Agir Par la Culture n°38 jun/jui/aoû 2014
Agir Par la Culture n°38 jun/jui/aoû 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°38 de jun/jui/aoû 2014

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 14,7 Mo

  • Dans ce numéro : le livre en mutation... face au numérique et la marchandisation.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Auriez-vous pu ou pourriez-vous exercer un autre métier que celui d’acteur ? Si oui, lequel ? Je travaillerais probablement dans une entreprise de construction. Je suis très bricoleur, j’ai toujours eu besoin de travailler de mes mains. J’ai grandi dans une ferme et dès l’enfance, j’ai commencé à essayer de tout faire moi-même. La plupart de mes amis sont ouvriers dans la construction. Mon voisin est couvreur, mon meilleur ami est menuisier, mon grand-père était menuisier... Quand j’ai commencé le conservatoire, j’ai continué à travailler avec mon père à la ferme, c’était obligatoire. Puis, entre deux projets de théâtre, j’allais bricoler chez des amis qui ne savaient pas planter un clou. Aujourd’hui, dès que je ne tourne pas, je me lance dans des projets de construction. Par exemple acheter une maison où il faut tout retaper. J’ai toujours eu du plaisir à cela depuis longtemps. Qu’est-ce qui vous a nourri en tant qu’acteur ? De 0 à 20 ans, la seule culture que j’ai eue, c’est la culture du travail ! [Rires]. J’ai terminé les Humanités parce que j’avais des aptitudes et que mes parents m’y ont obligé. J’ai suivi latin-grec, j’ai abordé certains auteurs et certaines lectures à l’école. Mais j’étais forcé et cela me faisait chier à mort ! J’ai détesté l’école. Je ne m’y suis pas amusé, aucun prof ne m’a excité et ne m’a donné l’envie d’étudier. Bon, j’étais probablement récalcitrant, je n’avais sûrement pas suffisamment de maturité. Je lisais parce qu’il fallait lire mais je n’en retenais rien. Je faisais tout juste ce qu’il y avait à faire. Quand j’ai commencé à faire du théâtre à l’école, au collège, je n’avais aucun regard sur le théâtre, la culture ou le cinéma. Ce qui m’amusait, c’était simplement de faire l’idiot sur un plateau, de faire rire mes camarades et de me défouler physiquement. C’était tout ce qui m’importait. C’est le plaisir mon premier carburant. Je le conserve encore aujourd’hui. ortrait OLIVIER GOURMET : RESTER CURIEUX DES GENS Puis, vers 20 ans, je suis arrivé au Conservatoire à Liège, une école engagée. Il y avait bien sûr le plaisir de jouer mais aussi beaucoup de prises de position sur la société actuelle, un apprentissage des auteurs qui ont eu ce regard critique sur la société, et un questionnement sur la manière de sensibiliser les gens avec telle pièce sur tel ou tel sujet. Il y avait un vrai rapport vis-à-vis de la société, une vraie étude et analyse via la scène. Ce sont eux qui m’ont fait prendre conscience de cela. En est né tout le plaisir d’émotion, à la lecture des scénarios, d’être touché par tel personnage parce qu’il a un écho dans la vie d’aujourd’hui et d’être profondément ému par cela. Et je me suis rendu compte que plus j’étais ému plus cela me donnait une véritable raison de les incarner. Et au travers de cela, qu’on pouvait sensibiliser les gens, les faire réfléchir, afin qu’ils sortent d’un film ou d’une pièce de théâtre en se posant quelques questions. Ma chance, cela a été aussi de rencontrer les bonnes personnes et les bons enseignants, ceux qui vous révèlent à vous-même et à ce que vous aviez en vous. À ce que vous n’aviez pas été chercher vous-même par paresse, par manque de maturité ou de curiosité. Parce que je vivais à la ferme, on travaillait la terre, on soignait les bêtes. J’étais riche de plein de choses que je continue à faire aujourd’hui. Mes parents m’ont donné cette culture-là. Mais ils n’allaient pas au théâtre, au cinéma, ne regardaient pas la télé. Quand je suis arrivé à Liège, je me suis mis à aller tous les jours au cinéma, à louer des films et à discuter cinéma et théâtre avec les gens. Et au niveau du jeu d’acteur ? Par ma formation, j’ai compris l’importance du corps, d’être traversé par l’émotion avant de prendre la parole, par quelque chose qui résonne en vous. En Belgique, on met davantage l’accent sur la formation corporelle, sur l’importance du corps, dans le fait d’incarner un personnage. n°38 - été 2014 - 4 Dans son petit hôtel ardennais, nous découvrons Olivier Gourmet tel que nous l’imaginions. L’acteur fétiche des frère Dardenne est drôle, humble, aimant la singularité, la curiosité et la compagnie des gens. Amoureux autant de la culture artistique que de la culture du travail, des voyages que des Ardennes, il revient sur son plaisir de jouer, sur le cinéma et sur l’enseignement de la curiosité. Rencontre. Propos recueillis par Sabine Beaucamp et Aurélien Berthier Il y a eu aussi une vraie influence du cinéma américain, du jeu d’acteur américain de l’Actor’s Studio. Des gens comme De Niro dans Taxi Driver, ou Raging Bull, où ils vivent vraiment le personnage, où ils disparaissent eux-mêmes de leur image de star pour être le personnage. Ou le cinéma anglais. C’est tout de suite cela qui m’a influencé, qui m’a touché. Vous ne jouez pas totalement le jeu de la vedette de cinéma. Vous êtes assez discret dans les médias, pas spécialement un people, c’est possible de poursuivre une carrière sans suivre ce jeu-là ? C’est plutôt difficile mais c’est possible. Disons que j’ai toujours eu une bonne étoile, j’ai assis une certaine notoriété et -sans prétention- une certaine qualité de travail auprès des réalisateurs et producteurs, ce qui m’a permis de continuer. Cela veut dire que c’est possible autrement. On m’a proposé plusieurs fois des rôles sur des films plus « grand public ». En général, à la lecture, ce ne sont pas spécialement des films qui m’attirent. Pas que ce ne soit pas bien d’avoir des films de divertissement ou grand public, ce n’est pas un parti pris, ni un refus de principe. Simplement, quand je lis ces scénarios, cela me touche moins par rapport à d’autres où l’on a relaté de vrais problèmes d’aujourd’hui ou à des films historiques qui sont universels et qui ont encore une résonance aujourd’hui. Des films où évoluent des personnages concrets humainement, que l’on pourrait croiser dans la rue. Ce sont ces genslà qui me touchent, la vie au quotidien et non pas un héros de cinéma ni une histoire héroïque. Et d’autre part, comme je ne veux pas être au devant des médias, en tout cas l'être le moins possible, on m’a déjà écarté de projets plus grand public pour lesquels j’étais partant, en me disant que même si j’étais un très bon acteur, je n’étais pas assez vendeur pour les éditions du 20 heures… Ils cherchent plutôt des gens qui, au moment de la promotion, vont être des 1 I
Photo : Helene Fraigneux n°38 - été 2014 - 5 ortrait « Ce n’est pas en enfermant dans la singularité qu’on trouve la singularité, c’est en l’ouvrant vers les autres, vers la différence, vers ce que l’on ne connaît pas que, tout à coup, on va pouvoir vous révéler. »



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