Agir Par la Culture n°38 jun/jui/aoû 2014
Agir Par la Culture n°38 jun/jui/aoû 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°38 de jun/jui/aoû 2014

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 14,7 Mo

  • Dans ce numéro : le livre en mutation... face au numérique et la marchandisation.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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amuseurs publics, qui vont dire des conneries à la télévision pour toucher le plus large public possible. Est-ce que choisir de tourner dans des films dits « sociaux » c’est aussi une forme d’engagement politique de votre part ? Oui, c’est exact. Il faut que je sois attiré émotionnellement par un rôle pour bien défendre des personnages. Ce sont ces histoires-là qui me touchent, qui me retournent et me bouleversent. Probablement parce que j’essaie de rester en phase avec la société, avec les gens. C’est aussi une des raisons pour lesquelles j’essaie d’être le moins possible au devant des médias : à partir du moment où l’on est trop connu, on n’a plus de vie privée. On ne peut plus sortir de chez soi. Or, je pense que pour parler du monde et des gens, il faut vivre dans le monde et faire des choses avec les gens, voir ce qu’ils font et ce qu’ils sont. Je vis normalement avec les gens et les histoires que je reçois ont un écho en moi parce je connais cette réalité. Il faut toujours rester vivant avec les autres. Si vous étiez Premier ministre, quelle serait la première décision que vous prendriez ? Ce serait de miser davantage sur l’enseignement. Y mettre les moyens financiers, augmenter le nombre d’enseignants pour avoir des classes plus petites afin d’accompagner ceux qui ont le plus de difficultés. C’est eux l’avenir. C’est une décision urgente à prendre. Qu’est-ce que vous craignez le plus pour ces jeunes ? C’est qu’ils ne soient pas suffisamment accompagnés pour découvrir ce qui les fait rêver, ce qui pourrait les passionner, les épanouir. Quand je vois les jeunes autour de moi, c’est vraiment ce manque de passion, d’envie, de curiosité, de plaisir. Il faut prendre chaque enfant et l’accompagner. Il faut certes les règles et techniques de base, les calculs, l’écriture mais il faudrait surtout découvrir ce qu’il a en lui, ce qui va lui permettre de s’épanouir bref : quelle est sa singularité ? C’est cela qu’il faut faire ressortir dans les écoles. On a essayé avec le rénové en disant qu’on pourrait choisir plus tôt mais en réalité je ne pense pas qu’il faille choisir dès 13-14 ans. Je pense au contraire qu’il faut leur donner une large gamme, les rendre curieux de plein de choses et ne pas les cantonner dans une spécialité. Ce n’est pas en enfermant dans la singularité qu’on trouve la singularité, c’est en l’ouvrant vers les autres, vers la différence, vers ce que l’on ne connaît pas que tout à coup, on va pouvoir vous révéler. ortrait En permettant des ponts et des transferts entre les univers différents ? Oui, mais c’est aussi de rendre le jeune curieux. Sur ce plan-là, on ne les stimule pas, parce que déjà les parents sont de générations qui ont été formatées, tuées par la télévision. C’est terrible le mal que la télévision a fait depuis 30 ans sur les gens. Elle a enfermé les gens chez eux à ne regarder que des conneries. Et chez vous, comment cette curiosité s’est-elle déclarée ? J’ai toujours été curieux des gens. Cela continue à être mon plus grand plaisir : les gens plus que les auteurs. C’est pour cela que j’ai arrêté le théâtre. Le cinéma m’a permis de rencontrer des gens, les films d’auteur m’ont permis d’interpréter des situations sociales. J’ai tourné avec des acteurs amateurs qui étaient vraiment les personnages, dans des milieux différents du mien. C’est cela qui m’a excité. C’était de quitter les quatre murs du théâtre et de « Pour parler du monde et des gens, il faut vivre dans le monde et faire des choses avec les gens, voir ce qu’ils font et ce qu’ils sont. » rentrer dans la vie, dans des vrais décors avec des vrais gens dans de vraies situations et de voyager, de découvrir d’autres façons, d’autres humeurs, d’autres régions. Le conservatoire nous a beaucoup obligé à partir et à aller voir les gens, les regarder, leur parler, les interroger. Quand on devait interpréter un rôle, on devait trouver dans la vraie vie quelqu’un qui aurait pu être ce personnage. Il fallait faire tout un travail d’information. Comme dans le journalisme, l’acteur qui raconte un personnage, doit s’informer avant. C’est une démarche. Quel regard portez-vous sur le cinéma belge aujourd’hui ? Le cinéma belge est reconnu internationalement et à travers plein de festivals. Ce qui fait la richesse de la Belgique selon moi, c’est que nous sommes une jeune nation née en 1830, on a coupé notre cordon ombilical qu’était la culture française et on s’est retrouvé dans un pays fait de bric et de broc sans culture, passé, ni patrimoine. Il a donc fallu tout reconstruire et je pense qu’on a laissé tout faire car tout était possible, c’est ce qui a permis cette richesse. En France, on a un lourd héritage. L’héritage et le patrimoine c’est/r n°38 - été 2014 - 6 bien mais c’est parfois difficile de se dire du jour au lendemain que l’on doit s’en débarrasser pour aller vers quelque chose de plus frais et vivant. Attention, l’héritage, c’est magnifique aussi. La culture c’est aussi apprendre à donner, à partager ce que l’on a appris, le transmettre aux autres. Il y a la culture artistique mais aussi la culture du travail. La menuiserie, c’est aussi la culture, de l’apprendre à un jeune c’est formidable. Si ce n’est qu’à un moment donné il faut le laisser vivre, le laisser faire et parfois c’est plus compliqué. En Belgique donc, tout a été permis. Dès lors une nouvelle culture, quelque chose de neuf, un regard différent et surtout une singularité sont nés. Parce qu’on ne devait ressembler à rien. Chacun a existé dans sa singularité. C’est ce qui fait la richesse du cinéma belge aujourd’hui. Qu’il soit flamand ou wallon, c’est le même type de cinéma : un cinéma singulier. On cherche à réaliser le film que personne d’autre n’aurait fait de cette façon-là. Cela n’appartient qu’aux Frères Dardenne, qu’à Bouli Lanners, qu’à Benoit Mariage… Est-ce que vous avez un réalisateur ou une réalisatrice avec qui vous auriez souhaité travailler ? Oui, des réalisateurs dans le cinéma social anglais comme Mike Leigh ou Ken Loach. Qu’est-ce que vous aimez lire ? Je suis un gros lecteur de polars par moment mais je peux aussi rester trois mois sans ouvrir un bouquin. Je lis beaucoup dans les trains parce que c’est facile à lire ou sur les tournages parce que cela ne vous prend pas la tête. C’est plutôt pas mal écrit, c’est prenant et cela vous emmène ailleurs. Mes goûts et mes humeurs changent tellement. Il y a des gens que je garde en référence comme John Irving dont j’apprécie énormément l’humour. Mais si je ne devais citer qu’un seul roman ce serait « Le Seigneur des porcheries » d’un jeune auteur américain décédé Tristan Egolf. Je me suis toujours dit que si je réalisais un film, ce serait une adaptation cinématographique de ce livre. Cela vous tenterait la réalisation ? Ce n’est pas vital. Il faut que les choses soient vitales au cinéma ou dans le plaisir. Or je ne suis pas sûr d’avoir du plaisir à réaliser. Ce serait plus une douleur, c’est un métier de fou, prendre une équipe, raconter une histoire et mettre tout le monde au diapason, ce n’est pas évident. Si un jour je devais aller vers la réalisation, j’irais plus facilement vers le documentaire. Justement aller voir les gens, les questionner, leur parler et découvrir quelque chose avec eux. Retrouvez cette interview en version intégrale sur : www.agirparlaculture.be\`//
n°38 - été 2014 - 7 ‘ propos intempestifs LA VERTU DU RÉTROVISEUR Pour mieux déchiffrer et anticiper notre futur, le pari est d’opérer un retour vers le passé. Et d’y puiser les grands modèles qui à chaque époque ont façonné notre manière de penser et de vivre. L’expérience est audacieuse mais me semble essentielle même si dans le cadre de ces propos, elle est réduite à l’essentiel au risque de la simplification extrême, voire de la caricature. Chacun connait les maux qui ensablent notre présent. Jeunisme, urgence, immédiateté, triomphe des technosciences, croyances en une rédemption de l’humanité par la production et la croissance. Secousses financières, creusement des inégalités, dégradations des écosystèmes, crise de civilisations. Triomphe du management, du quantitatif, du coaching. Théories de l’économie qui envahissent tous les champs du savoir. Tout n’est plus, des corps à la vie de l’esprit, de l’école à l’entreprise, qu’évaluation, concurrence et compétitivité. Réification et marchandisation de toutes les dimensions de l’humain. Tyrannie de la réalité au nom du principe de responsabilité, de gestion et d’efficacité. Toute alternative est une utopie trompeuse, un rêve sanglant voire une aliénation mentale. Religion du chiffre, juxtaposition des faits, refus des points de vue de survol. Théoriser c’est terroriser. On ne crache pas dans la soupe de la globalisation qui nous apportera, par le doux commerce, l’élixir de la félicité éternelle. Chaque panurge à sa place et les troupeaux du marché autorégulé seront bien gardés. Éternel présent, sans les leçons de la mémoire ni les espérances de l’avenir. Et bien, je ne me reconnais aucunement ni dans ces valeurs ni dans « l’esprit de mon époque ». J’y vois une impérieuse nécessité : jeter un coup d’œil dans le rétroviseur pour tenter quelques perspectives pour notre futur. Que nous apprend ce regard rétrospectif ? Le monde, du moins notre Occident, a été structuré par de grands principes de sens depuis le basculement de la révolution néolithique. C’est bien là la faille de notre aurore du millénaire. L’absence d’un paradigme de discernement de nos temps mouvementés pour tracer une direction qui fasse conscience commune pour les hommes et conjurent les périls mortels qui guettent notre humanité. Cela parait un peu grandiloquent, voire prétentieux, quand chacun limite son horizon aux nouvelles du jour, aux courses du samedi et au mandataire à élire. « Aujourd’hui, quelles directions et quelles valeurs construire face à notre monde à la dérive, tout à la fois si scientiste et si croyant, si connecté et si débranché de la nature ? » L’assèchement des discours sur les récits qui font sens et l’anémie de la rhétorique politique nous plongent dans une dramaturgie de l’histoire où le spectacle et le divertissement en constituent les horizons indépassables. Bien des causes, complexes, expliquent cette perte de repères et l’absence de phares qui nous guideraient dans la nuit de « l’homo festivus » et du présentisme prétendu salvateur. Philippe Muray écrit : « je ne suis pas de mon époque ». Comment tenter de le redevenir ? Comment dépasser l’assignation à être producteur et consommateur comme ultime expectative existentielle. Rapide retour en arrière sur les grands principes de sens qui ont structuré notre pensée.



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