Agir Par la Culture n°36 déc 13/jan-fév 2014
Agir Par la Culture n°36 déc 13/jan-fév 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°36 de déc 13/jan-fév 2014

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 4,3 Mo

  • Dans ce numéro : intervenir dans la ville... actions socio-artistiques dans l'espace public.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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NicOLAs Buissart Préfère le slow Avec son safari urbain, l’artiste met en scène un Charleroi alternatif et décomplexé. Retour sur une blague d’étudiant devenue un incontournable de la hype à la carolo… Par Denis Dargent Les chantiers tant attendus ont démarré à Charleroi. Une partie de la ville est sens dessus dessous. Et déjà certains s’offusquent, oubliant que quinze années de décrépitude urbaine n’auront laissé à la cité que des souvenirs en ruine. Mais le futur de Charleroi est ailleurs. Il est là, dans ce microcosme culturel qui a survécu aux naufrages successifs de la cité, industriel, social ou politique ; et où de nouveaux acteurs sont apparus. La ville et son architecture de science-fiction stimulent artistes, urbanistes et créateurs comme jamais auparavant. Les idées nouvelles s’entrechoquent dans la métropole qui, peu à peu, s’incarne comme la Mecque des arts urbains. Au sens large, à travers des modes d’expression fondamentalement enracinés dans cette terre de labeur. Nicolas Buissart, 33 ans, est à la fois le plus décrié et le plus courtisé de ces artistes. Ce banlieusard (Gerpinnes) qui débuta comme artisan boucher, a troqué son tablier blanc pour un survêt d’artiste contemporain. Après des études de design à photo : N. Buissart Saint-Luc (Tournai) puis à Anvers (« le design ce n’est pas de l’art mais c’est une façon de rendre joli le quotidien ») celui qui prétend toujours « jouer à l’artiste », a créé le safari urbain qui focalise l’attention des médias étrangers sur Charleroi depuis quelques années. Et si le regard de ceux-ci reste condescendant ou stéréotypé, l’expérience s’est avérée suffisamment intrigante que pour y attirer aujourd’hui des dizaines de personnes tous les mois, venues des quatre coins d’Europe, à la découverte non balisée de la ville noire. Le safari urbain se calque sur le principe de la dérive, chère aux situationnistes, sauf qu’ici c’est le guide qui décide du hasard. Buissart conduit les baladeurs dans les derniers retranchements du hors-piste, totalement horsville, dans l’envers du décor : friches industrielles, no man’s land, terrils, terrains vagues… Traces d’un certain déclin ou d’une fulgurante renaissance (arrêt obligé au Rockerill). Buissart : « Au début j’étais plutôt un imposteur, il y avait des endroits que j’aimais bien mais on n’a jamais pensé que ça pouvait marcher… Quand j’ai eu les premiers journaux flamands et les radios, je racontais qu’il y avait déjà 500 personnes qui étaient venues ! Finalement ces 500 personnes sont vraiment venues. Au début, je devais broder, je chantier faisais deux tours de ring, ça prenait déjà une demi-heure… En même temps je discutais avec plein de gens, je récoltais des légendes et de vraies anecdotes. J’y ai vraiment pris goût, j’ai trouvé des sentiers, j’ai connectés des endroits aux autres… Aujourd’hui je fais des parcours, mais c’est devenu comme une scénographie, avec de vieilles industries et d’autres trucs. On va partout où j’avais peur d’aller quand j’avais 15 ans ! Des endroits où c’est plus ou moins préservé, c’est ça qui intéresse les gens même si l’Office du Tourisme à charleroi est un peu gêné de ça… » La Charleroi Adventure cacherait-elle un message particulier, une revendication ? « Dans un premier temps, je surfais sur les on-dit. J’étais dans la dénonciation mais c’était juste pour me montrer… Aujourd’hui je suis plus dans la compréhension, je m’amuse à dire que je suis une espèce de sociologue amateur, voire un archéologue. J’ai toujours veillé à ne pas en faire trop, à rester suffisamment enthousiaste pour les gens. » Et le geste artistique là-dedans ? Le safari comme une forme d’art urbain à part entière ? « Plus ou moins. Je fais des trucs qui ne coûtent pas chers en tout cas. Je ne fais pas de l’art pour faire de l’art, je fais de l’art pour m’occuper, pour me soigner ou pour faire des blagues. Jouer à l’artiste ça m’a permis de m’extérioriser. (…) n°36 - hiver 2013 - 12 Je demande juste à être heureux et j’ai des souhaits assez basiques. Le safari ça me permet de faire beaucoup de marche à pied, c’est un hobby qui ne me coûte pas cher et qui me rapporte une dringuelle. Je suis vraiment dans une démarche… comment dire ? slow, radin-malin. Les gens me demandent comment je gagne ma vie mais la vraie question c’est : comment je ne la dépense pas ? » www.charleroiadventure.com
b 10 -.In I\Ilb Ilb n°36 - hiver 2013 - 13 Ilb photo : Cinéma Nova Bioscoop chantier CULTURES D’interSticeS : RESSORTS POLITIQUES Depuis le milieu des années 90, se développe, à Bruxelles, une série d’actions culturelles ou artistiques formant un ensemble qui s’articule à un discours d’ordre politique sur la ville. Nous allons ici présenter quelques éléments permettant de comprendre le mode de structuration en milieu de ces actions ainsi que les menaces auxquelles elles font face. Par David Jamar, anthropologue urbain « Des tournesols plantés en plein quartier européen. Des artistes-chômeurs établis dans un bureau de pointage. Du cinéma dans des friches urbaines. Des manifs musicales qui déboulent dans les rues. Des communautés diverses qui font vivre leur propre outil d’expression sur les ondes hertziennes. Des usagers des transports en commun qui pensent faire fonctionner leur propre bus à l’huile de colza. En ville, les modes d’intervention dans l’espace public se diversifient. Une émulsion foisonnante de pratiques à la limite entre la création artistique et l’engagement politique… ». (1) Dans cette description qu’une partie du milieu fait de lui-même frappe d’abord la grande diversité des modes d’action dont l’éventuelle commune mesure tiendrait au fait de se tenir « entre » création culturelle et politique mais qui, toutes, engagent plus ou moins explicitement les lieux, les rues, les espaces publics, la ville. CULTUre DES LieUX Ces actions se déploient alors de manière privilégiée dans des friches urbaines, des lieux abandonnés, à moins qu’elles ne s’articulent à des situations hybrides, un ensemble d’espaces aux attributions urbanistiques a priori peu claires ou qu’elles ne cherchent à se saisir des espaces d’une manière inattendue. Elles s’appuient bel et bien sur des situations que l’on peut qualifier d’interstitielles (2). Qu’il s’agisse de tournesols ou de happenings dans les couloirs du métro, l’enjeu est en effet de faire vivre, à partir de ressources possibles d’une situation, des éléments inévidents, de lui faire prendre un tour particulier. Ainsi, par exemple, les séances de cinéma itinérantes et en plein air de PleinOPenair organisées à Bruxelles l’Été supposent un travail scénographique précis à mille lieues de la solution aisée du chapiteau et du plancher amovible, travail réalisé à partir de micro-interventions à partir des singularités d’un lieu dont il s’agit de montrer qu’il recèle plus de densités, d’usages ou d’usagers qu’attendus, qu’ils ne sont pas vides contrairement à ce qu’affirment les discours, le plus souvent de promotion immobilière, visant à les rendre disponibles. Non seulement offrent-ils des perspectives visuelles neuves si la mise en scène du lieu y est attentive, constituent-ils des niches pour des usages discrets, des respirations urbaines mais encore sont-ils objets de controverses que PleinOPenair contribue à faire vivre à propos de leur devenir. Considérer l’environnement donné comme susceptible de fuites, de possibilités de changement, d’intrications de couches à partir desquelles agir constitue une première caractéristique d’un régime d’action. CULTUre DE GROUPES Nous avons affaire d’abord à des noms de projets autour desquels des collectifs s’organisent sans qu’un groupe organisateur premier n’apparaisse clairement. Nous avons affaire à une conception politique selon laquelle les alliances, les énoncés et les modes d’action doivent dépendre des situations et receler de nombreuses innovations locales, de la créativité, du travail scénographique. Si ces actions valorisent l’invention, elles ne sont pas pour autant purement spontanées ou informelles. Il existe bel et bien des groupes, des lieux qui tentent de produire ces coopérations horizontales selon des modalités neuves. De nombreux groupes plus stables ont émergé des actions qu’ils pérenniseront plus tard, voire suscitent l’externalisation de nouveaux groupes autour d’une action réussie. L’une des associations à laquelle nous avions affaire, financée par les pouvoirs publics, multipliait explicitement les structures associatives, visant ainsi à un fonctionnement allégé. Une autre organisait ses programmations en confiant une large autonomie aux collectifs de membres et d’usagers du lieu qui étaient à l’initiative d’une proposition. Est alors objet d’expérimentation ce que devient le groupe, l’association, l’identité du projet, son nom, etc. Dans chaque cas, l’organisation est au moins partiellement à renégocier en même temps que l’action à mener. C’est à ces conditions qu’une culture – au sens actif de « cultiver » – de groupes a pu ça et là émerger, questionnant les modalités de décision, les modalités de paroles, les modalités de financements. (3)



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