prometteurs de cette expérience carcérale l’a proposée à la ministre française de la Justice qui, en juin dernier, l’inclut dans son projet de loi de réforme pénale. En clair, les détenus qui participent à des activités culturelles, notamment la lecture, pourront prétendre à des réductions supplémentaires de peine. Quelle que soit la légitimité du regard critique que l’on porte sur l’échec de la politique pénitentiaire, il y a, ici et maintenant, une expérience qui brise la logique de la rédemption par la seule privation de liberté. La mise en œuvre brésilienne du principe de « salut par la culture » donne des résultats encourageants : « nette amélioration de l’atmosphère, recul des violences, nuits paisibles et prise de conscience de leurs crimes chez les détenus qui ont accepté de participer à l’expérience » écrit Anne Bragance. Le prisonnier reçoit un livre à lire en début de mois. S’il en fournit un résumé, il bénéficie de quatre jours de remise de peine. Pour les longues peines (30 ans), ce système pourrait réduire la durée d’incarcération de plusieurs années. On pourrait imaginer étendre cette méthode, selon des modalités à préciser, à bien des activités culturelles comme la musique, le théâtre, lai i peinture ou la danse. Y aura-t-il, dans notre pays, un gouvernant qui aura une telle audace ? Ou un juge d’application des peines ? Derrière les barreaux, lire c’est un peu moins mal vivre. Le livre comme une forme d’évasion. C’est le cas, par exemple, à Fleury-Mérogis où beaucoup de détenus sont inscrits à la bibliothèque de la prison : il y a des cercles de lectures, une revue « Liralombre », des rencontres avec des écrivains, des ateliers de théâtre et des livres collectifs coécrits par les détenus, comme le raconte Jérôme Garcin. À Clairvaux, un autre centre pénitenciaire français, les prisonniers écrivent des textes qui sont mis en musique par des compositeurs et édités en CD. Le saut suivant, comme l’a réalisé la courageuse Christiane Taubira, passe par les effets de l’épanouissement culturel sur la durée même de la peine. Cette démarche remarquable s’inscrit dans la perspective du chemin socratique, de celui de Spinoza ou de la perfectibilité de Jean-Jacques Rousseau. Elle tient en peu de mots. Se cultiver rend meilleur. S’exprimer conduit à une forme de félicité. La joie par la connaissance. Le bonheur par la culture. Après les ivresses du ballon rond, le Brésil nous offre une leçon de philosophie pratique dans un domaine qui avive les passions et les arrièrepensées politiques. Engageons-nous sur la route de la liberté, dans tous les sens du terme, par les voies de l’érudition, des arts et de l’éducation populaire. Jean Cornil « Derrière lES barrEAUX, lire c’EST UN peu mOINS mal vivre. »



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