Agir Par la Culture n°34 avr à aoû 2013
Agir Par la Culture n°34 avr à aoû 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°34 de avr à aoû 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 5 Mo

  • Dans ce numéro : collectif Roosevelt 2012... 15 remèdes à la crise.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 4 - 5  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
4 5
portrait culturel 7 ` N r + r OLGA ZRIHEN : « Combattre les Néron pour éviter les incendies » 0 riit o lga Zrihen, Sénatrice et Députée w allonne (P S), est une f emme engagée et passionnée qui se bat sur de nombreux fronts, de la lutte contre la pauvr eté au projet de r edéploiement industriel de sa région, avec une for te conviction européenne et inter nationale. Rencontr e avec une gr ande dame de la gauche belge. Quelles sont les valeur s qui t’ont motivé à devenir ce que tu es aujourd’hui une éminente représente du peuple à la foi s à la Rég ion w allonne, à la C ommuna uté fr ançaise et même au Sénat ? on ne choisit pas de devenir parlementaire. Cela n’a pas été mon choix volontaire parce que mon engagement était plus un engagement dans la société civile. J’ai commencé un engagement politique très jeune en France. J’ai eu la chance de vivre Mai 68 en direct et aussi d’être dans les habitations à loyer modéré, les fameuses cités hLM. Et là, la réalité vous amène tout de suite à voir les injustices sociales et surtout à découvrir qu’il y a une différence de classes sociales. La question qui se pose quand on est plus jeune, c’est d’essayer de comprendre quels sont les mécanismes qui en favorisent certains et qui en défavorisent d’autres. La première chose que j’ai vécue c’est le mépris au niveau scolaire sur le plan de l’habillement, du matériel scolaire. Et aussi parfois les comportements discriminants que les instituteurs et le monde éducatif peuvent avoir à votre égard selon votre origine sociale. Par contre, la chance que j’ai eue c’est d’être tombée évidemment sur ce que j’appelle les grands commis de l’Etat, les hussards de la république : ces instituteurs magnifiques qui s’étaient donnés comme mission de faire en sorte qu’il y ait une égalité dans l’appropriation du savoir pour les enfants d’où qu’ils viennent. C’est une chance d’être tombée sur une institutrice magnifique qui avait senti peut-être les potentialités que j’avais et qui les a vraiment valorisées. D’avoir rencontré au niveau du lycée par miracle, une secrétaire qui avait décidé de repérer les jeunes qui étaient potentiellement très doués mais elle avait pris conscience que les familles ne pouvaient pas répondre aux exigences administratives. Et cette personne a rempli tous nos documents pendant des années ce qui nous a permis à tous, parce nous nous sommes parfois revus, d’avoir des bourses universitaires et de pouvoir poursuivre des études. tu as évoqué Mai 68. Est-ce qu’il y a d’autres événements fondateurs de ton engagement ? Parce que je suis femme, je pense qu’il y a des événements extrêmement importants qui ont marqué ma vie de jeune fille. C’est le rapport à l’interruption volontaire de grossesse. 4 Je rappelle qu’avant les années 60, toute jeune femme qui était enceinte était totalement ostracisée. Cela posait un problème dramatique parce qu’il n’y avait pas de structures pour pouvoir le résoudre. Les femmes et même les jeunes filles se retrouvaient souvent dans l’obligation de trouver des solutions alternatives qui étaient des solutions terribles, que ce soit l’usage d’aiguilles à tricoter que j’ai vu en direct près de moi, ou des gens qui se jetaient dans les escaliers ou toutes les potions soi-disant magiques, ou encore les avortements dans les cuisines. C’est du vécu et on comprend très vite quand on est une jeune fille ou femme qu’il y a là quelque chose qui ne va pas parce qu’on n’a aucun contrôle sur son corps. Le travail sur la liberté des moyens contraceptifs était vraiment devenu pour moi un enjeu majeur. Le deuxième enjeu est évidemment la discrimination entre les garçons et les filles. C’est plus culturel de sentir de manière très immédiate, que l’on soit un garçon ou une fille, qu’on n’était pas traité de la même manière. Exigence totale de soumission pour les filles et liberté totale pour les garçons. C’était inadmissible. Mai 68, on ne peut pas l’imaginer si on n’a pas vécu ces évènements de l’intérieur. Être dans un univers où il faut être habillé dans certaines normes, accepter le savoir, où il n’y a aucune contestation possible, où règne un pouvoir total du monde enseignant sur les élèves et puis découvrir soudainement que l’on avait une parole, qu’on savait discuter, qu’on pouvait parler et hélène Fr aigneux
surtout qu’on pouvait revendiquer des modes de vie différents. C’était extrêmement important de se rendre compte que l’on pouvait vivre en tant qu’étudiant en toute autonomie, en toute liberté. C’était une vraie révolution. Par la suite, c’est clair que ce qui a été décisif, c’est la guerre du Vietnam. Et aussi ce qui c’est passé au Chili. La guerre du Vietnam de manière très claire parce que mon père travaillait à l’otAn. Je côtoyais beaucoup de jeunes américains qui revenaient de là et je les ai rencontrés dans leur délire et leur souffrance. Le fait aussi et on en parle aujourd’hui que ce fameux défoliant, l’Agent orange et ses implications directes des années après sur le corps. L’usage de ce type d’armes chimiques était déjà à l’époque totalement révoltant. Et par la suite, ce qui a été terrible c’est de constater que les moyens qui étaient mis en œuvre l’étaient simplement pour s’opposer au communisme. C’était extrêmement impressionnant. ton ar rivée à La Louvière, c’est aussi la rencontre avec la classe ouvrière ? Mon arrivée à La Louvière est plus une aventure personnelle. Mais c’est aussi une histoire de culture. J’ai découvert à La Louvière, et parce que hélène Fr aigneux j’ai pu passer par une formation magnifique qui est la formation des animateurs de la Province du hainaut, un dispositif qui s’appelle l’éducation permanente. Je ne savais pas ce que c’était. L’éducation permanente, l’éducation populaire, c’est vraiment le moyen le plus sûr de pouvoir former les gens à accéder à une autonomie de la pensée. Et mon arrivée à La Louvière tient à cela. La rencontre à La Louvière, c’est la rencontre avec une culture de la résistance au quotidien. Que ce soient les Fusils brisés, que ce soient les grèves de 60 animées par les syndicats et par la population, que ce soit aussi le monde de la mine que j’avais rencontré en habitant le Borinage. Mais à La Louvière, cela prenait un autre aspect car c’est une ville multiculturelle. Les communautés italiennes, polonaises, marocaines et turques ont été une vraie révélation. Je n’imaginais pas une telle diversité sur un si petit territoire. tu as évoqué tes origines familiales. Aujourd’hui, tu es très engagée sur la question de la lutte contr e la pauvreté ? Mais parce que quand on est immigré, la première chose que l’on vit, c’est la pauvreté. Et pour avoir vécu dans les cités françaises, c’est la pauvreté au quotidien. Je me rappelle bien les moments de faim, de froid, de souffrance, la Nt 5 portrait culturel sensation, enfant, de ne pas avoir les vêtements adéquats, ne pas avoir les instruments scolaires adéquats, de se rendre compte que l’on devait passer par les coopératives et qu’on devait subir un traitement différencié de pauvre…. Je me rappelle aussi le type de logement dans lequel on habitait, la cohabitation avec les romanichels, avec le monde ouvrier, avec tout un monde particulier d’exclus. Cela vous fait découvrir ce qu’est la pauvreté. Et je sais qu’aujourd’hui, ce phénomène se reproduit avec des facteurs de démultiplication encore plus énormes. La grande différence, c’est qu’aujourd’hui le besoin de consommation est devenu tel que les gens n’ont même pas les outils les plus élémentaires pour en sortir. La complexification du système politique et la violence institutionnelle m’inquiètent. Encore aujourd’hui, devoir intervenir et rappeler à l’ordre les administrations pour leur dire que toute décision qui n’est pas prise va faire en sorte que des gens seront privés de gaz, d’électricité ou de moyens financiers. Aujourd’hui, on redistribue des colis alimentaires. En 2013, plus de 250 colis ! Cela veut dire que dès le 20 du mois, les gens ne mangent plus à leur faim, ou alors avec une carte de crédit à 18% d’intérêt. Aujourd’hui, on est encore dans une période où les gens n’arrivent plus vivre décemment et sont, en plus, sans perspectives parce que le travail n’est pas là, contrairement aux années 60. Est-ce que cela ne traduit pas d’une cer taine manière une faiblesse du soc ialism e av ec un PS 25 ans au pouvoir, et dans le même temps, une explosion de la précarité ? Com ment réagis-tu à cette apparente contradiction ? Je pense que l’on a créé la grande illusion de la consommation perpétuelle. Les gens se sont retrouvés avec une, deux, trois voitures, une, deux ou trois télévisions, des vacances à tout crin, sans se poser vraiment de questions sur : « comment cela est-il possible ? ». A mon sens, le grand échec du socialisme, c’est de ne pas avoir continué le travail d’éducation populaire nécessaire en laissant le champ libre à toute une série de médias ou d’institutions et en ayant la conviction que ces institutions, ces médias, allaient faire ce travail. L’éducation est un



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :