Agir Par la Culture n°35 sep/oct/nov 2013
Agir Par la Culture n°35 sep/oct/nov 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35 de sep/oct/nov 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 4,4 Mo

  • Dans ce numéro : droits culturels... mots ennemis ou révolution ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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GUeRRe et TEChNiqUe ThÉORIE du drone Grégoire Chamayou La Fabrique Éditions, 2013 En prenant le drone comme marqueur de notre temps et signe du militarisme démocratique en cours, le philosophe Grégoire Chamayou écrit ici un livre lumineux et lucide. Le drone est une machine de guerre volante et téléguidée contrôlée à distance par un opérateur situé en milieu protégé, loin du champ de bataille, pour ainsi dire « hors de la guerre ». Ce puissant dispositif, bardé de caméras et de missiles antichar, permet une surveillance de tous les instants ainsi que la réalisation « d’assassinats ciblés », dernier avatar de la « guerre chirurgicale ». Ce terme de propagande est la poursuite, pour l’idéologie impériale, du rêve d’une guerre « propre » et du mythe du zéro mort, condition nécessaire pour mener des conflits armés en nos temps post-héroïque où le « sacrifice suprême » est de moins en moins accepté. On continue cependant d’y mourir, dans ces guerres asymétriques, mais seulement d’un côté… celui du supposé « terroriste » qui ne mérite aucune forme de procès ni aucune possibilité de se défendre. Le drone entérine ce passage de la guerre à une véritable chasse à l’homme. Révélateur et catalyseur de changements radicaux dans de nombreux pans de la pensée militaire, politique et philosophique, le drone, ce « monstre conceptuel », brouille les frontières classiques : il mélange état de guerre et état de paix, fragmente le champ de bataille et supprime, en empêchant la possibilité même de combat, la possibilité de déterminer qui est combattant (pourtant une des conditions d’application du droit de la guerre). Un futur inquiétant semble nous attendre. D’autant que les progrès technologiques promettent des engins de plus en plus miniaturisés (on parle de machine de la taille d’insecte) et qui, parce qu’elles iront partout, étendront encore un peu plus un champ de bataille flexible et modulable « au monde entier, même en zone de paix, contre tout suspect, hors procédure, y compris contre ses propres citoyens ». Superbement écrit, l’ouvrage se place résolument dans l’option de servir d’outil pour combattre cette idéologie du drone qui, loin de se cantonner à l’usage militaire, risque bientôt de déborder sur l’espace civil et les moyens policiers. Vertigineux et magistral. (AB) coNtRe le MaiNSTREAM Les intelletuels INTèGRES Pascal Boniface, Jean-Claude Gawsewitch Editeur,2013 En ces temps d’informations perpétuelles qui nous scotchent à l’actualité, il est plus que jamais nécessaire de prendre un peu de recul pour décrypter notre présent. L’éclairage des intellectuels est essentiel. Après Les intellectuels faussaires, dénonçant quelques impostures médiatiques, Pascal Boniface publie Les intellectuels intègres, une série d’entretiens de 15 personnalités qui témoignent de leur parcours et de leur conception du monde. De Stéphane Hessel à Régis Debray, de Jean Ziegler à Edgard Morin, de Rony Brauman à Alfred Grosser, chacun nous livre leur analyse du monde et défriche l’avenir. Sans se conformer aux modes et aux tendances du jour. En brisant des évidences, en rejetant le commentaire convenu, le coup d’œil superficiel ou le bavardage indigeste du mainstream culturel. Le livre se lit facilement sans verbiage et langageésotérique. Et on en ressort un peu moins abruti par la danse infernale des news qui se succèdent sans fin et qui nous donnent l’illusion de saisir et de vivre l’instantané du monde. (JC) économie POLITIQUE Le capital au XXI è me siècle Thomas Piketty Éditions du Seuil,2013 Plus d’un siècle après la publication du Das Kapital de Marx, le jeune économiste Thomas Piketty publie en un gros volume une minutieuse analyse de l’évolution du patrimoine depuis le Siècle des déCOUvERTES Lumières. Le résultat est édifiant : le capital hérité croît toujours plus que le patrimoine accumulé par une vie de travail. Et le taux de rendement de ce capital est toujours plus élevé que le taux de progression de la croissance économique. Moralité : malgré la mise en évidence constante de la méritocratie, malgré les politiques redistributives par la fiscalité et la sécurité sociale, malgré les combats de la gauche, nous vivons toujours dans une société d’héritiers, comme aurait dit Pierre Bourdieu. Et même si une classe moyenne s’est progressivement constituée au cours du XX ème siècle, les inégalités sont plus fortes aujourd’hui qu’au début de ce siècle. L’intérêt du livre réside aussi dans le fait que Thomas Piketty propose des modes de régulation du capital pour l’avenir même s’ils apparaissent encore aujourd’hui totalement utopiques : un impôt progressif et mondial sur le capital comme l’impôt progressif sur le revenu a été la grande innovation fiscale du XXème siècle. Voilà bien un projet mobilisateur pour combattre les vertigineuses différences de ressources sur la planète : un cadastre financier du monde. (JC) philo Un été avEC MONTAIGNE Antoine Compagnon Éditions des équateurs/France Inter, 2013. Pierre Hadot définissait le philosophe non comme celui qui écrit des livres de philosophie mais comme celui qui vit en philosophe. Et après les écoles philosophiques de l’antiquité gréco-romaine, un des plus beaux exemples de cette sagesse existentielle et immémoriale traverse les essais de Montaigne. Antoine Compagnon, professeur de littérature au Collège de France, a publié un superbe petit ouvrage : Un été avec Montaigne. Quarante petits chapitres d’une actualité et d’une profondeur remarquables. Sur l’engagement, l’amitié, -Montaigne ne se remettra jamais de la mort à 33 ans de son ami Étienne de la Boétie-, la politique -il fut maire de Bordeaux-, n°35 - AUTOMNE 2013 - 28 la découverte de l’Amérique, il critique radicalement le colonialisme, la médecine, les voyages, le cheval, les livres et même et surtout sur son corps, de ses dents au surpoids. Ces essais, écrits tout au long de sa vie, de 1533 à 1592, résonnent formidablement face à toutes nos interrogations contemporaines. En ce sens, c’est une œuvre géniale, indémodable, d’une folle et totale actualité, éternelle comme toutes les grandes pensées. À la veille de son suicide, Stefan Zweig, considérera encore Montaigne comme son seul véritable ami : « Ici est un Toi, dans lequel mon Moi se reflète, ici est abolie la distance qui sépare une époque de l’autre (...) c’est un homme dont je suis le frère (...) quatre cents années se sont envolées en fumée ». (JC) littérature DEUX dans Berlin Richard Birkefeld et Goran Hachmeister Éditions du Masque, 2012 Il y a une vraie littérature policière qui en plus de procurer le plaisir du suspense et de la résolution de l’énigme, éclaire l’Histoire. Celle qui fait mieux ressentir la tragédie de fin du monde et le désarroi des hommes et des femmes enserrés dans le torrent des événements. Mieux que le récit fastidieux de l’historien, le romancier, par le seul point de vue de ses personnages et par tous les petits détails de leur vie intime, densifie le passé d’une manière telle que nous nous y retrouvons comme absorbés par le flux de la « grande histoire ». C’est le pari totalement réussi de deux historiens allemands, Richard Birkefeld et Goran Hachmeister, qui racontent l’enquête d’un inspecteur de police sur le meurtre d’un haut responsable du régime nazi à l’agonie. Car l’enquête se déroule dans le Berlin en décombres et en cendres des derniers mois de la guerre. Les bombardements alliés font chaque jour des milliers de morts, mais le flic s’obstine à rechercher l’assassin qui sème quelques cadavres parmi l’agonie d’une ville. En
n°35 - AUTOMNE 2013 - 29 soi absurde dans cet océan de misère et à quelques centaines de mètres des avant-postes de l’armée rouge. Mais la recherche minutieuse du coupable apparait comme un contrepoint rationnel, voire moral, dans cet univers de chaos. Passionnant. (JC) iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiir MAROC MAROC, quatre chAMPS de batailles POUR la démocratie Daniel Menschaert PAC Editions, 2013 Le 43 ème numéro des Cahiers de l’éducation permanente a pour auteur Daniel Menschaert qui fut en 2004, Délégué de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Région wallonne en Pologne, puis au Maroc jusqu’en 2012. Ce numéro est publié alors que se profile en 2014 le 50 e anniversaire de la première immigration marocaine en Belgique. Face aussi à la médiation du Printemps arabe et les manifestations qui s’en sont suivies. Il écrit qu’aujourd’hui le régime tremble sur ses bases, au point de prendre les devants et de proposer lui-même une réforme constitutionnelle. En effet, il craint le « Mouvement du 20 février » qui gagne en popularité et fédère toutes les revendications et révoltes jusqu’alors éparses. Dans ce cahier, l’auteur décrit le climat de « retour à une tradition mythique » de la société qui se traduit par une attaque contre certaines valeurs de la modernité dont sont victimes des artistes, des associations non gouvernementales, des intellectuels et surtout des femmes. Selon lui, le nouvel affrontement pour la démocratie va se dérouler sur quatre champs de batailles : l’Éducation ; la Culture, les droits de la femme et la garantie constitutionnelle de la liberté de conscience. Mais ces quatre batailles majeures sont menées aussi contre le conservatisme social d’une partie du makhzen (sorte de nomenklatura). L’auteur met en lumière le rôle moteur que jouent les artistes et les intellectuels dans cette bataille et l’importance de l’éducation et des universités dans le processus de démocratisation. Un angle d’approche intéressant qui donne conscience des difficultés à dépasser pour l’accession à une vraie démocratie. (SB) Disponible pour 10 euros + frais de port via téléphone 04 545 79 18 ou mail editions@pac-g.be Bd iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii al. déCOUvERTES Marx Corinne Maier, Anne Simon Dargaud, 2013 Rendre accessible la pensée d’un géant de l’analyse critique du monde par la bande dessinée est un pari risqué. De manière amusante et pédagogique, Corinne Maier et Anne Simon nous racontent la vie de KarlMarx. Avec un souci didactique réjouissant, elles parviennent à rendre compréhensibles les arcanes complexes du Kapital par des schémas et des dessins simples et épurés. Après celle de Freud, cette biographie dessinée devrait être au programme de toutes les écoles secondaires. (JC) auteur eNGaGé DEUX singes ou ma vIE POLITIQUE François Bégaudeau Verticales, Gallimard, 2013 L’auteur de Jouer juste et d’Entre les murs nous propose un voyage très personnel à travers ses engagements politiques et sa manière d’appréhender la société française et les grands enjeux qui l’ont concernée et la concernent encore. On découvre d’abord l’expérience du tout jeune Bégaudeau avec les positions idéologiques de ses parents (milieu enseignant, de Gauche) et sa manière naïve de militer à 10 ans dans la cour de récréation en faveur de Giscard à contre-courant des valeurs familiales. Plus tard, c’est avec sa participation dans les manifestations contre la loi Devaquet (fin 1986) qu’une certaine forme de militantisme de Gauche le gagne. Au fil du temps et des différents événements qui marquent la France et l’Histoire (Coupe du Monde de Football 1998, 11 septembre 2001, 21 avril 2002…), on voit l’auteur prendre progressivement ses distances avec l’idéologie pure et dure, pour se plonger dans des activités musicales (chanteur et auteur dans un groupe de punk rock), littéraires (auteur de romans) et cinématographiques (auteur de critiques), toujours teintées de réflexions politiques. En plus de ces nombreuses casquettes, Bégaudeau se confronte au réel en tant que professeur de lettres dans un lycée parisien en difficulté, poste qui lui permettra de questionner la politique, pas assez incarnée et subtile par rapport à ce que lui et bien d’autres peuvent vivre au quotidien. Outre l’intérêt de revivre l’Histoire française récente, cet ouvrage permettra au lecteur engagé dans l’associatif ou la politique de découvrir un parcours singulier en résonnance avec ce qu’il peut vivre lui-même dans l’évolution de ses convictions profondes. (CE) iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii eUROPE En finir avEC l’EUROPE Sous la direction de Cédric Durand. La Fabrique Éditions, 2013 Alors que l’Europe en crise est la proie des politiques d’austérité décidées à Bruxelles par des bureaucrates et politiciens « d’extrême-centre » sort cet ouvrage qui regroupe 6 textes de politologues, économistes, anthropologues ou sociologues européens - dont Razmig Keucheyan. Qu’est-ce que « l’Europe » ? Quel est son projet ? Est-elle une « machine à étouffer le socialisme » ? Faut-il sortir de l’euro, qui a favorisé la financiarisation l’économie et satellisation à l’Allemagne des pays de la périphérie ? L’Union européenne est, en tant qu’objet politique, devenue une source de tensions et de réflexions majeures. Les mesures actuelles qu’elle impose semblent illustrer le chant du cygne d’une machine à néolibéraliser les économies du continent à tout va. Et pourtant, ses exigences et justifications, continuent, malgré ses échecs, d’irriguer discours et décisions. La crise débutée en 2007 a révélé une UE capable de faire démissionner des gouvernants légitimes en les remplaçants par ses technocrates. Un véritable « césarisme bureaucratique » pour les auteurs qui indiquent que les biais pro-marché et anti-démocratiques ont été présents dès sa mise en place et en constituent l’horizon. L’idéologie européenne, « l’européisme », qui domine dans les institutions, se base en effet sur l’ordolibéralisme, une variation austère du libéralisme né en Allemagne. Tout au long de sa mise en place, elle aura fait montre de défiance envers la souveraineté populaire et d’une conception restrictive de la démocratie qui fera naître « une culture procédurale qui neutralise les choix politiques sous couvert d’une gestion technocratique saine et vertueuse. » (S. Kouvelakis). Alors que de plus en plus de penseurs et militants à gauche mettent en cause l’euro voire l’UE, ce collectif de penseurs vient ajouter une voix au débat et en arrive, question encore taboue actuellement, à se demander si une sortie de l’euro et une rupture d’avec l’UE ne seraient pas les conditions nécessaires à la réalisation d’une véritable autre union européenne. Une Europe qui pour être sociale doit mettre autre chose au centre du jeu que la « concurrence libre et non faussée » entre individus, entreprises et pays. Par exemple, la coopération. (AB) iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii GAUCHE L’ANTIPRODUCTIvISME, Un défi pour la GAUChE ? Sous la direction de Michel Lepesant Éditions Parangon, 2013 Cet ouvrage collectif ne prétend pas répondre à toutes les questions sur le sujet, mais juste pointer certains défis. Il rassemble de multiples contributions dont Geneviève Azam, Jean-luc Mélenchon ou encore Paul Ariès. Elles dessinent en filigrane le portrait d’une gauche revitalisée par la critique antiproductiviste et témoignent que, malgré toutes les déceptions, il échoit encore à la gauche de porter un idéal d’émancipation et d’autonomie. Comme pour toute déception, se profile une réelle attente : celle de continuer à agir et penser dans la réalité du point de vue des dominés, des exploités, des méprisés. Trois étapes sont ainsi proposées : commencer par se demander pourquoi et comment l’antiproductivisme



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