Agir Par la Culture n°37 mar/avr/mai 2014
Agir Par la Culture n°37 mar/avr/mai 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°37 de mar/avr/mai 2014

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 3,0 Mo

  • Dans ce numéro : de guerre lasse... entre fascination, embrigadement et désastre.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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chantier CES JEUNES QUI PArtENT EN SYRIE De nombreux jeunes belges partent se battre en Syrie. Pour quelles raisons ? Face à leur sentiment d’exclusion, que doit-on faire ? Comment remettre à l’honneur la mobilisation citoyenne et la solidarité internationale ? Par Guillaume Defossé, Président de la CNAPD La déferlante du « printemps arabe » n’a pas épargné le pouvoir syrien, confronté aux revendications populaires de justice et d’égalité. Les premières manifestations eurent lieu en mars 2011 et se sont prolongées jusqu’à aujourd’hui, de manière de plus en plus violente. Au départ intra-syrienne, cette violence s’est internationalisée et confessionnalisée. L’un des facteurs complexifiant la résolution du conflit en Syrie est en effet lié à la transformation du territoire syrien en une terre de Jihad. Ainsi, peu à peu, ceux que l’on appellera « opposants » par souci de simplification, se sont vu rejoindre dans la cible de leurs revendications par des troupes djihadistes formées grâce aux nombreuses cellules de recrutement. Le phénomène s’étend à toute l’Europe et à la Belgique, d’où plus de 200 jeunes sont partis combattre en Syrie. C’est la plus grande représentation nationale d’Europe proportionnellement au nombre d’habitants. DES MOTIVATIONS SINGULIÈRES Il est bien sûr difficile de dépeindre les motivations qui poussent ces jeunes, parfois sans lien avec la Syrie voire même le monde arabe, à partir combattre et mettre leur vie en danger. L’une des clés de compréhension réside dans l’analyse du processus de radicalisation qui permet à certains groupes extrémistes de convaincre ces jeunes du bien-fondé de leurs propos, celui du Jihad et la promesse d'un au-delà meilleur. Plusieurs facteurs peuvent faciliter la radicalisation dont la situation économique et sociale difficile ou les profondes inégalités sociales, réelles ou perçues. Ici, l’exclusion par rapport au groupe dominant induit une perte de repères et donc la quête d’un cadre normatif et identitaire stable. L’idéalisme face à la situation injuste ressentie en Syrie, le besoin de se sentir utile et l’absence de repères sont autant d’éléments qui poussent ces jeunes à s’engager physiquement dans ce conflit. LUTTE CONTRE LE TERRORISME OU LUTTE CONTRE LA RADICALISATION ? Lutter contre la radicalisation et le terrorisme passe donc par la lutte contre les inégalités sociales qui induisent frustration et sentiment d’injustice. La prévention qui propose une stratégie de dé-radicalisation et la promotion de la justice sociale et économique constitue une véritable alternative. Cela signifie pour la Belgique, particulièrement touchée par les départs de jeunes en Syrie, de mettre en place des politiques qui visent réellement l’intégration sociale, économique et politique du plus grand nombre. Ce n'est qu’alors que nous pourrons construire un sentiment d’appartenance où la voie du dialogue peut véritablement prendre le pas sur celle de la violence. Le cas de ces jeunes Belges doit être appréhendé comme le symptôme de malaises profonds qui appellent à une transformation radicale de nombreux aspects de notre vie en société. Les chiffres ne manquent pas (chômage, éducation, ségrégation socio-spatiale, etc.) et témoignent tous de la nécessité d’un développement sociétal différent 1. 1 La CNAPD vient à cet effet de publier un outil pédagogique sur ce phénomène : « Ma ville, mon quartier. Déconstruire les discours simplistes. Ségrégation socio-spatiale et communautarisation » Illustration : Mo Xia. n°37 - printemps 2014 - 14 REDONNER À L’ENGAGEMENT SES TITRES DE NOBLESSE Il convient également de se demander pourquoi la volonté de marquer son indignation par rapport au conflit syrien – et donc une certaine forme de solidarité – prend dans ce cas-ci la forme d’un engagement dans la lutte à mort. Les formes traditionnelles et démocratiques d’engagement solidaire sont-elles inadéquates ou inefficaces ? Le citoyen se sent-il à ce point dépossédé de ses moyens d’action ? L’émergence dans le débat public de l’engagement de jeunes Belges en Syrie prouve en tout cas la nécessité d’accentuer l’importance de la mobilisation citoyenne (et de son écoute par les pouvoirs publics) et la promotion d’un engagement judicieux et légitime. Le choix de ces jeunes engage aussi une réflexion sur le cadre politique et diplomatique dans lequel il s’inscrit. Nos sociétés occidentales sont promptes à militariser les réponses aux crises, à proposer des moyens violents pour atteindre les objectifs de paix et de sécurité. Le cas syrien n’échappe pas à la règle : pendant longtemps, les efforts diplomatiques n’ont pas été portés vers une résolution politique du conflit, mais plutôt vers l’exacerbation des tensions. Les appels à l’armement ou à l’intervention armée ont publiquement jalonné ces trois ans de crise syrienne. Quel exemple nos gouvernements ont-ils ainsi donné à nos jeunes ?
n°37 - printemps 2014 - 15 chantier ÉCRITURE À BALLES RÉELLES La Grande Guerre a fourni le matériau d’un roman nouveau, issu de la mêlée. Sa lecture est toujours d’actualité. Par Denis Dargent Les évènements dramatiques de la guerre de 14 ont entraîné la publication d’une quantité phénoménale de récits, journaux et témoignages divers, tous ancrés dans les terribles réalités du conflit. Cette production abondante, initiée pendant la guerre, se poursuivra jusqu’à la fin des années 20. De ce gigantesque corpus se dégage un roman d’un genre nouveau, hybride, témoignage romancé des années de front, vécues durement par une génération d’écrivains combattants. Auteurs confirmés avant la catastrophe ou « révélés » par la guerre elle-même, ces écrivains laissent à la postérité une littérature dont leur propre expérience du champ de bataille constitue la matière première. La mort et ses formes nouvelles, violentes, « grotesques » (Cendrars) ; les conditions de vie dans les tranchées ; la guerre mécanique, chimique ; la vie en groupe au-delà des préjugés de classe (pas simple pour des intellos…) ; les bombardements et les offensives à outrance, dévastatrices… Comme bon nombre d’intellectuels, les écrivains — traditionnels, modernes ou d’avant-garde — se sont massivement engagés dans la Grande Guerre, certains par conformisme patriotique, d’autres par consentement à l’inéluctable, d’autres encore tentés par une vision « régénératrice » du conflit, la guerre étant perçue comme un passage nécessaire de la décadence à la naissance d’un monde nouveau. Les motivations varient peu d’un camp à l’autre, mais le choc industriel du conflit bouleversera chez la plupart les représentations romantiques et préalables d’une guerre idéalisée. C’est donc une fiction profondément inspirée par des modes guerriers encore inédits qui prend forme dans les tranchées. La difficulté étant de raconter l’inconcevable. Si le rapport est étroit entre cette fiction et le réel, si la relation à la vérité se fait complexe, il n’en reste pas moins que la littérature de la Grande Guerre conserve une force intacte et bouleversante. « La guerre a fait de nous des propres à rien, écrit Remarque. Nous ne voulons plus prendre d’assaut l’univers. Nous sommes des fuyards. Nous avions dix-huit ans et nous commencions à aimer le monde et l’existence ; voilà qu’il nous a fallu faire feu là-dessus. Le premier obus qui est tombé nous a frappé le cœur. Nous n’avons plus aucun goût pour l’effort, l’activité et le progrès. Nous n’y croyons plus ; nous ne croyons qu’à la guerre. » Malgré les points de vue, les intentions, voire les idéologies qui catégorisent leurs auteurs, seule la sensibilité formelle de l’écrivain diffère vraiment. La convergence se vérifie sur de nombreux thèmes dont celui, et non des moindres, d’une humanité contrainte à la régression… « Je comprends cette sagesse des oppresseurs, qui retirent à ceux qu’ils exploitent l’usage de leur cerveau, en les courbant sous des tâches qui épuisent. Je me sens parfois au bord de cet envoûtement que donnent la lassitude et la monotonie, au bord de cette passivité animale qui accepte tout, au bord de la soumission, qui est la destruction de l’individu. Ce qui est en moi qui juge s’émousse, admet et capitule. L’hébétude, le jeu des disciplines se passent de mon consentement et m’incorporent au troupeau. Je deviens un vrai soldat d’infanterie, la biffe comme on dit, l’intelligence sur la couture du pantalon, exécuteur des corvées et fragment d’effectif » (Gabriel Chevallier). Notons enfin que la censure ne s’organisant que tardivement, elle touchera peu les romans (en France en tout cas), contrairement à d’autres types de publication (la presse essentiellement et les écrits pacifistes, plus rares). Ainsi, « Le feu » d’Henri Barbusse est publié en 1916 et obtient le prix Goncourt la même année, sans avoir été « échoppé » (subir des coupures). La censure sera d’autant plus acceptée que c’est en partie parmi les écrivains et poètes eux-mêmes que l’on recrutera les censeurs… Guillaume Apollinaire sera l’un d’eux. La plume sur la couture du pantalon. Sur le même sujet : « La Grande guerre et la Littérature » par Michel Gheude à lire sur www.agirparlaculture.be À lire en priorité : Henri Barbusse, Le Feu (Gallimard/Folio), Ernst Jünger, Orages d’acier (Livre de poche/Biblio), Blaise Cendrars, La main coupée (Gallimard/Folio), Gabriel Chevallier, La peur (Livre de poche), Frederic Manning, Nous étions des hommes (Phébus/Libretto), Jean Bernier, La percée (Agone/Manufacture de proses), Erich Maria Remarque, À l’Ouest rien de nouveau (Livre de poche).



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