Agir Par la Culture n°36 déc 13/jan-fév 2014
Agir Par la Culture n°36 déc 13/jan-fév 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°36 de déc 13/jan-fév 2014

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 4,3 Mo

  • Dans ce numéro : intervenir dans la ville... actions socio-artistiques dans l'espace public.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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PANSER Emmanuel Bayon, alias Manu Tention, est un jeune artiste du Nord de la France qui se veut être un « soigneur des villes ». Au cours de ses déambulations dans les villes, dans un souci de panser la ville, il repère une série d’interventions de première urgence possibles, sur différentes surfaces (garde-fou, plaque d’égout, porte de cabine téléphonique, gouttières, bancs, abris-bus). Il constate les dégâts, mesure, répertorie et ensuite construit. L’action de réparation s’avère mobile et possible dans différentes villes. Emmanuel Bayon se déplace d’une ville à l’autre. Lorsqu’il s’agenouille pour combler le trou d’un pavé manquant, des personnes l’interrogent. Parfois il reçoit l’aide de passants, ils ficèlent alors la structure ensemble. Alors il filme, ses documents vidéo sont pour lui une partie intégrante dans sa démarche artistique. Echanger avec les gens, parler de ses actions, discuter. On lui indique de possibles réparations. Il en prend note. Penser les formes, les structures, les multiplier, adapter les matériaux, récupérer, bouteilles, gouttières, quincailleries, palettes perdues, tel est le fil rouge du soigneur des villes ! Bien sûr le travail d’Emmanuel ne relève pas que d’un souci esthétique, sa signalétique rouge vient marquer l’attention ! AFFIcher Oli-B, illustrateur et peintre bruxellois de 29 ans habille la ville de ses affiches colorées qu’il propose aux passants. En quoi consiste ton travail dans la rue ? Je réalise des affiches peintes à la main, des pièces uniques que je vais ensuite coller à des endroits choisis, des surfaces principalement abandonnées. L’idée n’est pas de créer un conflit avec la ville, mais de l’embellir. De jouer un rôle positif avec elle, c’est une histoire d’amour avec elle. J’ai beau travailler aussi en galerie, j’aime travailler en rue, en abordant tous les quartiers, tous les coins de Bruxelles, j’essaye d’aller un peu partout, en fonction de là où je me balade. Je trouve intéressant d’offrir gratuitement de l’art à tout le monde sans la discrimination sociale qui peut exister avec les galeries ou les musées qui s’adressent à des gens plus aisés. Pour moi, tout le monde peut être un artiste, un street-artiste : une personne qui va trouver une craie par terre et avoir la démarche spontanée de faire un bonhomme sur une porte de garage abandonnée, deux yeux et une bouche, pour moi, c’est un artiste de rue. C’est l’expression qui définit un artiste. Après, juger ce qui est de l’art ou pas, c’est aux spectateurs d’en décider. La rue est de plus en plus investie par les sociétés privée, de plus en plus de caméra et de pub. Est-ce qu'il s'agit de réaffirmer qu’il faut récupérer ces espaces-là ? Oui, quelque part mais ce n’est pas ma volonté première. Je n’ai pas une revendication politique de libérer des espaces. J’aborde la rue pour me faire plaisir et pour chantier faire plaisir à celui qui voudra. Le rapport à la publicité est très paradoxal. Par exemple, mon affichage sauvage est aussi une sorte de publicité pour moi. Et il faut d’ailleurs savoir aussi qu’il y a pas mal de réseaux d’affichages publicitaires qui se servent de lieux et d’espaces abandonnés investis par des artistes de rue, pour repérer de nouveaux espaces d’affichage publicitaire… On sert aussi à ça. C’est un peu désappointant de s’apercevoir qu’en dessous d’endroits où j’ai collé mes affiches des mois plus tôt, il y a à présent 4 grands panneaux d’affichage avec des publicités pour des yoghourts… n°36 - hiver 2013 - 18 Elle a pour but d’attirer le regard sur l’acte et/ou l’action posée. Il éclaire la blessure grâce au pansement de structure rouge pour interpeller l’œil, le faire réagir. Ces interventions humanistes peuvent interpeller tout le monde, pas spécifiquement le politique, même si indirectement elles le questionnent. Le travail d’Emmanuel Bayon marqué d’une signalétique rouge ne doit pas être considéré comme étant un choix politique. Il est au cœur d’un geste poétique et citoyen. « Néanmoins les pansements que je pose, dit-il, parlent et évoquent une réalité qui peut questionner le politique. Les interventions parlent d’elles-mêmes sans besoin d’y mettre des mots ». Son travail part d’un constat photographique et vidéo, du laisser aller de l’entretien des villes par les autorités locales. Ses interventions disent et rendent visible ce qui ne va pas dans notre quotidien et notre urbanisme. Elles n’agressent en rien le mobilier urbain ou la surface qu’il soigne. « Ses pansements » s’emboîtent, s’encastrent, se lestent. Ses interventions ne sont pas pérennes, elles peuvent être retirées au besoin. Emmanuel Bayon n’a jamais été stoppé par les forces de l’ordre lors de ses actions ou même interpellé aux moments où il opérait en rue, en ville. Au contraire, les autorités publiques sont plutôt sensibles aux réparations qu’il mène de ville en ville. Son art pourrait très bien être qualifié de bien-être urbain… (SB) Est-ce que tu accordes à ton travail un sens politique ? Il n’y a pas de message politique à proprement parler au niveau pictural dans mes peintures, pas de slogans. Je mets en scène des personnages et un monde coloré auxquels les gens peuvent accrocher ou pas, qui leur parlent ou pas. La ville devient un peu une BD, on se promène dans la rue et on tombe sur quelque chose de coloré alors qu’on est sur une façade toute dégradée. L’idée est de créer une petite interaction rapide. Par contre, je trouve qu’il y a dans une intervention urbaine, un aspect politique dans le fait d’exister en tant que citoyen, de créer une interaction avec les autres citoyens, d’apporter quelque chose de positif : on n’est pas encore tous complètement déshumanisés, il y a encore des choses qui se passent, encore des gens qui bougent. La gratuité de l’acte est aussi quelque chose de politique, c’est aussi montrer que tout n’a pas besoin d’être acheté, tout n’a pas besoin d’être payé pour être fait, on existe et on fait encore des choses gratuitement pour le plaisir de faire de la peinture, pour le plaisir de faire plaisir même si on ne peut pas toucher tout le monde. www.oli-b.be
n°36 - hiver 2013 - 19 bomber Jef Aérosol est originaire du Nord de la France. à 57 ans, ce pochoiriste est passé dans toutes les contrées de la planétaire, des plus proches aux plus éloignées. Partout il y a laissé ses traces d’artiste engagé sans pour autant que ce soit flagrant en utilisant plus particulièrement cet outil incroyable qu’est la bombe aérosol. C’est quoi le street art pour toi ? Le street art n’est pas un mouvement artistique mais bien un phénomène. Et c’est pour cela que je refuse à présent de séparer le Street art du graffiti et du tag ou autre. Où commence l’art et où s’arrêtet-il ? Il y a des milliers ou des millions de jeunes ou de moins jeunes qui déposent des traces, des marques que l’on peut trouver belles ou pas belles mais qui en tout cas se réaccaparent la ville. C’est un phénomène planétaire qui n’a jamais existé auparavant. Aujourd’hui, il y a des gens dans le moindre village d’Afrique, d’Asie, d’Inde, d’Amérique latine qui font des choses sur les murs, sont connus ou inconnus, se considèrent comme artistes ou pas. Ils sont en lutte et expriment des colères sur les murs ou au contraire essaient de dessiner leur rêve. Ils le font en utilisant, en particulier, un outil incroyable qu’est la bombe aérosol. Ils collent, détournent la signalétique urbaine, fabriquent des choses en volume, s’inscrivent dans des lignées qui peuvent appartenir au muralisme latino-américain ou à la calligraphie Tricoter Le Collectif YarnBombing Bruxelles a vu le jour en Janvier 2013. L'urban knitting (ou yarnbombing) est un mouvement dont les adeptes s'amusent à décorer le paysage urbain avec des créations en tricot, depuis le simple manchon réalisé en quelques minutes pour ceindre un panneau de signalisation jusqu'aux immenses patchworks couvrant des bâtisses entières. En fait, il n'y a pas Une façon de faire du « yarnbombing ». Chaque « yarnbomber » a sa propre définition. Il s’agit d’un mouvement multiforme existant dans les pays occidentaux depuis le début des années 2000. De l'Australie aux Etats-Unis, de Madrid à Oslo en passant par Londres, Namur et Anderlecht en Belgique... Seul principe pour tous les « yarnbombers » : de la laine (ou d'autres fils) et encore de la laine tricotée, crochetée, nouée, enroulée. L’une des membre de ce collectif, An-Alyse, reconnaît qu’il s’agit d’un moyen d'expression lent et coloré qui contraste avec la rapidité et la grisaille de notre société. C'est aussi une forme de graffiti qui permet de s'exprimer sans abîmer. Cindy indique que l’art urbain l’a toujours passionné. Jusqu’il y a peu elle était simplement admirative des trésors de la ville. Aujourd’hui elle a trouvé les moyens de participer à ce vaste musée à ciel ouvert et cela lui plait énormément. Leurs œuvres sont collectives et représentatives de chacun d’entre eux. chantier arabe, même à la peinture rupestre. Pour moi les grands encarts publicitaires de 6x4 mètres, j’estime que ce sont quand même des impositions à la population. On est dans une situation où les gens sont dépossédés de ce qui leur appartient. On fait de l’image ce que l’on veut et, en ce sens, mon engagement c’est vraiment rendre aux gens ce qui leur appartient. Considères-tu ton travail comme politique ? La création artistique non politique ou apolitique, cela n’existe pas. Le simple fait de dire « je ne veux pas que mon art soit politique » c’est déjà un refus de quelque chose, c’est déjà être politisé, c’est déjà poser un geste. Je pense qu’il y a un engagement inhérent au fait de travailler sur la ville, qu’il y a eu un élan qui émane davantage d’un besoin d’expression au sens large en passant par tous les sousgroupes. Le fait de descendre travailler sur les murs de la ville, ce n’est pas anodin et je crois que cela marque les esprits. Nous existons car nous estimons que l’espace public n’est pas ce qu’il devrait être. Ce qui appartient aux gens, c’est-à-dire leur espace de vie, la sphère publique, la rue, leur est confisqué par la publicité, les spéculateurs immobiliers, par des politiques d’urbanisme cavalières qui occultent souvent la vie de la cité pour en faire une ville aseptisée. Mon travail ne s’implique pas tout à fait dans la logique de la chronique politico-sociale d’un Banksy mais il m’arrive pourtant de le faire. Ainsi quand la crise a pris de l’ampleur, j’ai fait ce trader assis en tailleur, les mains jointes et les yeux tournés vers le ciel comme en prière, la légende est « Prions la sainte trinité : le dollar, l’euro et la livre sterling ». J’ai fait également un autoportrait où je suis la main contre un mur en train de vomir. Et ce que je vomis ce sont tous ces logos des monnaies internationales d’une part et des mots comme crédit, finance, crise, pouvoir, argent… J’étais là tout à fait dans le message directement politique sans pour autant dire votez ceci ou votez cela. Mais la plupart du temps je suis plutôt dans un engagement poétique. www.jefaerosol.com Irène conçoit la méthode comme une expression urbaine, qui met de la couleur, de la personnalisation dans la ville, là où l’on vit et qui invite les habitants du quartier à faire la même chose. Ce que poursuit avant tout ce Collectif est l’envie de redonner une dimension humaine, esthétique et sociale à la ville réglementaire et post-libérale. Leur geste n’est pas politique au sens premier du terme, il est plus proche du geste citoyen. En effet, la réappropriation de l’espace public est important en ville, à l’heure où la voiture prend toute la place en rue, ils leur paraissent important d’attirer l’attention du piéton, de lui faire prendre conscience que la rue lui appartient aussi. En cela, la couleur et la matière utilisées dans cette forme d’art urbain y souscrivent parfaitement. Cindy indique qu’elle va prochainement faire un city trip à Londres et compte bien par tir avec sa laine et ses carrés colorés pour investir les rues londoniennes, mais aussi celles de Gand, et bien d’autres villes pour y apporter une touche YarnBombing bruxelloise ! (SB)



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