Agir Par la Culture n°38 jun/jui/aoû 2014
Agir Par la Culture n°38 jun/jui/aoû 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°38 de jun/jui/aoû 2014

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 14,7 Mo

  • Dans ce numéro : le livre en mutation... face au numérique et la marchandisation.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Amicalement nord L’univers troublant de MICHAËL BORREMANS n°38 - été 2014 - 20 Michaël Borremans, né en 1963 à Grammont. Méconnu en Belgique, il embrasse pourtant une carrière internationale depuis la fin des années 90. Depuis février 2014, BOZAR, associé au Dallas Museum of Art, lui consacre une grande rétrospective : « As sweet as it gets », un panorama de sa production artistique multidisciplinaire de 1990 à nos jours. Des pièces issues de collections publiques et privées en Europe et aux États-Unis. Pas moins d’une cinquantaine de peintures, une quarantaine de dessins et cinq films permettent d’accéder à son univers mystérieux, absurde, hallucinatoire, sombre et violent, ainsi qu’à son langage pictural subversif. Par Sabine Beaucamp Actuellement l’artiste vie et travaille à Gand. Ses études le prédestinaient au métier de graveur. Pourtant, il en fut tout autrement. Arrivé tardivement à l’art, il a d’abord enseigné la photographie jusqu’au-delà de la trentaine. Dessinateur dans l’âme, il commence à se consacrer au dessin et à l’envisager comme une discipline à part entière à la fin des années 90. Ces dessins complexes s’inscrivent dans un riche héritage artistique, mais sont résolument ancrés dans le présent. Ils sont réalisés tant au crayon qu’à la gouache ou à l’encre de chine sur des cartons et bouts de papiers récupérés, des pages de vieux magazines ; les couches y sont superposées. Les sujets de ses dessins sont parfois frappés de silence ou aveuglés, ils sont souvent représentés telles de petites figurines face à une échelle architecturale variable, le plus souvent oppressive et imposante. Si bien que ces œuvres paraissent parfois assez cruelles, truffées de symboles, de sous-entendus et de références. Borremans n’hésite pas à réinterpréter des tableaux de Vélasquez, Goya ou Manet et fait aussi souvent référence à la littérature, à la photographie et au cinéma. Ces dernières années, et cela avec une facilité grandissante, il a fait de la peinture sa scène la plus imaginative. Ses travaux explorent des états psychologiques complexes qui mettent parfois le visiteur dans un drôle d’état : entre malaise, contemplation et vertige. L’atmosphère peut être pesante, intemporelle. Les personnages centraux semblent être impliqués dans un scénario troublant. Ils viennent en rappel, se frotter au surréalisme de René Magritte, Paul Delvaux ou encore Marcel Duchamp. Avec ses séries d’œuvres évocatrices, ses tableaux, films, dessins, photographies, il place le visiteur dans un cosmos à la fois familier mais qui devient très vite illogique et proprement absurde. Michaël Borremans aime l’instantanéité de la photographie, dans ses compositions, le référent photographique devient souvent le sujet dominant de leur interprétation. Le sens de ses photos peut être effrayant, elles vous remplissent d’un mélange de fascination et de dégoût, comme un accident de parcours, un cadavre. « La médiocrité et le manque de sens critique, craint Michaël Borremans, lamine la société en général et le monde de l’art en particulier ». Le temps œuvrant pour lui, Borremans s’est mué en cinéaste et a créé des images mouvantes d’une beauté toute picturale. La principale caractéristique qui relie encore plus sûrement ses films à sa peinture, c’est leur terrible silence, en relation avec l’immobilité de ses peintures. Toute une symbolique du mal-être, du malaise et de la difficulté de la communication, comme dans le théâtre surréaliste de Beckett, Jean Genet ou encore Eugène Ionesco. Les regards, absents ou fuyants, sont tournés vers l’intérieur. À l’instar de ses toiles, ses films ne contiennent aucune narration, le terrible mutisme qui s’en dégage accorde de l’importance à l’espace et la lumière. La mélancolie et la tristesse sont constamment présentes dans ses œuvres. Si bien que les sujets sont représentés dans des états de soumission, de manipulation, de victime, de complaisance forcée. L’univers insondable, énigmatique de Michaël Borremans ne peut laisser insensible. On en ressort pétri d’émotions de grandeur et de décadence ! Un artiste hors pair que vous pouvez découvrir jusqu’au 3 août au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. www.bozar.be The Devil's Dress, Zenox Gallery, Photo : Ron Amstutz Weight, Zenox Gallery, extrait vidéo
n°38 - été 2014 - 21 Musée LE CAPITALISME AU MUSéE Le 13 février dernier, plus de 400 personnes ont participé à l’inauguration du premier Musée du Capitalisme au monde au sein de la Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin à Namur. Celui-ci tente de répondre à la question « qu’est-ce que le capitalisme ? » et propose de réfléchir ensemble au fonctionnement de la société capitaliste dans laquelle nous vivons. Par Maud Eloin et Thomas Prédour, Membres du Musée du Capitalisme Après une phase de conception de plus d’un an et demi, le Musée a donc vu le jour là où, plusieurs journées et nuits durant, plusieurs paires de mains bénévoles et un peu folles se sont transmis marteaux, vis, panneaux imprimés, pinceaux et rouleaux de peinture pour enfin voir s’élever ce qui n’était resté jusqu’alors que quelques traits sur une feuille, quelques signes sur un écran d’ordinateur, quelques images dans nos têtes… L’idée de créer un Musée peut paraître étonnante. Un livre ou un film documentaire aurait pu être une manière plus aisée d’aborder ce sujet. Mais un Musée nous a semblé une bonne manière de permettre aux citoyens de se le réapproprier. En effet, si le terme « capitalisme » est aujourd’hui souvent utilisé, il reste peu expliqué. Beaucoup de citoyens méconnaissent les mécanismes du système auquel ils prennent pourtant part quotidiennement. Le vulgariser pour mieux en comprendre les enjeux nous a dès lors semblé utile et nécessaire. Nous sommes bien conscients des choix qu’il a été nécessaire de poser et nous ne sommes pas détenteurs d’une vérité mais plutôt d’une envie de susciter chez le visiteur la réflexion voire l’esprit critique sur le système actuel. Nous avons choisi d’appeler notre projet « Musée du Capitalisme » en référence au Musée du Communisme de Prague qu’avait visité un des membres de notre collectif. Il n’existait en effet pas à notre connaissance de musée consacré au capitalisme. Dans ce musée, il n’est pas question de collections d’objets anciens mais plutôt de la volonté de mettre en lumière tout un système au travers d’objets de tous les jours. Précisons que s’il s’agit pour le moment d’une exposition itinérante, nous souhaitons nous implanter à terme dans un lieu fixe. Se déployant sur plus de 200 m², la scénographie propose un parcours didactique depuis les « origines » du capitalisme jusqu’à ses alternatives en passant par les espoirs qu’il a portés ainsi que ses limites. Dans l’objectif de le rendre attractif visuellement, informatif, ludique et interactif, nous nous sommes aidés de différents outils : supports visuels sous forme de panneaux avec des textes, des illustrations ou des photos, vidéos, bornes audio (avec des témoignages, des lectures d’extraits de textes…), installations qui invitent le spectateur à participer à la construction de l’information, élaboration d’une machine pour le focus environnement, mises en situations, bornes interactives, quizz, bibliothèque avec des livres à consulter sur place… Le parcours se décline en quatre salles qui sont autant d’entrées thématiques. D’abord la salle « Origines » qui propose une définition du capitalisme et quelques apports théoriques. Elle est aussi l’occasion d’exposer, en quelques dates repères, l’histoire des grandes avancées des sociétés occidentales liées au capitalisme. Puis la salle « Espoirs » qui présente sous forme de différents « focus » les avancées qui ont été permises par des sociétés humaines fondées sur le capitalisme. En effet, le système capitaliste a notamment favorisé : la lutte contre les fléaux et les maladies (focus santé), la production et la distribution en grande quantité ainsi que l’accès d’une population en pleine croissance à la consommation (focus style de vie américain), la mise en place d’organisations efficaces et productives et d’alléger le labeur quotidien (focus travail – loisirs), d’aspirer et parfois de bénéficier d’une certaine ascension sociale (focus rêve américain), d’avoir accès à une alimentation variée et en quantité (focus alimentation), de mettre en place une morale plus universelle, des institutions et des échanges économiques internationaux (focus mondialisation). Ensuite, la salle « Limites » qui relativise les avancées du capitalisme et en développe les limites : la surconsommation, la finance, l’agro-alimentaire, l’environnement, la démocratie, les inégalités et le mal-être. Enfin, la Salle « Alternatives » détaille une série d’initiatives lancées en Belgique qui apportent des solutions aux problèmes intrinsèques du capitalisme. Le visiteur peut également y inscrire ses propres initiatives et idées. UN OUTIL D’ÉDUCATION POPULAIRE Le Musée est surtout pour nous un espace citoyen. Nous sommes des citoyens qui, en toute indépendance et en toute humilité, proposons un regard – forcément perfectible – sur le capitalisme. Et nous souhaitons que chacun se forge son propre regard, que le visiteur, au terme de sa visite, ait quelques réponses à ses questions, mais qu’il ait également de nouvelles questions à résoudre ! C’est pourquoi nous attachons beaucoup d’importance au dialogue avec les visiteurs. Nous avons donc souhaité proposer des visites guidées pour les groupes. Les demandes de visites proviennent principalement des écoles secondaires et supérieures. Certaines associations comme Oxfam, PAC, Vie Féminine, des CPAS, des syndicats, ONG, ASBL en environnement, ou encore les employés de l’Université de Namur ont également programmé des visites. Plus de 80 au total ! Les visites sont réalisées par des membres du collectif ou par des guides bénévoles extérieurs. C’est aussi une des richesses de cette aventure. Nous avons organisé une journée de formation et près de dix personnes d’âges fort variés sont venues pour nous épauler. Par ailleurs, suite inattendue du projet, nous sommes amenés à intervenir dans les écoles. Ainsi, nous avons animé deux journées sur l’économie pour toute une école secondaire de Bruxelles – 600 élèves ! Et nous avons élaboré une autre action qui, si elle est soutenue par les pouvoirs publics, permettra à quatre classes de deux écoles de créer leur point de vue sur le capitalisme, qui sera intégré dans le Musée bruxellois (nouveau focus, capsule vidéo,…).



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