Agir Par la Culture n°35 sep/oct/nov 2013
Agir Par la Culture n°35 sep/oct/nov 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°35 de sep/oct/nov 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 4,4 Mo

  • Dans ce numéro : droits culturels... mots ennemis ou révolution ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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En France, les droits culturels sont sous-développés, mal connus, sujets à malentendus, amalgames ou confusions. Le développement des capacités et des ressources des personnes tels que ces droits tendent à les développer apporte pourtant la clé de résolution de nombreuses problématiques contemporaines. Leur mise en œuvre permettrait de modifier en profondeur l’ensemble de nos politiques publiques. C’est cette hypothèse que nous mettons concrètement à l’épreuve dans une démarche d’observation et d’évaluation des politiques publiques des départements français au regard des droits culturels. Les occasions d’être exposé à la définition des droits culturels sont quasiment inexistantes dans notre parcours tant personnel que professionnel. « à l’école de la République », chaque enfant doit se conformer au même modèle : langue unique et culture unique. À l’âge adulte, « au pays des droits de l’homme », la notion de culture se réduit le plus souvent à la question artistique, alors que, dans son acception large comme dans l’article 2 de la Déclaration de Fribourg « le terme « culture » recouvre les valeurs, les croyances, les convictions, les langues, les savoirs et les arts, les traditions, institutions et modes de vie par lesquels une personne ou un groupe exprime son humanité et les significations qu’il donne à son existence et à son développement. » dossier/droits culturels : Mots ENNEMis OU RéVolutioN ? PAIDEIA 4D OU L’enseiGneMent des HOMMES DE LA CITé Pour répondre à cette nécessité d’élargissement conceptuel et irriguer les politiques publiques, la démarche Paideia 4D a, en premier lieu, l’ambition de créer des espaces où les droits culturels sont explicités et débattus. Notre équipe, composée de Patrice Meyer-Bisch et Johanne Bouchard de l’Observatoire de la diversité et des droits culturels de l’Université de Fribourg, Irene Favero et moi-même pour Réseau culture 21, coordonne les travaux dans un échange permanent avec les groupes départementaux afin de nous permettre d’ajuster méthode et pédagogie. Les premières rencontres publiques et les travaux d’études de cas dans les quatre départements ont permis aux participants de s’approprier les fondements des droits culturels. Alors qu’à première vue, la traduction des différents droits dans les pratiques professionnelles peut paraître trop complexe, ce travail d’observation et d’analyse a ouvert la voie de leur mise en œuvre au quotidien. De nombreuses questions sont venues éclairer d’un nouveau jour les finalités de l’action publique. Les pratiques et les politiques sont-elles discriminantes ? Ouvrent-elles des espaces d’expression de la diversité des identités ? Permettent-elles de croiser les savoirs ? Comment contribuent-elles au développement d’espaces publics ? Quelles sont les ressources partagées et mutualisées ? De quelle manière renforcent-elles la coopération ? Autant d’interrogations qui permettent aux participants d’identifier ce qui peut être amélioré ou de valoriser les points forts de leurs pratiques. La tâche est ambitieuse, mais les politiques publiques ont profondément besoin de rénovation. Elles se perdent souvent dans les dédales d’une bureaucratie fatiguée ou tanguent dangereusement au son de sirènes managériales plus radicales. Aucune des deux tendances ne semble redonner le souffle et le sens que la politique publique et son administration auraient besoin de trouver. Le sujet des droits culturels est très impliquant. Il vient interroger en profondeur la posture de travail des personnes engagées, leurs valeurs et méthodes. Ce questionnement touche souvent tout autant sur le plan personnel que professionnel. De ce fait, il s’agit non seulement de respecter et mettre en œuvre les droits culturels des personnes à qui sont destinées les politiques publiques mais aussi les siens propre, en tant que personne, frère ou sœur, parent, voisin, professionnel… Les repères sont bousculés. Qui est donc ce professionnel de l’action publique et que devient sa mission ? N’est-il pas aussi un habitant ? Comment sa parole est-elle prise en compte ? La définition des droits humains, et en premier lieu des droits culturels, permet de nommer les valeurs que nombre de personnes ont envie de partager et au nom desquelles elles ont envie d’agir. Ce référentiel formalise les fondements communs nécessaires pour travailler ensemble. Projet politique ? Évidemment. n°35 - AUTOMNE 2013 - 16 Le mot Paideia défini en grec ancien l’éducation formelle et informelle du citoyen responsable. Ce va et vient entre la théorie et l’expérience est le fondement du travail engagé entre 4 départements (4D) français autour des droits culturels : Ardèche, Gironde, Nord et Territoire de Belfort. Christelle Blouët, Coordinatrice du Réseau culture 21 Des élus se montrent très impliqués, même s’ils restent encore peu nombreux. Le sujet n’est pas forcément la priorité des collectivités. Ce serait aller bien vite en besogne après une petite année de travail. Nous pensons malgré tout que cette modeste démarche peut avoir l’ambition de dessiner une alternative prometteuse à un système actuel épuisé et en attente de rénovation profonde. La recherche-action continue./-111./
n°35 - AUTOMNE 2013 - 17 Formatrice dans le champ de l’éducation permanente depuis longtemps, j’ai abordé les droits culturels dans le cadre de mes contacts avec des acteurs de terrain, autour du dossier largement diffusé « Centres culturels et territoires d’actions », une commande de la DG Culture. Des focus groupes rassemblant des acteurs culturels ont été constitués pour réfléchir le rapport entre Culture et territoires ; ensuite des rencontres locales ont eu lieu. Je retiens de tout ce processus quelques éléments de réflexion amenés par les uns et les autres. Majo Hansotte Pour les acteurs culturels réunis en focus groupes, chaque citoyen a le droit d’accéder à ce que les cultures ont produit d’universel, d’accéder aux multiples filiations symboliques, en particulier les siennes. Les droits culturels ont donc à s’ancrer dans les libertés humaines fondamentales, notamment la liberté de conscience, la liberté d’expression. Cela induit, pour la puissance publique et pour les acteurs culturels, l’obligation de protéger les dissidences menacées, celles qui résistent aux codes culturels dominants et aux dogmes sacrés, dans la mesure où ces dissidences respectent les valeurs démocratiques. En termes de démarches constructives, les droits culturels, s’ils épousent cette philosophie, invitent à développer les approches transculturelles. En explorant, dans le monde, les écrivains, poètes, urbanistes, architectes, sculpteurs, philosophes, cinéastes, peintres, photographes, dramaturges, figures historiques, inventeurs... nous découvrons du même coup comment, dans la diversité, l’art, la parole et l’innovation dénoncent les codes, refusent les soumissions, dévoilent l’imposture des pouvoirs arbitraires. dossier/droits culturels : Mots ENNEMis OU RéVolutioN ? UNE PHILOSOPHIE à RéfLÉCHIR DES VIGILANCES À METTRE EN PLACE Confrontés aux réalités du terrain, les acteurs culturels rencontrés soulignent néanmoins la nécessité d’une vigilance pour bien défendre des perspectives porteuses. Car malheureusement, l’appellation « droits culturels » est aussi utilisée abusivement, dans beaucoup de lieux sur cette planète, pour écraser les droits personnels. Au nom de l’affirmation « C’est notre culture, donc c’est notre droit », on menace la liberté de conscience ou l’orientation sexuelle, on justifie les violences et mutilations faites aux femmes, on criminalise l’impertinence à l’égard du religieux, on défend une vision du monde où la femme n’est pas l’égale de l’homme. Une séquence idéologique « primaire », contraire au droit démocratique, s’impose en maints endroits, établissant une connexion non fondée certes, mais agissante, entre droits culturels = droits naturels = droits surnaturels, une trilogie en quelque sorte qui se veut au-dessus des lois démocratiques. « Les droits culturels risquent de se trouver embarqués dans une séquence dangereuse. » La séquence pourrait se résumer ainsi : « Nous défendons culturellement ce qui correspond à l’ordre naturel et que Dieu veut. » En conséquence, les « droits culturels », au départ une appellation positive, risquent le cas échéant de se trouver embarqués dans une séquence dangereuse. Ainsi concernant l’homosexualité, on retrouve cette séquence, qu’il s’agisse de l’Église orthodoxe en Russie, du Tea Party aux États-Unis ou du discours des opposants au mariage pour tous en France. Vigilance donc. L’URGENCE DES DROITS SOCIAUX il Les acteurs de terrain ont aussi considéré que parler de droits culturels peut trouver sa pleine signification si on les relie étroitement aux droits sociaux collectifs, lesquels sont aujourd’hui à défendre et à renforcer : le droit au logement, au revenu, à l’éducation, à la rencontre et à l’expression, à tous les savoirs qui émancipent. Personne n’ignore en effet que nous sommes dans une globalisation ultralibérale qui, pour faire bref, rend esclaves les travailleurs du Sud et réduit au chômage massif les travailleurs du Nord. Dans un tel contexte, l’accès à une vie digne et juste est un enjeu central, vital. Beaucoup de mouvements chez nous, qui travaillent autour de la précarité et de la pauvreté, souhaitent une articulation forte avec les Centres culturels ainsi qu’avec les associations socioculturelles ou d’éducation permanente. Or une telle articulation, aujourd’hui en construction, reste à renforcer, malgré le travail des associations investies sur les questions de dignité et de justice. Au-delà des droits culturels, ce sont donc les luttes collectives autour d’une justice sociale que l’action culturelle doit pouvoir en priorité promouvoir. Éviter que les formes actuelles d’engagement pour les droits sociaux ne soient reléguées au second plan EN GUISE DE CONCLUSION PROVISOIRE Les propos tenus à différents endroits positionnent les droits culturels dans une configuration démocratique large, en lien avec les urgences sociales d’aujourd’hui, ici et ailleurs. À travers ces propos glanés (que l’on peut retrouver en grande partie dans le dossier « Centres culturels et territoires d’actions »), nous sommes aussi renvoyés aux filiations qui sont les nôtres en Fédération Wallonie-Bruxelles, à savoir le lien de l’action culturelle avec les mouvements sociaux ainsi que la prise en compte de l’associatif de façon structurelle et permanente par l’État. C’est là notre singularité (par rapport à la France, par exemple), le fruit de notre Histoire marquée par des courants politiques progressistes, une Histoire défendant l’importance de la pensée critique, les exigences de la démocratisation de la culture, de la démocratie culturelle ainsi que le recours à l’éducation permanente. Une singularité à laquelle être fidèles...



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