Agir Par la Culture n°34 avr à aoû 2013
Agir Par la Culture n°34 avr à aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°34 de avr à aoû 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 5 Mo

  • Dans ce numéro : collectif Roosevelt 2012... 15 remèdes à la crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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travail à long terme. La formation de la pensée autonome et libre est une nécessité qui se construit et qui ne doit pas être laissée comme cela au libre arbitre de tout un chacun. Il y a des volontés que les hommes ne soient pas libres, que les hommes soient dépendants. on l’a vu avec la publicité de Coca Cola qui disait : je cherche cette petite part encore libre du cerveau que je vais remplir avec ces images. on le voit avec le type d’émissions que l’on propose aux gens. Les bonnes émissions sont diffusées après 22h30-23h et celles qui amènent du pain et des jeux à partir de 19h. C’est la nouvelle version de néron mais j’espère que l’on n’aura pas l’incendie. Quel est le der nier grand livre que tu as lu ? Le dernier grand livre que j’ai lu, c’est « Le Chinois » dans la série des wallander écrit par henning Mankell, qui traitait principalement de la structuration des états nordiques à travers le regard d’un policier, ce fameux commissaire qui a une très grande intégrité par rapport aux dispositifs politiques et qui se rend compte que tout n’est pas si blanc. Il est très interpellant de voir que ces pays scandinaves qu’on nous donne tout le temps comme modèle contiennent en eux-mêmes les germes d’un poison anti-démocratique. or, il n’y a rien qui me fait plus peur que les gens qui veulent mon bien contre mon gré, que les gens qui me donnent des règles que je n’ai pas construites de manière collective et surtout des gens qui veulent hélène Fr aigneux portrait culturel quelque part les figer, une fois pour toutes, comme étant les grands dogmes. Je ne peux pas accepter le dogme. L e lieu u topie pour olg a, c’est où ? C’est une île gr ecque, c’est Car acas ou la Bande de Gaza ? Pour vivre, je vais d’abord déterminer mes besoins. Ils sont tout à fait élémentaires, mais fondamentaux. J’ai besoin d’avoir des livres, de la presse, de ne pas avoir faim, de ne pas avoir froid. Le fait d’avoir été migrante, je n’ai pas d’attachement sur un lieu. J’ai de l’attachement aux gens du lieu et de l’attachement aux histoires, à l’origine. Ce ne serait pas un lieu où je n’aurais pas de contact avec d’autres. J’ai besoin de la vie, j’ai besoin d’être en relation avec les gens. Pour avoir été à Gaza, l’émotion est très grande. Quand j’y pense, c’est un lieu magnifique, extraordinaire. Mais vivre là cela veut dire être en résistance tous les matins et avoir peur tous les jours et en même temps être dans une révolte devant ce monde international qui a décidé - parce que je ne peux pas dire cela autrement – de ne pas voir et de ne pas comprendre. on peut intervenir en Libye, on peut intervenir partout et là on ne pourrait pas intervenir ! Pour moi, le lieu où j’irais vivre, c’est plus celui où j’ai ancré mes racines : La Louvière. C’est là où mes racines ont enfin pris de la place et où ma vie a pris du sens pour les gens qui y sont, pour la culture qui est y est. Découvrir qu’à la fois entre la sidérurgie et les charbonnages, il y a une culture du surréalisme tout à fait extraordinaire, il y a une culture de la langue wallonne tout à fait magnifique, une culture du théâtre, de l’éducation populaire, de la vie associative, d’un territoire de la mémoire. tout cela sur un si petit territoire où il y a eu tant de brassages. Un grand film ? 1900 de Bertolucci. Et en même temps La Strada de Fellini. L’émotion de Gelsomina reste toujours très forte, je n’arrive pas à oublier le regard et ce noir et blanc avec Giulietta Masina. 6 0-0-0 La musique ? Je suis très éclectique. J’adore autant Edith Piaf que Saule. Je suis aussi une adoratrice de rock et je vais chaque fois que je peux à Rock en Stock qui est une de nos activités dans ma région où on s’éclate à hurler des disques des Rolling Stones, des Beatles, d’Elvis Presley. Mais en même temps, j’adore le hip hop, le slam, j’adore tout ce qui fait que la musique sort des tripes et qui me donne le sentiment d’être dans l’air et le rythme du temps. tous les ans, je vais au festival de jazz de Marciac parce que le jazz, et le blues, c’est la vraie musique du peuple ! Une valeur que tu souhaiterais mettre en avant ? Je crois en la capacité des hommes et des femmes d’être debout et j’ai beaucoup d’admiration pour les femmes en général. Quand je vois tout ce qu’elles portent, qu’elles soient d’Afrique ou d’Europe ou d’Amérique latine, elles continuent après autant d’années à m’épater. J’ai récemment découvert thérèse Clerc. Elle a ouvert à Paris une maison autogérée pour et par les femmes qui s’appelle la Maison des Babayagas. C’est une expérience absolument extraordinaire pour les femmes qui se retrouvent plus âgées et qui veulent vivre une autre vieillesse. C’est mon prochain projet pilote. Je ne veux plus que les homes soient des mouroirs pour nous les femmes et aussi pour toute une génération. Je ne supporte pas cette vision apocalyptique de la vieillesse. Être vieux n’est pas une maladie, c’est bien autre chose, une sagesse que nous connaissons très mal. Propos recueillis par Jean Cor nil et yanic Sam zun Retrouvez cette inter view en ver sion longue sur www.agir par laculture.be
CC By-SA 2.0 par omerta-Ve Caracas août 2004. Avec Josy Dubié et Sfia Bouarfa, nous sommes venus observer les élections au Venezuela. La veille du scrutin, nous avons traversé la capitale d’est en ouest, en métro et dans un vieux taxi loué pour la journée. Sentiment incroyable de la lutte des classes concrète et palpable, là sous nos yeux, dans cette ville d’Amérique latine. A l’ouest, des cortèges rouges et chantants de simples gens descendus des bidonvilles qui clamaient leur soutien au leader de la révolution bolivarienne, hugo Chavez. A l’est, des centaines de milliers d’hommes et de femmes issus de la bourgeoisie et de l’aristocratie, rassemblés autour d’une gigantesque scène où se succèdent chanteurs et discours, et appelant à voter contre le « tyran » populiste. De retour à l’hôtel, nous avons le choix entre les chaînes de télévision qui retransmettent les interminables conférences de presse, entrecoupées d’invocations du Christ, du Président, et celles, majoritaires, qui pilonnent en continu les travers du régime et la « dictature » du gouvernement. Deux jours plus tôt, nous avions visité, avec le maire de Caracas, sur les hauteurs de la cité, là où vivent les misérables et les sans-droits, une coopérative alimentaire et un centre de santé géré par des médecins cubains. Dans l’œil des habitants, si démunis, nous pouvions lire la reconnaissance et la gratitude envers les gouvernants du pays. La rente pétrolière n’engraissait plus seulement les industriels et les grands propriétaires terriens. Elle contribuait enfin à améliorer le sort du prolétariat vénézuélien. Depuis son arrivée au pouvoir, en LUTTE DES CLASSES à CARACAS 1998, le « héros des pauvres » a ajouté un an à l’espérance de vie de ses compatriotes. Il a, selon les termes mêmes de Marie-France Cros, diminué de moitié le nombre de pauvres et fait passer le chômage de 15 à 6,5%. Construction de logements modestes, éradication de l’analphabétisme, présence majoritaire de l’état dans les secteurs stratégiques de l’économie, développement de micro-crédits pour les PME, accessibilité des jeunes les plus défavorisés à l’université. Ce qui me frappe le plus, c’est l’extraordinaire décalage entre les incontestables avancées sociales du projet politique de Chavez, et je l’espère de son successeur, nicolas Maduro, élu le 14 avril dernier, et les critiques les plus vives dont il a fait l’objet en Europe et au sein même des mouvements de gauche. Bien sûr, il y a son style populaire, voire populiste, sa manière d’être, ses continuelles invocations à Dieu et au peuple dont on peut légitimement se dissocier. Bien sûr, il y a ses amitiés, plus que contestables, avec des dictateurs et des théocraties que je condamne radicalement. Mais pas un débat depuis des années sans que j’entende des contestations brutales de ce régime qualifié d’autoritaire, de démagogique, voire de tyrannie. Bref, une dictature latino-américaine, dont l’histoire de ce continent regorge. Exit Chavez. Attendons les jours meilleurs d’un retour à la démocratie. Sauf que ces appréciations, diffusées en permanence par les médias (on le traitera de clown horripilant, de despote, d’homme fort et *00 7 propos intempestifs même de singe) sont totalement fausses. En 2004, nous avions eu la chance d’assister à la conférence de presse de l’ancien Président des états-Unis, Jimmy Carter, et de son organisation chargée de vérifier le caractère démocratique du scrutin. Impeccable. Mieux, en 2012, Jimmy Carter déclarait à propos du Venezuela : « Sur les 92 élections dont nous avons surveillé le déroulement, je dirais que le processus électoral du Venezuela est le meilleur du monde… ». Et nul ne peut supposer qu’un ancien président américain se soit transformé en horrible gauchiste. Récemment, sur une chaîne publique française, un journaliste décrivait le régime bolivarien comme une dictature douce où tous les médias étaient contrôlés par l’état. Faux ! Les chaînes privées, qui sont majoritaires, n’arrêtent pas tout au long de leurs programmes de critiquer, voire d’insulter, le gouvernement de Caracas. L’entreprise de désinformation sur ce régime est totale. Et il convient de s’interroger pourquoi une vraie volonté de transformation sociale, comme en Bolivie, en équateur ou en Argentine, trouve si peu d’échos au sein de la sociale-démocratie d’Europe. Est-ce à dire que le choix d’affecter la rente pétrolière au bienêtre du peuple plutôt que de gonfler les dividendes des actionnaires est jugé trop radical pour les élites économiques, politiques et médiatiques qui entendent restreindre le changement aux vieilles recettes du social-libéralisme ? Jean Cor nil



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