Agir Par la Culture n°35 sep/oct/nov 2013
Agir Par la Culture n°35 sep/oct/nov 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35 de sep/oct/nov 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 4,4 Mo

  • Dans ce numéro : droits culturels... mots ennemis ou révolution ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Votre parcours personnel a-til été surprenant pour vous. Vous vous attendiez à devenir ministre de la Culture ? Je ne m’attendais pas à devenir ministre tout court, ce n’était pas du tout mon ambition au moment de ma candidature aux régionales de 2004. Votre désignation a suscité pas mal de commentaires, parfois très négatifs… Surtout sur le fait que je sois d’origine arabo-musulmane. Si j’avais été désignée dans un autre département, cela aurait peut-être été moins problématique. La culture fait tellement partie de l’identité d’une nation, d’une communauté, que cela entraîne des questionnements. On se souvient aussi de commentaires carrément machistes… Toutes les femmes connaissent cela quand elles sont nommées à des fonctions importantes. On a heureusement des exemples positifs de femmes qui sont aux plus hautes responsabilités comme Laurette Onkelinx ou Joëlle Milquet, qui démontrent qu’être femmes c’est aussi être de tous les combats et ne pas avoir peur d’affronter toutes les responsabilités. Votre premier mandat démarre très fort avec les états généraux de la Culture. Quel bilan tirez-vous de cette expérience ? ORTRait CULTUREL Fadila Laanan : Avant 2004, on avait eu une succession de ministres de la Culture à la communauté française, avec un éclatement des compétences entre les partis, c’était devenu très compliqué. J'ai trouvé en face de moi des acteurs très en colère. Mais je pense que le fait d’avoir pris le temps de les écouter et de définir avec eux un certain nombre de priorités, tout cela fut très positif. De 2004 à 2009, la situation économique de la Fédération Wallonie- Bruxelles était meilleure, le budget de la Culture a augmenté de plus de 40%. Un contexte favorable que nous ne connaissons plus depuis 2009. Mon budget n’a pas diminué comme cela s’est passé dans certains pays européens, il a même augmenté d’un peu moins 10% depuis 2009. Le seul problème c’est que cette augmentation permet seulement de rencontrer les dépenses incompressibles tels que les paliers dans les contrats-programmes, les indexations quand elles sont obligatoires, et les nouvelles reconnaissances ou les passages de catégorie dans les secteurs régis par un cadre décrétal. Et tous ne bénéficient malheureusement pas d’un tel cadre… n°35 - AUTOMNE 2013 - 4 SOUTENIR LES CULTURES MéPRISéES Fadila Laanan a tracé sa route pendant neuf ans à la tête de la Culture et de l’Audiovisuel. Une gageure dans un microcosme politique et médiatique dominé par les hommes… et les stéréotypes ! Entretien avec une Ministre simple et disponible, et première esquisse d’un bilan solide dans un contexte économique déprimé. Propos recueillis par Yanic Samzun et Denis Dargent Que retiendrez-vous de cette aventure de près de dix ans à la Culture ? Un secteur avec de fortes personnalités et parfois des égos surdimensionnés, non ? La Culture, et j’y inclus l’audiovisuel, n’est pas une compétence comme les autres. Dans la Culture, on La Culture n’est pas une compétence comme les autres. Dans la Culture, on touche à l’humain, à l’émotion, à la sensibilité. La relation du ministre avec l’acteur culturel dépasse toujours la frontière de la relation professionnelle. » touche à l’humain, à l’émotion, à la sensibilité. La relation du ministre avec l’acteur culturel dépasse toujours la frontière de la relation professionnelle. Quand je dis à un opérateur culturel que je ne peux pas le soutenir dans un projet, c’est comme si je le mettais à néant luimême. Comme si je portais un coup à sa personne. Mais ces relations nous permettent aussi d’être plus proches avec les gens. D a n s c e contexte de crise, n’êtesvous pas parfois tentée de dire aux opérateurs : il n’y a pas que la Culture, il y a d’autres secteurs de la société qui souffrent ?
n°35 - AUTOMNE 2013 - 5 Je l’ai toujours dit. Avant 2009, il n’y a eu aucune économie en Culture puisque nous étions dans une situation économique plutôt favorable. Au contraire même : les budgets culturels ont augmenté globalement de 43% sous mon impulsion au cours de la période 2004-2009. Ce n’est qu’à partir de 2009 que la situation est devenue catastrophique. Mais jusqu’en 2011-2012, aucun acteur culturel ne s’est rendu compte que l’on faisait des économies. Les économies étaient faites par qui essentiellement ? Par la RTBF, et puis les communes à travers le moratoire sur les infrastructures. Vous savez, je me suis toujours battue au Gouvernement pour devoir faire le moins d’économies possibles, mais je suis aussi consciente que dans le contexte actuel, l’ensemble des ministres doivent faire des efforts, y compris moi. Il y a toujours eu des tensions dans les politiques culturelles entre les gros opérateurs et puis la création, les formes émergentes… Avez-vous le sentiment d’avoir pu avancer un peu là-dessus ? Les grands opérateurs culturels continuent à être soutenus et à développer leurs projets. A côté de cela, il y avait toute une frange d’artistes et d’acteurs culturels qui étaient complètement méprisés. Or, il faut qu’il y ait une grande diversité, un véritable pluralisme dans le paysage. Venant d’un milieu modeste, populaire, cette disparité m’a frappée tout de suite. Très vite, on a mis en place des dispositifs adéquats, aujourd’hui on a un budget pour les arts ORTRait CULTUREL urbains ou pour les opérateurs rock par exemple. Il fallait redonner leurs lettres de noblesse à des secteurs méprisés ou jugés « mineurs ». Dans ces deux législatures, on trouve quelques temps forts : un nouveau décret sur la lecture publique, un nouveau décret qui va être voté sur les centres culturels, un travail de réflexion sur la dimension territoriale, etc. Quel est le bilan ? Pensez-vous avoir marqué des points ? Entre 2004 et 2009, j’étais plutôt communautariste. Pour moi, la Culture, l’Enseignement, le Sport devaient être considérés comme des compétences qui transcendaient les frontières territoriales et régionales. J’ai toujours défendu le lien Wallonie-Bruxelles. En 2009, je me suis rendue compte de la disparité entre cette théorie et ce qui se passait sur le terrain. Dans l’enseignement par exemple, on ne tient pas compte suffisamment des réalités territoriales des bassins de chaque région. Quand je dis cela, je ne fais pas de distinction entre Wallons et Bruxellois parce que je pense que les problèmes qui se posent parfois à Bruxelles se posent de la même façon dans les grandes villes wallonnes. Ma perception a donc changé par rapport à l’Enseignement mais aussi la Culture. Comme ministre de la Culture je ne pouvais pas gérer les compétences et les disciplines de la même façon dans les communes urbaines et les communes rurales, dans les grandes villes et les petites villes. Je me suis dis que le lien avec le territoire avait du sens. Cela explique la mise en œuvre du chantier des assises du développement culturel territorial, cette évaluation, cet examen, cette analyse de chaque territoire afin de voir comment la culture y est envisagée. Aujourd’hui, je suis favorable à un régionalisme qui soit fédérant, où on tient compte des réalités territoriales mais en même temps où l’on reste dans ce lien fédéré associant les Bruxellois francophones et les Wallons. Quels sont vos pires et vos meilleurs souvenirs de Ministre ? La chose la plus difficile, c’est la situation économique. Même dans le cadre des réunions au Gouvernement, c’est dur entre nous parce que chacun essaie de préserver ses moyens. Ce que je retiendrais de plus positif, c’est d’avoir pu accompagner certains acteurs culturels dans leurs projets. J’ai parfois eu l’impression de participer un peu à leur bonheur, à leur enthousiasme. Parlons de l’international. La convention de l’UNESCO sur la diversité culturelle est à cet égard un acte important. Mais cela reste un dossier sensible… En effet. C’est un combat qui existe depuis 1993 quand Elio Di Rupo, sous la présidence belge de l’UE, organise la réunion des ministres de l’Audiovisuel à Mons, d’où est née l’idée de l’exception culturelle. Mais aujourd’hui, de nouveau, on remet en



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