Agir Par la Culture n°36 déc 13/jan-fév 2014
Agir Par la Culture n°36 déc 13/jan-fév 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°36 de déc 13/jan-fév 2014

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 4,3 Mo

  • Dans ce numéro : intervenir dans la ville... actions socio-artistiques dans l'espace public.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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/\/À l’instar des protagonistes de La Marche, est-ce qu'à 19 ou 20 ans, vous seriez parti marcher pour l’égalité et contre le racisme ? Je ne sais pas… Je trouve que l’idée était super naïve et utopique mais en même temps très intéressante. C’est pour cela que j’ai décidé de la filmer. Après avoir ramassé la balle, Mohamed(qui représente Toumi Djaïdja) a dit : « il faut que l’on fasse comme Gandhi » et un groupe de jeunes du quartier de la cité des Minguettes à Lyon décident alors d’organiser une marche non violente. Nous sommes en 1983 en pleine sortie cinématographique du film « Gandhi ». Les marcheurs ont vu ce film à ce moment-là et s’en sont d’ailleurs inspirés. Quand je vois cette marche qui date d’il y a 30 ans et quand j’observe ce qui se passe maintenant, je me dis que cela les a fait grandir, mais je me demande si ça a véritablement changé les choses. Peutêtre le regard. Et il y a moins de crimes racistes. Le droit à l’égalité est devenu un message beaucoup plus large. Mais estce qu’à 19-20 ans, j’aurais marché ? Non. Parce que j’étais un baron donc forcément, marcher, ce n’était pas dans ma philosophie ! (rires) ortrait Nabil Ben Yadir : FILMER LE MÉTISSISME Par rapport à la Marche telle qu’elle a eu lieu, quelle est la part de la fictionnalisation dans le film ? À quel point vous êtes-vous éloigné des faits réels ? Je ne me suis pas du tout éloigné du réel. Par contre, au départ de Marseille, ils étaient 32 à marcher. Pour moi, c’était un peu compliqué à mettre en scène. Donc, j’ai pris la liberté de garder deux personnages : Mohamedqui a reçu la balle et Olivier Gourmet qui incarne Christian Delorme, le curé des Minguettes qui a encouragé cette démarche et d’en créer d’autres, d’ajouter des conflits. Mon souhait était de faire un film cinématographique, pas un documentaire. Nous avons dû raconter les petites histoires mais en respectant toujours la grande Histoire. Le départ, le milieu, la fin sont tirés des faits réels. La bavure, les/\/n°36 - hiver 2013 - 4 Il y a 30 ans, une trentaine de jeunes et moins jeunes habitants des Minguettes, une cité lyonnaise, entamaient une marche à travers la France pour réclamer l’égalité et lutter contre un racisme alors très meurtrier. Nabil Ben Yadir, jeune cinéaste bruxellois, qui a réalisé les Barons, brosse ce pan peu connu de l’histoire de France dans La Marche, son second long-métrage. Rencontre avec un portraitiste social. Propos recueillis par Sabine Beaucamp et Aurélien Berthier photo : Hélène Fraigneux Minguettes, le départ à Marseille pour l’arrivée à Paris, les images d’archives avec la mort d’Habib Grimzy, les rencontres, la marche des flambeaux, le racisme qui vient de partout et de nulle part, c’est la réalité. Selon vous, quel a été l’impact de la Marche pour l’égalité en Belgique ? Je sais simplement qu’il y a eu une marche qui s’est organisée juste après mais en bus. C’est une vraie histoire belge ! En deux heures, le tour était joué ! (rires). Non, je connaissais juste la fin. 80% des jeunes ne connaissent pas la Marche en France. Alors, vous imaginez le résultat en Belgique. Pendant des années, j’ai cru que c’était SOS Racisme qui avait réuni 100.000 personnes à Paris et fait cette marche alors que pas du tout. Je m’en suis voulu, car ce
n°36 - hiver 2013 - 5 n’était pas juste un rassemblement, c’était une vraie Marche. Et j’ai réalisé aussi que les journalistes avaient réduit la portée universelle de cette Marche pour l’égalité contre le racisme en collant la dénomination « Marche des Beurs ». Il y a des séquences qui montrent le prolétariat dans les années 80. On y voit les familles des marcheurs qui sont des familles très populaires et ouvrières. Est-ce que vous avez voulu cette dimension sociale dans le film ? C’était la réalité. Évidemment, l’aspect social et même politique est là. Mais c’est une histoire tellement forte et surréaliste que tu n’as pas besoin d’insister sur cet aspect pour le faire sentir. Et encore, par exemple dans les décors, là où ils habitaient aux Minguettes, nous avons été gentils, car si vous regardez les images d’archives, c’est bien plus dur et délabré. C’était laissé à l’abandon. En même temps, je n’ai pas fait un film pour dresser un état des lieux des banlieues en France. J’ai réalisé un film sur la France, pour montrer la réalité de l’époque. On voit les marcheurs qui vont à la rencontre d’ouvriers au gré de leur parcours, des travailleurs précaires, des foyers Sonacotra, ils se découvrent aussi politiquement, se construisent, deviennent militants au fur et à mesure de leur marche… Certains deviennent militants au fur et à mesure, d’autres se perfectionnent au niveau du discours en allant à la rencontre de la France. Ils sont passés dans les foyers Sonacotra d’où ils ressortent avec la revendication pour la carte de séjour de 10 ans (qu’ils obtiendront). Ils ont été dans les usines Renault et Citroën où des grèves avaient lieu. Ils ont essayé de motiver les gens pour les rassembler à Paris. ortrait « J’ai grandi avec des films populaires comme ceux de Louis de Funès, ou des films bollywoodiens qui durent 4 heures, des films que l’on pouvait regarder en famille. » Ces jeunes des quartiers ont traversé pacifiquement la France avec un message d’espoir pour plus d’égalité et moins de racisme. Ils ont été là où on ne les attendait pas, là où les habitants n’avaient jamais vu un Arabe. Les marcheurs dormaient chez l’habitant, dans les églises, dans les associations, et parfois dans le camion. À la manière de ce que l’on voit dans le film, à l’instar des marcheurs, est-ce qu’il y a encore des revendications sociales qui traversent les quartiers populaires ? Oui. Il y a toujours des militants et des associations. Mais est-ce qu’ils sont plus militants qu’avant ? Non, ils le sont plutôt moins. Il y a plus d’associations et le problème, c’est que chacune campe sur ses positions politiques alors qu’elles devraient avoir plus de cohérence entre elles. Il y a aussi plus d’attractions pour rester chez soi. Plus d’internet, plus de chaînes de télévision. En fait, il y a peut-être moins de militantisme dans les quartiers, car il est peut-être plus cerné politiquement : on doit afficher sa couleur. Quand on est militant sans couleur politique clairement identifiable, on est considéré comme un ovni. Or, les marcheurs ont justement été des ovnis politiques ! Ils avaient une petite association mais n’arboraient aucune couleur. Cela ne veut pas dire qu’ils n’étaient pas pour autant engagés politiquement, ils l’étaient mais refusaient une étiquette et la récupération. Ils disaient simplement qu’ils étaient français. C’est tout à leur honneur !. « Il y a même eu cette phrase extraordinaire d’un prof qui a dit à ma mère, complètement bouleversée : ‘’s’il manipule aussi bien un tournevis qu’un crayon, il fera un excellent mécanicien ‘’… ». Est-ce qu’à travers vos films, La Marche et Les Barons, il y a l’idée de déconstruire l’image de « l’Arabe », de l’étranger telle qu’elle est véhiculée dans notre société ? Évidemment, on peut faire un lien mais mon prochain film va être un film policier sur le séparatisme en Belgique que je le tourne l’année prochaine. Je vais vraiment aux histoires qui me touchent. En fait, ce n’est pas une question que je me pose. Avec La Marche, j’ai fait un film français avec une touche belge. La culture belge, la culture bruxelloise, c’est un vrai mélange. À aucun moment dans Les Barons, on ne prononce le mot « arabe ». À aucun moment on parle même d’immigrations ou d’où on est né. On parle du présent ou du futur. Je ne dis pas qu’on ne doit pas connaitre ses origines mais on les connaît. Quand tu te lèves le matin, tu ne te demandes pas d’où tu viens. Cela a toujours été ma manière de dire, j’ai fait un film sur la Belgique, et là, j’ai voulu faire un film français de France et pas du tout communautaire. C’est la raison pour laquelle j’ai accepté de faire le film et je l’ai construit comme cela. Je veux juste raconter, comme dirait Jamel Debbouze dans le film, ce qu’est le « métissisme » : la nouvelle photo de famille ! Comment êtes-vous passé de l’électromécanique au cinéma ? Par la sortie de secours en gros… l’électromécanique, c’était là où je me sentais le moins mal après avoir essayé un parcours artistique. J’ai tenté de m’inscrire dans trois écoles artistiques, on m’a toujours refusé. Je voulais faire du dessin parce qu’à la base c’est la création, dessiner des portraits, des paysages. On m’a refusé l’accès en disant que ce n’était pas pour moi, qu’il y avait trop de filles ou je ne sais quoi. Il y a même eu cette phrase extraordinaire d’un prof qui a dit à ma mère, complètement bouleversée : « s’il manipule aussi bien un



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