Agir Par la Culture n°39 sep/oct/nov 2014
Agir Par la Culture n°39 sep/oct/nov 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°39 de sep/oct/nov 2014

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 7,2 Mo

  • Dans ce numéro : chantier... menaces sur le temps libre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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n°39 - automne 2014 - 16 par un détricotage du seul revenu qui soit garanti aux pensionnés, à savoir la pension légale par répartition. S’il est évident que les « salariés » sont perdants avec le 2 e pilier de pension, il n’en est pas de même pour les employeurs qui bénéficient quant à eux de substantiels cadeaux fiscaux et parafiscaux sur les versements qu’ils font aux fonds de pension ou aux assurances-groupes alors qu’ils auraient dû payer des cotisations sociales sur les augmentations de salaire. Comme marché de dupe, on ne fait pas mieux ! Le 3 e pilier de pension sont les pensions complémentaires extra-légales constituées par des particuliers via des épargnes individuelles placées dans des produits financiers tels que les épargnes pensions et les assurances-vie. Ce 3 e pilier de pension n’est donc rien de plus que des épargnes privées à long terme. Cette épargne privée en vue de s’assurer une meilleure retraite n’est possible que pour ceux qui peuvent se le permettre et non pour ceux qui en ont le plus besoin. Et, cerise sur le gâteau, ceux qui ont les moyens de se payer cette épargne privée peuvent en déduire fiscalement les intérêts — aux frais de la collectivité — pour un montant maximum de 950 € en 2014 ! Le coût total de ces déductions fiscales est actuellement de 700 millions d’euros par an ! LA « RÉPARTITION » PLUTÔT QUE LA « CAPITALISATION », UN CHOIX POLITIQUE Pour le CEPAG 1, seuls la pension légale et le système de la répartition doivent être pris en compte dans le débat sur les pensions. Le 2 e pilier de pension ne devrait pas être autre chose qu’un appoint limité à la pension légale. Quant au 3 e pilier de pension, on ne peut même pas le considérer comme un pilier en tant que tel puisqu’il n’est rien d’autre qu’une épargne privée. Nous faisons le choix politique de la pension légale et nous avons comme priorité son renforcement car elle est au plus bas à l’heure actuelle. En effet, pour le régime de pension des travailleurs salariés du secteur privé, la pension moyenne mensuelle et individuelle n’est aujourd’hui que de 823 € pour les hommes et 688 € pour chantier les femmes. Joindre les deux bouts avec si peu relève de la mission impossible. Un pensionné sur trois vit actuellement sous le seuil de pauvreté (1000 € par mois pour un isolé) ! Le « taux de remplacement » (Pension moyenne/Salaire moyen) n’était que de 34,6% en 2012 pour la Belgique. Il s’agit de pratiquement un tiers de pouvoir d’achat en moins pour un pensionné « moyen » par rapport à un salarié « moyen ». Un nombre toujours croissant de pensionnés franchissent la porte des CPAS pour demander de pouvoir bénéficier d’aides sociales. Sur base des chiffres de l’OCDE, les pensions légales belges sont parmi les plus basses d’Europe. Pourquoi sont-elles si basses ? Deux raisons l’expliquent. La première raison tient au fait qu’il faut travailler 45 années en Belgique pour pouvoir se constituer une pension complète. Si on travaille moins de 45 années, on est sanctionné puisque la pension est diminuée en proportion. Un « salarié » qui travaille 40 ans verra sa pension légale calculée sur une base de 40/45 ème ! À titre de comparaison, il faut 43 annuités pour obtenir une pension complète en France, 42 en Italie et 40 au Luxembourg, en Espagne et au Danemark. La Belgique impose donc déjà les conditions les plus strictes d’Europe pour la constitution d’une pension complète. D’où l’absurdité de vouloir encore allonger la durée des carrières professionnelles en Belgique. D’autant plus que, d’une part, travailler plus longtemps augmente la fréquence et le taux de gravité des accidents de travail. Pour les travailleurs de plus de 50 ans, cette fréquence et le taux de gravité sont quasiment deux fois plus élevés que pour les travailleurs plus jeunes. En outre, allonger la durée des carrières professionnelles a également un effet direct sur l’augmentation du nombre d’invalides âgés. Et que d’autre part, vivre plus longtemps ne signifie pas vivre plus longtemps en bonne santé. En Belgique, l’espérance de vie en bonne santé est en moyenne de 63,9 ans, avec des différences considérables en fonction du statut social des « salariés ». Un travailleur moins bien scolarisé et formé vivra 18 ans de moins en bonne santé qu’un homme plus « spécialisé » grâce à ses études et aux formations qu’il a suivies. Pour les femmes, cet écart atteint 25 ans ! La deuxième raison tient du fait que les pensions légales n’ont plus été liées automatiquement à l’évolution des salaires depuis les années 1980 à cause, déjà, d’une politique d’austérité. Du fait de la rupture de ce lien entre les augmentations des salaires et les augmentations des pensions légales (ainsi que des autres allocations sociales d’ailleurs), les pensionnés ont perdu près de 30% de pouvoir d’achat par rapport aux « salariés » ! Et ce n’est pas la maigrelette enveloppe « bien-être » issue de la loi sur le Pacte de solidarité entre les générations de 2005 qui a inversé cette tendance ! Augmenter la pension légale par répartition plutôt que de remplir la poche des actionnaires en alimentant les pensions complémentaires par capitalisation est le choix politique et de société que nous faisons au CEPAG. Nos revendications en la matière sont les suivantes : > La première revendication concerne la façon de calculer une pension légale. Nous revendiquons un niveau de la pension de retraite par répartition qui doit atteindre — pour tous les pensionnés actuels et futurs (isolés et ménages) — 75% de la moyenne des 5 années les mieux rémunérées de la carrière professionnelle. Et, pour les pensions des fonctionnaires, il faut en revenir dans le calcul de la pension aux 5 dernières années de la carrière professionnelle (et non plus aux 10 dernières années qui viennent d’être appliquées avec la réforme des pensions). > Une pension minimum pour tous les pensionnés (actuels et futurs) qui égale au moins, pour une carrière complète, le montant du salaire minimum interprofessionnel garanti, soit 1.559,28 € brut/mois pour un travailleur de 22 ans + 12 mois d’ancienneté. 1 Le Centre d’Education Populaire André Genot est un mouvement d’éducation permanente qui s’inscrit dans une démarche complémentaire avec la FGTB et ses différentes structures
> La mise en place d’une réelle liaison automatique, annuelle et structurelle des pensions et des plafonds de calcul (ainsi que de l’ensemble des allocations sociales) à l’évolution des salaires. > Le mécanisme de rattrapage actuel de l’enveloppe « bien-être » bisannuelle issu du Pacte de solidarité entre les générations de 2005 doit se poursuivre avec une réattribution de 100% du budget de l’enveloppe comme prévu par la Loi de 2005. > L’utilisation du montant intégral des recettes de la cotisation de solidarité prélevée sur les pensions les plus élevées à l’augmentation des pensions les plus petites et les plus anciennes. > ne plus remettre en question les périodes assimilées, annuler les dispositions de la réforme des pensions qui a porté atteinte à certaines d’entre elles (3 e période de chômage, prépension avant 59 ans, certaines formes de crédit-temps) et rétablir la possibilité de prendre sa pension anticipée à 60 ans moyennant 35 années de carrière professionnelle pour les hommes et 28 années pour les femmes. Au lieu d’imposer une politique d’austérité au nom d’un objectif d’équilibre budgétaire, ne serait-il pas plus intelligent de relancer l’économie en augmentant le pouvoir d’achat de 1,8 million de pensionnés, sachant que toute augmentation des pensions légales les plus petites sera intégralement réinjectée dans l’économie réelle ? LES ALTERNATIVES À L’ALLONGEMENT DES CARRIÈRES Il faut tordre le cou à l’idée selon laquelle le vieillissement de la population rendra impossible dans un futur plus ou moins proche le paiement des pensions légales sans un allongement de la durée de la carrière professionnelle. En fait, le caractère finançable de la sécurité sociale et des pensions légales dépend surtout d’une série de décisions politiques : 3..'..-, i' :.4.IWIlIVAWEitlQ-InWk -) 1 chantier « La BelgIQUE imPOSE déjà lES CONDITIONS lES plUS strICTES d’EurOPE pour la constitution d’UNE pension complèTE. » > Création d’emplois de qualité. Mais comment en créer ? Ne serait-il pas temps de défendre un vrai projet de société qui est celui d’une réduction collective du temps de travail, sans perte de salaire et avec embauche compensatoire ? Pourquoi ne pas redéfinir la norme du temps plein à 32 heures par semaine avec une semaine de 4 jours de travail ? C’est ce projet de société qui est à même de répondre à une série de défis actuels : créer des emplois, améliorer les conditions de travail et la qualité de vie des travailleurs, notamment par une diminution du stress au travail, et enfin, améliorer l’articulation entre vie professionnelle et vie privée. C’est par ce choix de société que des solutions pourront être apportées non seulement au faible taux d’emploi des travailleurs âgés, mais aussi à celui des jeunes et des femmes. Face à l’absurdité de l’allongement de la durée de la carrière professionnelle, nous mettons en avant la réduction collective du temps de travail. > Augmentation des salaires bruts des travailleurs sur lesquels sont prélevées les cotisations sociales. Nous nous opposons donc à toute politique de modération salariale ou d’augmentation du salaire « poche », c’est-à-dire net. > Instauration d’une cotisation sociale généralisée (CSG), qui, prélevée sur l’ensemble des revenus, mettrait particulièrement à contribution les revenus du capital, lesquels ne participent pas actuellement au financement de la sécurité sociale (les revenus mobiliers et immobiliers, les revenus des sociétés, les plus-values boursières…). > Lutte plus efficace contre la fraude fiscale qui est estimée à pas moins de 30 milliards d’euros par an ! En conclusion, financer un renforcement des pensions légales par répartition malgré le vieillissement de la population et sans l’allongement de la durée des carrières professionnelles est tout à fait possible si on fait le choix politique d’une meilleure répartition des richesses produites, laquelle est le meilleur antidote contre toutes les politiques d’austérité actuelles socialement injustes et inacceptables. n°39 - automne 2014 - 17



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