Agir Par la Culture n°33 jan/fév/mar 2013
Agir Par la Culture n°33 jan/fév/mar 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°33 de jan/fév/mar 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Présence et Action Culturelles

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 17,4 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... le temps des postcolonies.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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dossier Photo d'un dessin anonyme au pochoir de Tintin, d'après Hergé, dans une rue de Goppingen (Allemagne) cc TINTIN AU CONGO » SOUS L'ANGLE DU POSTCOLONIALISME Tintin au Congo d'Hergé a défrayé la chronique en 2007 pour avoir été mis à l'index par une organisation britannique en raison prétendument de son racisme avéré. Dans la foulée, des voix se sont élevées, non sans opportunisme, pour réclamer/'interdiction d'imprimer et de diffuser cet album. En Belgique une requête fut déposée auprès des autorités judiciaires dans ce sens. Ce procès et ses péripéties se sont déroulés sur la toile de fond d'un pays, la Belgique, réticent à se reconnaître comme postcolonial, c'est-àdire à s'assumer en tant qu'héritier d'une domination coloniale dont l'impact sur la scène de l'histoire et les résonances sur la sensibilité de sujets issus de l'ancienne colonie posent question et requièrent des réponses. « Tintin au Congo " est justiciable d'une approche postcoloniale du fait qu'il relève du champ de textes écrits pendant la colonisation ; à la fois ceux qui évoquent directement l'expérience impériale et ceux qui ne paraissent pas concernés par elle a priori. n (John Mc Leod) Cet album BD fait partie d'un héritage complexe, foisonnant, à l'impact persistant dont l'exploration systématique est en cours sans qu'il faille minorer les tâches qu'il reste à accomplir. Il témoigne de la cristallisation des images du Congo dans la conscience collective en métropole au tournant de l'an 1930. C'est un échantillonnage caractéristique de la vision stéréotypée du Congo et des « indigènes" (on ne parle pas de Congolais !). C'est un discours forgé depuis la métropole, un construit dont l'effet de mirage fait penser à l'Orient inventé par l'Occident dont Edward Saïd a dénoncé les leurres et les mirages. Sur un ton bon enfant, il s'agit de la célébration de la mission civilisatrice entreprise par le colonisateur belge au profit des populations jugées infantiles, superstitieuses, propices au farniente et peu portées à l'amour du travail. L'essentialisation de l'autre y est patente : les indigènes ne sont pas des individus mais un groupe. Tintin et Milou seront faits roi et protecteur de tribus 1 Un scénario qui témoigne d'une fantasmatique coloniale spécifiquement belge. Démuni d'une expérience coloniale, Hergé s'en remet à son mentor le père Wayez et se sert d'une documentation " appropriée " puisée dans le corpus d'ouvrages, de films, de reportages, de livres illustrés, de récits de voyage, d'anecdotes que le Congo a inspirés. Les livres de l'explorateur Stanley constituent à cet égard le canon. Il est aisé également de pointer la trace de collections du Musée de Tervuren tout au long de la trame narrative notamment à travers l'évocation des hommes-léopards. Son discours laissera d'autant plus sa marque sur les esprits qu'il se coule dans les canons d'un genre populaire la BD qui n'a pas encore acquis, à ce moment-là, ses lettres de noblesse. Le texte est de son temps mais son impact n'a pas laissé indifférent les générations actuelles et suscite des réactions véhémentes parmi les migrants de la deuxième et troisième génération. Il est accusé, à tort ou à raison, de constituer la matrice, l'emblème insupportable du racisme qui les discrimine par des catégorisations dépassées sur le champ social et obère leur accès à l'emploi. Il s'agit d'un miroir de " l'épopée coloniale belge à l'étalon d'une société devenue colonisatrice telle que racontée en métropole par ceux qui ont la charge de rendre compte de progrès de la " Civilisation " sous les tropiques congolaises. Hergé souscrit aux exploits de la modernité coloniale et à ses paradigmes dont les chemins de fer, les routes, et les écoles, dans une vision acquise au paternalisme et à l'autosatisfaction. Il adopte la vulgate co-... loniale tout en lui donnant une forme divertissante et humoristique à l'avenant d'une vision lisse des réalités coloniales : le Blanc civilisateur d'un côté et le Noir bénéficiaire obligé, de l'autre, chacun étant dans son rôle. A la même époque, d'autres ouvrages proposent une imagerie dorée de la colonie : Roger Ransy avec" Tante Julia découvre le Congo"Maquet Tombu avec" Jeannet gosse d'Afrique etc. Ce qui est en cause à l'heure actuelle, c'est laquestion de cet imaginaire hérité de l'ère coloniale dont l'impact sur les mentalités ainsi que le retentissement sur l'approche des réalités congolaises d'aujourd'hui demeure un fait indéniable. La société belge, davantage encore que d'autres métropoles coloniales, a du mal à prendre en charge son passé colonial dans une inversion de paradigmes. Face à ce phénomène plusieurs démarches ont été entreprises à des fins de démystification de la vulgate coloniale et son imagerie. Mais la force et l'ancrage de ces représentations dans l'imaginaire collectif s'avèrent une réalité des plus complexes. Cela d'autant plus que la plupart des expositions et ouvrages didactiques inscrits dans l'optique d'une lutte affirmée contre le racisme et la xénophobie se sont le plus souvent contentés de dénoncer un certain nombre de stéréotypes, sans s'interroger sur leur raison d'être, sur leur mode de transmission et leur impact persistant dans les sociétés du XXl 0 siècle. L'album d'Hergé pose ainsi une question fondamentale, celle de la déconstruction du legs mémoriel et historique de la colonisation belge au Congo. Entreprise qui pourrait bénéficier de tous les outils du postcolonialisme. Antoine Tshitungu Kongolo Retrouvez la version intégrale de ce texte sur www.agirparlaculture.be
GODZILLA : VENI, VIDI... DESTROY ! Godzilla, le vrai, est la figure emblématique d'un courant cinématographique japonais appelé kaiju-eiga : les 11 films de grands monstres. n La toute puissante Toho se concentrait sur la production d'un film d'aventure épique quand, dans le courant de l'année 1953, sort aux Etats-Unis le 11 Monstre des temps perdusu, d'Eugène Lourié, film où Ray Harryhausen - le véritable mentor de Tim Burton - fait ses premières armes comme responsable des effets spéciaux. Devant le succès international du film, la Toho interrompt ses projets et se lance à la recherche d'un monstre géant qui, comme celui de Lourié, aurait été enfanté par des expériences nucléaires incontrôlées. Le producteur Tomoyuki Tanaka est chargé du projet. Il s'entoure du romancier Shigeku Kayama, avec qui il ébauche le scénario ; d'un spécialiste des effets spéciaux, Eiji T suburaya ; et surtout du réalisateurlshiro Hon da. Le résultat sort sur les écrans japonais le 3 novembre 1954. cc Godzilla » (Gojira en VO), tourné en noir et blanc, remporte d'emblée un succès colossal. Dix ans à peine après Hiroshima et Nagasaki, les spectateurs nippons découvrent avec effarement une créature née de la folie des hommes, un monstre rédempteur qui incarne la destruction dans un pays touché par deux cataclysmes nucléaires et en proie à d'épouvantables catastrophes naturelles. S'ajoute à cela la morphologie de Godzilla, croisement entre le tyrannosaure et le stégosaure d'opérette, rappelant étrangement le dragon de la mythologie, contribuant à ancrer durablement le monstre dans la culture japonaise. Si le lézard atomique impressionne tant à l'époque, c'est non seulement parce qu'il figure l'excroissance monstrueuse de la mauvaise conscience de l'humanité, mais aussi parce qu'il émane de lui une poésie visuelle très forte. Dans son costume encombrant, le comédien éprouve bien des difficultés à évoluer sur les maquettes géantes qui constituent le décor, et cette maladresse forcée se répercute sur l'attitude du mastodonte de caoutchouc qui apparaît comme fragilisé. En cela, Godzilla rappelle la créature de Frankenstein du film de James Whale (1931), incarnée par Boris Karloff, qui progresse d'un pas hésitant dans une société du rejet. Au fil des ans, la Toho investira de plus en plus dans ce genre de productions. La galerie des monstres japonais s'enrichira (avec Gamera, Mothra, Ghidorah, Gigan,... à bas la Culture Ebirah ou même Mechagodzilla) et Godzilla lui-même connaîtra plus d'une vingtaine de fausses suites (le monstre est en effet réduit à l'état de squelette dans le film original). Ennemi de l'espèce humaine à l'origine, le dino à la triple crête s'imposera dorénavant comme le sauveur de celle-ci dans des films de plus en plus naïfs. Le dernier en date remonte à 2004.lshira Honda lui, après avoir beaucoup donné au genre, retournera auprès de son vieil ami Akira Kurosawa dont il fut pendant longtemps l'assistant. Honda est mort en 1993. Godzilla lui a survécu. Aux dernières nouvelles, depuis la catastrophe de Fukushima, l'anti-Casimir serait de nouveau en rogne... Denis Dargent



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