Agir Par la Culture n°33 jan/fév/mar 2013
Agir Par la Culture n°33 jan/fév/mar 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°33 de jan/fév/mar 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 17,4 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... le temps des postcolonies.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Vincent de Coorebyter est un homme attachant, subtil analyste des méandres politiques de notre pays comme de la pensée de Jean-Pau/Sartre. Directeur général du Centre de recherche et d'information socio-politiques (CRISP) jusque récemment, en partance pour devenir Professeur de philosophie à l'ULB, membre de/'Académie royale de Belgique, il est un témoin privilégié des évolutions politiques, académiques et sociétales de notre temps. Rencontre avec un intellectuel tout en finesse et en humilité. Qu'est-ce qui a fait qu'à un moment vous êtes passé des analyses des résultats électoraux sur les plateaux de télévision au choix de la philosophie politique et de l'enseignement à l'ULB ? Depuis mes études jusqu'en 1998, à la fin de ma thèse, juste avant de rentrer au Crisp, j'ai été avant tout un philosophe. Mais déjà, pour gagner ma vie et par intérêt citoyen, j'ai travaillé sur des questions politiques, des questions de politique culturelle, de politique sociale, de sociologie de l'immigration. J'étais un philosophe un peu curieux, dans les deux sens du terme {étrange et curieux), curieux de problématiques non philosophiques. Quand Xavier Mabille m'a demandé si je voulais entrer au Crisp, j'ai donné mon accord mais à deux conditions. La première était de ne pas faire les soirées électorales, car je n'avais aucune envie de passer à la télévision et de devoir rester des heures sur un plateau à manipuler des chiffres alors que j'ai une mémoire assez mauvaise. Condition qui n'a pas été respectée parce qu'on n'échappe pas à une certaine logique qui veut que ce soit le directeur général du Crisp qui représente l'institution et qui participe aux soirées électorales de la RTBF. De plus, le maniement des chiffres m'a amusé, une fois que j'ai trouvé le moyen de pallier les défaillances de ma mémoire. Ma deuxième condition, ne pas prester un temps plein, a été respectée. Je voulais un temps légèrement partiel pour avoir des weekends prolongés qui me permettraient de garder une activité philosophique pure et dure, notamment autour de Sartre. Je venais de finir une thèse, que je voulais publier. Et je souhaitais publier des textes inédits de Sartre, et continuer à faire des commentaires philosophiques à travers Sartre, qui est un continent à lui seul. C'est une œuvre au carrefour du marxisme, beaucoup : du structuralisme, parfois ; de la psychanalyse, de plus en plus souvent au fil des textes ; de l'histoire, de la sociologie... Cette œuvre m'a toujours intéressé parce qu'elle débordait des cadres étroits de la philosophie tout en ayant une très haute teneur conceptuelle. Au Crisp, j'ai en quelque sorte maintenu le déséquilibre en inversant les proportions. Plutôt que d'être... un philosophe faisant un peu d'études politiques, j'ai été un politologue professionnel qui continuait à faire un peu d'études philosophiques. J'ai été candidat à cette chaire qui s'ouvrait à l'ULB car elle est mixte, parce que c'est une chaire à cheval sur la Faculté de philosophie et lettres et sur la Faculté de droit. En Philosophie et lettres, il faut donner un enseignement philosopique mais ouvert aux problèmes de société ; et, en Droit, il faut traiter de questions politiques et juridiques comme la démocratie et la laïcé mais en tant que philosophe. Mon double parcours qui, jusque-là me paraissait toujours être un handicap, est devenu tout à coup un avantage. J'ai donc fait le choix de renouer avec une activité plus philosophique, un peu plus libre, plus personnelle, mais sans perdre le contact avec ce que j'ai pu apprendre grâce au Crisp. Vous avez joué un rôle très important dans Charte 91. Pouvez-vous nous rappeler les circonstances de la naissance de ce mouvement ? "Charte 91 11 est née comme le prolongement, le clone," de Charta 91 "créée un an auparavant, dès 1992, par un certain nombre d'intellectuels progressistes flamands en réaction à ce que l'on a appelé le « dimanche noir 11 : les élections du 24 novembre 1991 qui avaient vu le Vlaams Blok passer de 3 à 10% des voix en Flandre. Le traumatisme avait été moins fort du côté francophone. Les résultats de l'extrême droite
n'étaient pas les mêmes mais le constat était identique : il y avait une menace du côté de l'extrême droite, et un problème plus profond qui est l'apolitisme. Aujourd'hui encore, l'extrême droite et le populisme traduisent une crise profonde du politique qui interpelle des intellectuels de tous horizons. Je me sentais très à l'aise dans ce cadre-là parce que c'est un cadre qui respectait la liberté de réflexion et d'intervention de chacun. Le mouvement rassemblait plutôt des personnes de tonalité progressiste, bien que l'on ne se soit jamais inquiété de savoir d'où venaient les uns et les autres, ni s'il y avait un quelconque équilibre des tendances. Il y a eu des discussions qui montraient bien la diversité interne. Le socle de valeurs était très net, mais limité : réfléchir aux conditions qui permettaient d'endiguer l'extrême droite. Il n'était pas question de répliquer à l'extrême droite en alimentant un certain apolitisme ou une certaine critique agressive de la démocratie ou de la politique, mais, en même temps, on devait avoir une liberté de ton à l'égard du système politique tel qu'il fonctionne parce que ce système était manifestement en crise. Plus de 20 an s après, les objectifs de la Charte 91 ont-ils été remplis 7 La crise de la représentation, la crise du politique, une certaine désaffection à l'égard du politique, tout cela est toujours présent. Par contre, sur le moment même, un certain nombre de personnes ont trouvé dans ce cadre de Charte 91 une occasion de remobilisation, avec des entrées en politique de personnes qui étaient des intellectuels en vue, mais détachés de la chose politique, qui se sont resensibilisés à la question de l'action publique. Charte 91 les a aidé à rejoindre la politique au moment même où elle était en crise. Ce qui n'était pas un résultat négligeable. Je crois que, très modestement, nous avons contribué à faire avancer l'un ou l'autre débat. En tout cas, Charte 91 a joué un rôle en amont du tissage d'un double cordon sanitaire à l'égard de l'extrême droite dans l'espace francophone : pas seulement un cordon au plan strictement politique, mais aussi au plan médiatique et intellectuel à partir du milieu des années 1990. Il y a eu une sorte de décision... portrait culturel collective, des partis, des associations, des médias, des intellectuels, pour ne pas alimenter certains types de débats autour de l'immigration dans les termes mêmes de l'extrême droite, et de découpler la question de l'immigration des débats politiques qui la pervertissaient. Nous avons contribué - un peu - à mettre de la rationalité et de la distance dans un débat passionnel. Quel regard portez-vous sur l'attitude des médias et son rapport au politique 7 Pour les médias, j'ai deux soucis. Le premier est le plus important : c'est la tentation constante de l'hyperbole. On est face à un évènement un peu étonnant, et, une fois traité par les médias, cela devient une sorte de tremblement de terre. Souvent l'évènement étonnant résulte de la prise de position un peu aventureuse de l'un ou l'autre acteur politique plus nerveux que d'autres à ce moment-là. Et les médias, au lieu de contribuer à calmer le jeu et à ramener l'agitation à ses justes proportions, par une attitude d'information, de recul critique, de mise en perspective, vont au contraire assez souvent avoir la tentation de l'hyperbole, c'est-à-dire d'en rajouter, de donner à cet évènement une caisse de résonance, une importance qu'il ne mérite pas. Comme pour la libération de Michèle Martin 7 Effectivement, la libération de Michèle Martin, ou l'éventualité de voir Marc Dutroux obtenir le droit de quitter la prison avec un bracelet électronique... Ce à quoi presque personne ne croyait, mais qui a été présenté dans certains médias comme une menace sérieuse qui faisait courir des frissons sur toute la Belgique. Mais je pensais aussi à des évènements politiques, à des moments de tension politique qui voient les médias rajouter à la tension, ou à des stratégies par lesquelles les acteurs essaient d'attirer l'attention sur eux par des positions fracassantes, et qui conduisent les médias à favoriser ces stratégies en donnant une caisse de résonance tout à fait excessive à ce type de phénomène. La deuxième réserve, c'est le constat qu'il y a un renversement, dans les médias, quant à la part respective de l'information et du commentaire. La place de l'information, de la recherche de l'information, de



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