Agir Par la Culture n°38 jun/jui/aoû 2014
Agir Par la Culture n°38 jun/jui/aoû 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°38 de jun/jui/aoû 2014

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 14,7 Mo

  • Dans ce numéro : le livre en mutation... face au numérique et la marchandisation.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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chantier ÉDITION MILITANTE : SUR LE FIL DU RASOIR Les éditions Amsterdam, basées à Paris, sont nées de la volonté de rattraper le retard français sur la publication de titres de sciences humaines parus notamment dans le monde anglo-saxon comme les gender, cultural, subaltern ou postcolonial studies et de donner de la place à la jeune recherche critique française et aux débats contemporains, avec un point de vue engagé sur ces questions. Clémence Garrot, éditrice chez Amsterdam, nous donne quelques éléments sur la situation de l’édition indépendante et critique. Propos recueillis par Aurélien Berthier Quel regard portez-vous sur le secteur de l’édition et singulièrement sur celui de l’édition militante, indépendante critique, aujourd’hui ? Il y a un vrai dynamisme de la théorie critique aujourd'hui. Il y a une vraie volonté de trouver des outils pour penser la situation présente, situation qui a de quoi alarmer. Les maisons d'édition indépendantes critiques font partie de ces boîtes à outils. On remarque aussi que certaines problématiques rencontrent de plus en plus d'intérêt, dont celle de l'écologie. Ça, c'est le côté positif. D'un autre côté, on voit que c'est bouché pour les traductions : les maisons de taille moyenne comme La Découverte en proposent très peu, les petites maisons peinent — nous en sommes l'illustration. C'est la même chose pour les livres qui dépassent les 500 pages, ou pour les livres exigeants. Résultat, on prend du retard à nouveau. L'autre chose, c'est que c'est le secteur entier qui est bouché. Il y a peu d'emplois, souvent précaires. C'est un secteur avec une division sexuelle du travail très marquée. Dans l'édition militante, rares sont les maisons dans lesquelles des femmes ont des responsabilités, et rares sont celles qui sont reconnues. Nous recevons encore très régulièrement des manuscrits qui s'adressent à des "Messieurs"... et la chose n'est pas anodine. Où résident les difficultés à maintenir une activité d’édition aujourd’hui ? Comment défendre un positionnement critique dans un secteur de plus en plus dominé par l’exigence de rentabilité financière ? La difficulté commence lorsqu'il s'agit de monter une maison. Il faut tout de même un certain capital social et symbolique pour rassembler la mise de départ. D'autant qu'a priori, contrairement à une entreprise classique, on ne va pas rentrer dans ses frais tout de suite, et on fera rarement des bénéfices. Ainsi, les personnes qui investissent dans une maison d'édition ont conscience qu'il ne s'agit pas d'un investissement mais d'un don. Ensuite, la difficulté pour maintenir l'activité, c'est d'abord qu'il faut une force de travail. Il faut trouver des personnes qui peuvent se permettre de travailler bénévolement (c'est souvent le cas des fondateurs) ou pour pas grand-chose (ceux qui suivent). Une fois que la maison est lancée, d'autres problèmes apparaissent. Les rentrées d'argent, ce sont pour moitié les ventes régulières du fonds, et pour moitié les ventes de nouveautés. Vu l'ampleur de la production de livres en France, les libraires ne peuvent pas garder les mêmes livres sur leurs tables pendant beaucoup de temps. On a donc une fenêtre de visibilité de quelques semaines, au mieux. Quand vous chouchoutez un manuscrit pendant deux mois, c'est dur de se dire que tout repose sur ces quelques jours ou semaines de visibilité après sa parution - et encore, parfois les libraires ne le commandent même pas. Or ces ventes en librairie sont de fait fondamentales pour la poursuite de notre activité. Ce n'est pas Amazon qui va nous mettre en avant, ce sont les petits libraires. Ces questions financières polluent notre rapport à la programmation éditoriale : Pouvons-nous accepter tel livre collectif ? Pourrons-nous obtenir le manuscrit d'une "star" pour financer celui de tel auteur prometteur ? Pouvons-nous faire telle traduction sans aide du Centre national du livre ? Et, encore plus pragmatiquement : comment vais-je me payer à la fin de l'année, quand on reçoit le misérable chiffre d'affaires d'août alors même qu'on doit payer la facture des impressions des livres de la rentrée ? Nous continuons de poursuivre une politique audacieuse, dont les résultats peuvent parfois nous surprendre nousmêmes (qui eût cru que ce livre de 900 pages, Le Siècle des chefs, rencontrerait un tel succès ?). Mais on doit prendre en considération d'autres aspects. La plus grande part du travail, aux débuts, était assurée sur le mode de l'investissement : travail bénévole, ou endettement. Cela n'est plus possible, et cela n'est pas souhaitable non plus. Que faudrait-il pour faciliter votre fonctionnement et vous permettre de maintenir une activité ? Il y a des choses à repenser dans les aides publiques à l'édition. Les subventions au projet comme le propose le CNL, c'est bien, cela permet de porter des livres ambitieux. Mais comme nous avons tenté de le montrer dans notre appel, nos préoccupations portent plus sur la structure : payer le loyer, payer les salariés et si possible de manière décente, avoir du matériel informatique correct, investir dans un nouveau site internet... Il faut donc des aides à la structure, qui doivent être déconnectées de nos chiffres de vente. Il faut par ailleurs repenser la chaîne du livre, et permettre aux libraires de s'en sortir financièrement. Sans vouloir tenir un discours naïf sur les motivations des libraires, il est clair que ce sont nos premiers alliés. Si la situation financière les rend frileux au point de ne mettre que des best-sellers sur leurs tables, alors nous sommes tous perdants. Il est pour finir difficile de parler de l'édition sans parler du reste. Ce n'est pas un îlot isolé. Les mesures d'austérité liées à la crise économique, la crise écologique, le contexte politique, tout cela nous touche de plein fouet et nous rend absolument nécessaires dans le même temps. Il s'agit pour nous de participer à la lutte contre la fuite en avant néolibérale, productiviste, raciste, sexiste, homophobe. Les temps sont durs. www.editionsamsterdam.fr n°38 - été 2014 - 16
n°38 - été 2014 - 17 : Domaine public chantier



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